Youniss, à g. 21 ans, et Valentin, 24 ans

Deux jeunes à l’assaut du Grand Conseil

Valentin est Vert, Youniss socialiste: deux jeunes qui ne se connaissaient pas, mais que l’action politique a rapprochés, notamment autour des questions LGBTIQ.

Qui a dit que la politique n’intéressait pas les jeunes? Ce ne sont certainement pas Youniss Mussa, 21 ans, et Valentin Dujoux, 24 ans, qui tiendraient un tel discours. Le premier est socialiste, le second a pris sa carte chez les Verts genevois et tous deux sont en lice pour les élections législatives du 15 avril. Nous les avons rencontrés.

360° – Où vous-êtes vous connus?
Youniss – C’est la politique qui nous a rapprochés. La politique peut donc permettre de faire de belles amitiés. Il y a plus d’un an, nos organisations (le GSsA pour lequel Youniss travaille et les Jeunes Vert·e·s dont Valentin est le co-président) ont lancé une initiative fédérale contre le commerce de guerre. On s’est donc rencontrés dans ce cadre au Café des sources à Plainpalais. Si au début, chacun était sur la réserve, et je dirais même méfiant, le feeling a fini par passer. Les rencontres successives ont ainsi permis de briser la glace, tout en apprenant à découvrir que nous partagions des valeurs communes. Au point où désormais, c’est lors de nos sorties du week-end que l’on se voit le plus!

– Quelles sont vos différences?
Youniss – Valentin connaît davantage les limites en termes de communication et de stratégie. Acteur de l’ombre, Valentin sait rester en retrait pour faire avancer les choses. C’est un regard indispensable pour mener à bien les projets et défendre nos idées. Je dirai que j’ai un côté plus frontal. Un «peut-être» m’agace rapidement, tandis que lui sait être plus patient. J’aime que les choses bougent le plus vite possible.
Valentin – Au premier abord, Youniss peut sembler plus cash. Son style plus direct et son enthousiasme sont une véritable force pour défendre sa vision. C’est cette vivacité qui permet certainement de combler mon manque d’empressement et mon besoin constant d’analyser la situation avant de foncer. Au final, on a réussi à trouver un équilibre qui nous permet d’avancer, toujours dans la bonne humeur.

– Est-ce que les partis favorisent les jeunes?
Valentin – Le plus de Youniss, c’est qu’il a osé se lancer dans cette aventure des élections cantonales alors que le nombre de jeunes sur la liste socialiste reste restreint. Il a su ainsi se faire sa place, en défendant ses projets et sa manière d’être qui lui vont si bien. Pour ma part, être présent sur la liste verte avec 17 autres candidat·e·s jeunes (10 femmes et 8 hommes) est une véritable chance dans le cadre d’une première campagne. C’est l’assurance d’avoir du soutien et de pouvoir exprimer ses doutes, mais aussi ses envies, sans crainte d’être jugé par des personnes davantage expérimentées.
Youniss – Les partis, de manière générale, manquent de jeunes et devraient se rendre plus accessibles pour représenter davantage la diversité genevoise. Ce que la liste verte a réussi à faire. La question de la représentativité doit être abordée de manière plus large, le nombre de femmes sur les listes et finalement élues posent un réel problème. Je crois que le Parlement devrait être à l’image de la population.

– Quelle icône en politique?
Youniss – Je suis fier de dire que la personnalité qui m’a le plus inspirée en politique est Christiane Taubira. Son courage et son éloquence ont su m’intéresser à des sujets sociétaux majeurs. Je crois que nous partageons au centre de notre engagement politique, l’idée que l’égalité prime. Je crois que notre amitié avec Valentin peut être liée à ça. Nous sommes engagés avec la plus grande détermination pour la défense des communautés LGBTIQ et plus largement les personnes marginalisées en raison de leur genre, de leur handicap ou de leur origine. Certes, cette problématique n’est pas électoraliste. Mais des thèmes cruciaux se doivent d’être abordés.
Valentin – De manière beaucoup plus pragmatique, c’est Anne Mahrer, ancienne conseillère nationale genevoise verte, qui m’a ouvert les yeux quant à l’engagement politique. J’admire totalement l’implication de Christiane Taubira pour l’avancée des droits LGBTIQ en France. Mais j’apprécie aussi la complicité directe qu’Anne Mahrer entretient avec le terrain. Les familles arc-en-ciel et la jeunesse ont su trouver en elle une voix forte que je souhaite pouvoir porter dans la suite de mes engagements.

– Qu’est-ce qui prime, l’amitié ou la politique?
Valentin – Contrairement aux idées reçues, je pense que l’amitié en politique est possible. Nous avons la chance de ne pas avoir à nous confronter mais je suis certain que notre proximité serait utile pour trouver des terrains d’entente. La politique n’est pas un monde aussi cruel et avoir Youniss dans ce cercle, c’est aussi l’assurance d’avoir un soutien et une écoute dans les situations de doute.
Youniss – Étant donné le cadre dans lequel on s’est rencontré, cette question est difficile parce que notre amitié est liée aussi pleinement à la politique. Je crois que dans le monde politique, les gens peuvent être cruels et bien souvent de mauvaise foi. Si je répondais que la politique passait avant notre amitié, je laisserais la porte ouverte aux non-sentiments et à la possibilité de s’attaquer frontalement. Le fait que Valentin soit mon ami fait que j’aurai toujours l’obligation de le protéger, de le conseiller et d’être une réelle écoute sans chercher à en tirer un avantage quelconque.

– Qu’est-ce que vous apporteriez au Grand Conseil?
Valentin – Un vent de fraîcheur! Parce qu’au milieu de ces hommes blancs en costume-cravate, la voix des minorités et leurs intérêts (femmes, jeunes, LGBTIQ, étranger·e·s) doivent être portés!
Youniss – Notre amitié nous permet de nous retrouver et d’être plus combatifs. Des mesures élémentaires doivent être défendues: la gratuité du test du VIH en est un exemple. Et nous aurons la détermination qu’il faut pour que ces attentes deviennent des réalités. Des priorités doivent être concrétisées, alors que des projets inutiles sont sans cesse défendus.

» La Fédération genevoise des associations LGBT a publié son traditionnel questionnaire en marge des élections cantonales. Vous pouvez le consulter, et faire connaissance avec les candidat·e·s sensibles aux thématiques de nos communautés, à l’adresse lgbt-vote.ch

1 comments

Merci pour ce portrait tout en finesse et relativement désintéressé puisque deux partis politiques sont représentés. Ce que j’aime le plus c’est que ça ne parle ni de sexe, ni de violence, qui sont des clichés LGBT mais de vie professionnelle le plus normalement du monde.

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