L’Uni de Genève, laboratoire du droit des LGBTI

Le monde académique se met à l’heure de la Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la et la biphobie, ce jeudi. A Genève, c’est l’occasion d’une rencontre avec les acteurs du monde associatif.

Le 17 mai, se tiendra, comme chaque année depuis 2005, la Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie. Cette date est en commémoration du 17 mai 1990, jour où l’homosexualité a été retirée des classifications de maladies de l’Organisation mondiale de la santé. A l’occasion de cette journée, l’Université de Genève (UNIGE) organise tout un programme d’information et de sensibilisation aux thématiques de lutte contre les discriminations LGBTIQphobes, qui s’inscrit dans le cadre de la campagne contre le harcèlement, #uniunie.

Pour Ferdinando Miranda, chargé des questions LGBTIQ+ à l’UNIGE, il est important d’allier le travail académique au travail associatif, tout en reconnaissant le retard accumulé par le milieu universitaire sur ces questions. Le savoir peut en effet parfois légitimer certaines formes de discriminations et l’alliance avec le monde associatif peut permettre cet ancrage indispensable dans la réalité pour parvenir au traitement le plus juste et le plus efficace de ces questions. Si travail associatif et travail académique représentent des canaux et des méthodologies un peu différentes, ces deux mondes sont toutefois complémentaires et l’université met un point d’honneur à s’allier aux associations. Ainsi, nombre d’entre elles sont partenaires de l’événement du 17 mai, comme Amnesty International, Lestime, ainsi que des associations internes à l’université comme Think Out, association LGBT+Friends des universités et hautes écoles de Genève.

Ce 17 mai, le pôle Santé sociale de l’UNIGE proposera différentes formes de soutien et la Charte de la diversité au travail sera également signée par le Recteur Yves Flückiger. La Law Clinic présentera les résultats d’un rapport sous forme d’auto-examen de l’université sur les points qui doivent être améliorés. L’efficacité de la lutte contre les LGBTIQphobies dépend d’une multiplicité de ressources et c’est notamment ce qu’une alliance académie-associations peut offrir.

Regard critique sur le droit
Cette année, les étudiant·e·s de la Law Clinic ont eu pour objectif de rédiger une brochure à destination des personnes LGBTIQ qui vise à les renseigner sur leurs droits au quotidien. Pour ce faire, les étudiant·e·s ont rencontré divers ressortissants du monde professionnels mais aussi du monde associatif. Le but est d’avoir un regard critique sur le droit: il ne s’agit pas simplement d’apporter des connaissances juridiques mais de questionner le droit actuel et son efficacité, ainsi que sa capacité potentiellement discriminante.

Sensibilisé·e·s à la réalité du terrain par les associations, les étudiant·e·s pourront d’autant mieux répondre aux besoins de la population concernée. Comme le rappelle Ferdinando Miranda, «on ne peut imaginer des savoirs intra muros», sans contact avec la réalité, en particulier pour traiter l’urgence de ces questions. Un des objectifs de ces activités est d’arriver à un décloisonnement : pour un ancrage de ces problématiques, il est important que les associations et les personnes concernées ne soient pas les seules à les porter.

Dans un projet de recherche mené par l’Institut des Etudes Genre sur les discriminations LGBTphobes dans le monde du travail: «LGBT at Work», c’est cette alliance, ici avec le monde du travail, qui a permis à cette étude d’obtenir un financement du Fonds national suisse de la recherche scientifique, dont les financements sont très difficile à obtenir. Cette collaboration a permis de récolter des données importantes de type quantitatif et ainsi de renforcer la demande de fonds pour la partie qualitative de la recherche.

Décloisonnement
Selon Ferdinando Miranda, «le militantisme et les formes d’actions qui proviennent du monde associatif sont prioritaires et fondamentales, et l’université et la production de savoirs sur ces questions permettent parfois de donner des bases, des forces, des outils, des ressources » aux associations. Mais l’inverse est aussi vrai, «dans la mesure où il ne pense pas qu’il soit possible de créer un projet de formation, de recherche ou de savoirs sans que les personnes concernées soient aussi impliquées, donc sans qu’elles puissent exprimer leurs besoins». Il est possible que l’université, de par son poids en tant qu’institution dans le contexte genevois, puisse constituer un role model pour les autres entreprises. Mais il souligne que si les événements organisés par l’Université de Genève peuvent marquer, ils le peuvent au même titre que les activités qui viennent des associations. Le but étant d’arriver à un décloisonnement de ces questions pour parvenir à une sensibilisation générale de la population et, dans l’idéal, à une inscription de celles-ci dans les agendas de toutes les collectivités publiques.

» En savoir plus sur le programme du 17 mai à l’UNIGE sur unige.ch

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