Photo: Magali Girardin

Élections genevoises et enjeux LGBTIQ

Ils visent la plus haute marche du podium politique cantonal le 15 avril et 6 mai prochains. Dix-sept candidats à l’élection au Conseil d’Etat genevois ont accepté de répondre à un questionnaire sur les différentes thématiques touchant la communauté.

Que pensent les candidats au Conseil d’Etat des différents enjeux liés à la communauté LGBTIQ de Genève et de Suisse? A la lecture des dix-sept questionnaires retournés, on constate que la grande majorité des prétendants se rejoignent dans les domaines politiques, sociaux, culturels et militants. En théorie tout au moins: tous remercient notamment pour la parole donnée sur un sujet pour lequel ils disent se sentir concernés.

Il apparaît par ailleurs que les positions des candidats sur les questions LGBTIQ sont plus personnelles et individuelles que partisanes. Aucun parti n’ayant clairement pris position en assemblée générale sur le sujet. En pratique, lorsqu’il s’agit de s’engager ou de soutenir financièrement des projets concrets, les voix sont plus difficiles à fédérer. Si plusieurs structures associatives ou projets, partiellement subventionnés ou des initiatives privés permettent aujourd’hui de répondre à une partie des attentes des personnes LGBTIQ du Canton, les besoins perdurent dans de nombreux domaines. La Fédération genevoise des associations LGBT regroupe les partenaires les plus importants, dont Dialogai, Lestime, 360, Think Out et Parents d’homos. Parallèlement d’autres structures gravitent au sein de la Fédération et des associations. Totem, par exemple, accueille des adolescents et le groupe Tamalou de 360 accompagne les seniors LGBT. La Fédération bénéficie, par ailleurs, toujours d’un contrat de mandat avec le Département de l’Instruction publique (DIP) pour mener à bien et développer le programme d’actions de sensibilisation et de formation dans les écoles.

Dernier projet né à Genève durant la précédente législature: Le Refuge. Piloté par Dialogai, ce lieu d’accueil et d’hébergement a déjà suivi plus de 130 adolescents depuis son ouverture en mars 2015. Une structure reconnue d’utilité publique, très importante dans un passage clé et difficile de la vie des jeunes homosexuels et trans*. L’équipe réalise un travail de médiation visant à éviter la rupture familiale et le rejet de ces jeunes par leurs proches après un coming-out. La très grande majorité des situations trouve une issue favorable grâce à cette approche, permettant de limiter, voire d’éviter ainsi des conséquences psychiques et sociales graves, conduisant parfois au suicide de cette jeune population fragile. Mais malgré l’évidence, le Refuge ne fonctionne toujours qu’avec plus de deux tiers de fonds privés sur son budget annuel de 350’000 CHF et n’a aucune garantie quant à sa pérennité.

Démarche
Les 23 candidats des plus grands partis genevois ont été invités à nous transmettre par sms une adresse mail sur laquelle nous proposions de leur envoyer le questionnaire. Trois n’ont jamais répondu au sms, malgré une relance. Les 20 autres ont reçu le questionnaire, auquel ils pouvaient répondre point par point ou regrouper leurs réponses sous la forme de commentaires par thématiques. Dix-sept ont renvoyé le texte début janvier. Nous avons ensuite fait la synthèse de ces réponses que nous vous proposons ici. Dès lors, que proposent les candidats au Conseil d’Etat pour soutenir les projets et la reconnaissance des droits des personnes LGBT dans la société civile*?

Ils sont déjà en poste
En préambule, il semblait difficile de ne pas distinguer les candidats-es déjà élu·e·s au Conseil d’Etat ou magistrats-es d’une Commune. Des fonctions dans lesquelles ils-elles ont déjà été amené·e·s à créer, soutenir ou refuser des projets. Nous vous proposons ici un reflet de leurs actions. Parmi ces prétendants, la palme revient sans conteste à la socialiste Sandrine Salerno très engagée dans la lutte contre les discriminations LGBTIQ dès son entrée en politique. Conseillère administrative en Ville de Genève depuis 2007, elle a notamment créé un poste spécifique de chargé de projet LGBTIQ, à travers lequel la Ville soutient la plupart des projets associatifs et s’associe depuis 2013 aux campagnes de lutte contre l’homophobie et la transphobie lors de la journée internationale du 17 mai. Autre acteur important à Genève dans le domaine, le PLR Pierre Maudet a soutenu la mise sur pied d’une formation spécifique des policiers et instauré un organe de médiation de la police. Le magistrat s’est également investi dans la création du projet Asile LGBT. La socialiste Anne-Emery Torracinta, à la tête du DIP, a intensifié les actions de prévention et de sensibilisation dans les écoles et mis sur place un cadre institutionnel pour accompagner les élèves trans*.

Le MCG Mauro Poggia, en charge de la santé, de l’emploi et de la migration, assure que toute situation de discrimination liée à l’orientation sexuelle avérée au sein de son département fait l’objet de réaction immédiate. Il précise encore que les intervenants dans l’accueil des migrants sont désormais sensibilisés sur les questions LGBT. Le Conseiller d’Etat écologiste Antonio Hodgers rappelle son engagement au Conseil national en faveur des familles arc-en-ciel et du mariage pour tous, ainsi que les principes de non discrimination qu’il applique dans son administration. Le PDC Luc Barthassat estime que toute forme de harcèlement doit être prévenue, combattue et sanctionnée, dans tous les domaines de la vie d’une personne LGBTIQ. Son collègue de parti Serge Dal Busco souligne qu’un important travail de démystification est mis en place dans son département pour lutter contre la discrimination à l’embauche. L’écologiste Yvan Rochat, Maire de Vernier, souscrit pleinement à une mobilisation des milieux politiques dans la sensibilisation à la non-discrimination des personnes LGBTIQ dans tous les domaines. Quant au socialiste Thierry Apothéloz, autre conseiller administratif de Vernier, il a toujours soutenu et promulgué dans sa commune les actions en faveur la communauté LGBTIQ à laquelle il n’a jamais caché appartenir. Il a notamment fait supprimer les inscriptions père/mère dans les formulaires d’inscription en crèche et initié le ruban rouge sur le sapin en décembre.

Discrimination
En matière de discriminations, les dix-sept candidats se rejoignent tous dans une farouche volonté de lutter contre tout acte ou comportement homophobe. Pour Thierry Apothéloz il convient de mettre un accent particulier dans les politiques publiques pour lutter contre les discriminations professionnelles, notamment pour les personnes trans*, particulièrement fragilisées. Pablo Cruchon encourage même la mise sur pied d’un bureau spécifique sur ces questions. Une option que Luc Barthassat verrait plutôt sous une forme associative. Mauro Poggia, quant à lui, soutient la mention «en couple» sans autre précision, en remplacement des termes marié ou partenarié dans les cases d’Etat civil. Tout le monde s’accorde également sur les besoins de sensibilisation en milieu scolaire. Antonio Hodgers mettrait un accent particulier sur la formation des enseignants et un contrôle accru des violences homophobes, virtuelles ou physiques. Daniel Sormani et Magali Orsini insistent sur la visibilité, l’égalité et l’accompagnement des élèves transgenres, ainsi que l’acceptation d’un prénom d’usage. Pour les 17 sondés, le droit de l’enfant et de l’adolescent à son orientation sexuelle et à son identité́ de genre est primordial. Anne Emery Torracinta souligne l’importance des outils pédagogiques et des dispositifs d’intervention en soutien auprès des élèves. Une prévention accrue en milieu scolaire, vers plus de respect et de tolérance qui tient également très à cœur à Nathalie Fontanet.

Familles arc-en-ciel
Les candidats se disent favorables au principe d’homoparentalité et d’adoption des enfants. Seul Thomas Bläsi émet un bémol en précisant «pour les couples stables» et se prononce contre la PMA. Pierre Maudet soutient la filiation automatique, mais dans le cas de couples «mariés» uniquement, Le PDC Luc Barthassat aimerait dépassionner le débat sur ces questions. Jocelyne Haller souhaite aussi s’atteler à l’évolution des mentalités et des structures de partage et de compréhension des réalités LGBT.

Jocelyne Haller souligne aussi l’importance du soutien aux seniors LGBT et des nouveaux enjeux autour de la question du bien vieillir, des soins et de l’aide à domicile, qui doit, selon elle aussi être traitée avec la problématique spécifique des personnes LGBT. Sandrine Salerno abonde dans ce sens, estimant que les prestations doivent être abordées de manière inclusive, «sous l’angle de leur adéquation à tous sachant qu’elles sont souvent conçues sur des principes hétéronormés». Comme tous les candidats, Pierre Gauthier s’insurge contre les thérapies de conversion, jugées stupides et dégradantes par le candidat, tout en précisant n’en avoir jamais entendu parler dans les milieux de la santé genevois dont il se dit proche. La question de l’extension de la norme pénale antiraciste à l’homophobie divise plus. Pour Pierre Maudet le code pénal actuel semble offrir une protection suffisante. Mauro Poggia ne se dit pas prêt à l’idée d’une nouvelle disposition pénale spécifique, estimant que les peines peuvent être adaptées en regard de l’article 47 du code pénal. Pour le MCG c’est la dénonciation et la prise en charge de ces actes qui pose problème.

A l’inverse Marjorie de Chastonay et Yvan Rochat (Les Verts) affichent un soutien inconditionnel. La question qui fâche ou tout au moins divise, reste encore et toujours celle du subventionnement des associations et des projets. Si tous les candidats en campagne défendent vigoureusement la cause LGBT, peu s’engagent à se battre pour obtenir des enveloppes budgétaires ad hoc. Le grand argentier Serge Dal Busco revendique prudemment l’étude des projets au cas par cas. Son collègue de parti n’est favorable que dans le cas de contrats de missions et de prestations, pour ne pas mettre à mal les enveloppes budgétaires. Pour Thomas Bläsi, la situation catastrophique de la dette genevoise n’incite pas à une augmentation des subventions. Le candidat UDC est convaincu que les «difficultés chroniques entre un nombre croissant d’associations LGBT» ne sauraient être résolues par une augmentation des subventions. Pour Mauro Poggia, augmenter les aides à certaines associations impliquerait inévitablement de les baisser à d’autres. Prudent, Antonio Hodgers annonce qu’il soutiendra une augmentation de moyens en fonction des opportunités budgétaires. Daniel Sormani est favorable, tout en précisant «si nécessaire». Magali Orsini estime que ce qui a trait aux subventions, et donc au budget, doit être analysé en fonction de la conjoncture et des urgences sociales. Nathalie Fontanet plaide pour une analyse de la pertinence des subventions accordées dans les missions de prestations. Seuls Thierry Apothéloz, Pablo Cruchon, Yvan Rochat, Jocelyne Haller et Marjorie de Chastonay affichent un oui sans condition. Le socialiste proposant même la création de mandats stables, durables et transversaux entre les associations et l’Etat qui visent à lutter contre les discriminations LGBT.

Ils n’ont pas répondu
Sur les 23 candidats contactés, trois n’ont jamais répondu ni transmis de mail pour recevoir les questions. Il s’agit de la candidate d’Ensemble à Gauche Salika Wenger, de la MCG Ana Roch et de l’UDC Yves Nydegger. Trois autres, l’UDC Stéphane Florey, le PLR Alexandre de Senarclens et Eric Stauffer de Genève En Marche ont renoncé à répondre, sans plus de précision. Mais, en 2013, dans un questionnaire adressé par la Fédération, Eric Stauffer avait par ailleurs déjà clairement marqué son opposition à l’adoption d’un enfant pas son partenaire du même sexe. L’ancien maire d’Onex et ex-député MCG, aujourd’hui en lice sous l’étiquette de Genève En Marche, avait également apposé un niet, sans argumentaire, à la création d’un poste de chargé cantonal de projet LGBT.

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