Futur prof gay contraint de se faire dépister

Un candidat pour la Haute école pédagogique de Lausanne s’est retrouvé face à un médecin qui ne lui a pas vraiment laissé le choix de faire des analyses pour les MST. Il est ressorti dégoûté du cabinet.

«On vit dans quelle société? Je pensais que les mentalités avaient changé, s’émeut-il encore après ce passage chez un toubib zélé. C’est de la discrimination pour moi!» Andrea* est homosexuel, et le docteur a insisté pour faire des analyses de sang. S’il n’acceptait pas, l’homme ne signerait pas un précieux document médical qui permet de compléter le dossier de candidature pour la Haute école pédagogique de Lausanne (HEP). Face à la contrainte, il n’a pas eu d’autre choix que d’accepter.

Pas de partenaire fixe, donc classé «à risque»…

Andrea, la jeune trentaine, chômeur, a décidé de devenir enseignant après un master en histoire de l’art. La HEP de Lausanne est le passage obligé pour pouvoir dispenser ses connaissances aux jeunes. Dans le dossier de candidature, l’institution demande un certificat de santé, une simple formalité, histoire d’être sûr que les écoliers ne seront pas face à un polytoxicomane ou un psychopathe ambulant. Jusque là, tout est normal. Mais à aucun moment le document ne stipule le dépistage du VIH, de l’hépatite C et de la syphilis, que le médecin lui a demandé de faire.

Contacté, le praticien s’explique: «Je me suis basé sur les recommandations internationales en la matière car le patient présentait un comportement à risque. Les tests ont été faits pour ne pas passer à côté d’une maladie infectieuse.» Recommandations, et non pas obligations, si l’on veut être clair. Andrea avait, lors d’une précédente consultation, communiqué qu’il était homosexuel et qu’il n’avait pas de partenaire fixe. Le médecin a entendu «sans partenaire fixe» comme «relations sexuelles avec de multiples partenaires», et donc risque d’exposition. Vous avez dit préjugés?

Droit du patient bafoué

Heureusement pour Andrea, si l’on peut dire, il n’a pas eu à se faire dépister pour le VIH, il l’avait fait un mois auparavant. Il n’a pas échappé aux autres. Le docteur, comme l’infirmière, lui ont fait des prises de sang en lui expliquant qu’il s’agissait de détecter l’hépatite C, raconte Andrea. Mais lorsqu’il a reçu le détaillé de la facture, le candidat a vu que des tests pour l’hépatite B et la syphilis avaient été réalisés, sans qu’il soit mis au courant. Tout ceci pour un coût de 260 francs rien que pour les frais de laboratoires, pour des tests inutiles dans ce cadre-ci.

En effet, parmi la liste des critères médicaux rédhibitoires pour la HEP, figure celui-ci: «Toute autre affection médicale jugée médicalement incompatible avec l’enseignement.» Avoir une MST serait-il donc un frein pour prodiguer son savoir? «Etre atteint par l’une de ces infections n’est aucunement une limitation», confirme Cyril Petitpierre, directeur de la formation à la HEP. Le Dr. Frédéric Regamey, responsable de l’Unité de santé au travail de la Policlinique médicale universitaire à Lausanne va dans le même sens: «La séropositivité HIV ou l’orientation sexuelle ne constitue pas un motif d’inaptitude médicale à l’enseignement. Le dépistage de MST n’est donc pas nécessaire dans ce cadre.»

«Ce que j’ai vécu est surréaliste.»

Et c’est bien ce qu’a tenté de faire comprendre Andrea à son médecin. Sans succès: «Je lui ai bien montré sur la feuille qu’il n’y avait aucune mention de tests. Mais il ne voulait rien entendre, et encore moins poser sa signature sur le papier si je ne faisais pas les analyses. Il s’est levé de la chaise et m’a dit d’aller voir un autre médecin si ses conditions ne me convenaient pas. » Et impossible pour lui d’aller voir un autre docteur, car le temps pressait. La secrétaire médicale lui avait explicitement dit qu’il aurait sa déclaration dans la journée même. Le rendez-vous était donné le 29 janvier, et le délai de dépôt des dossiers pour le HEP fixé au samedi 31. Autant dire quasi impossible de trouver un autre médecin en si peu de temps: «Même ce docteur savait que le temps était compté, puisqu’il a fait les tests dans l’urgence, détaille le candidat. J’étais obligé d’accepter.»

Rien à se reprocher
Pour Florent Jouinot, collaborateur au CheckPoint Vaud, le droit du patient est légèrement atteint: «Un médecin n’a pas le droit de contraindre son patient. Ici, la contrainte, certes petite, s’appuie sur le fait que le patient n’avait pas le temps pour aller voir ailleurs.» Si cela ne suffisait pas, cette situation pose un autre problème: «Ces tests étaient non-pertinents par rapport à la demande du patient.» Le tout rassemblé, ces analyses étaient clairement inutiles, pour être clair. Le médecin à la prise de sang facile ne voit pas le problème: «Je n’ai rien à me reprocher. Ce n’était pas pour dire s’il y avait incapacité à enseigner, mais pour voir s’il y avait une maladie.» Entre les lignes, il avoue l’inutilité de sa démarche pour le dossier d’Andrea, mais il l’a réalisée par «nécessité de prévention».

Le futur enseignant a vécu un moment désagréable: «Je venais de voir le film Philadelphia. Je pensais que c’était d’une autre époque, mais apparemment c’est encore d’actualité. Je pense avoir été victime d’une discrimination des plus subtiles. Ce que j’ai vécu est surréaliste.»

*Prénom d’emprunt

Vite, un médecin gay-friendly!

Ce qu’a vécu Andrea nous rappelle à la fois le pouvoir du médecin sur le patient, et également que les discriminations en raison de l’orientation sexuelle existe dans le corps médical. Pour éviter ce genre de situations très désagréables, des médecins gay-friendly existent. Pour les trouver, pas besoin d’aller chercher très loin ni de mener une enquête sur le territoire romand. De Dialogai avec BluesOut à Checkpoint Vaud et Genève en passant par les Neuchâtelois de Togayther, les associations LGBT mettent à disposition des listes de médecins plus enclin à comprendre les besoins des personnes homos, bi ou trans.

1 comments

Faudra t-il encore que le dialoguai commence à répondre à la demande, j’ai essayé une fois sans obtenir la moindre réponse….

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