Lobbying en action sous les ors du Palais fédéral: Pierre-Anrdé Rosselet (à gauche) et Uwe Splittdorf (à droite) en compagnie de l'UDC Thomas Fuchs.

Pink Cross, un chemin de croix

Circulez y’a rien à voir, ou crise profonde? La vie à Pink Cross n’a en tout cas rien d’un fleuve tranquille. Récit et témoignages.

Avec le départ programmé de son président Pierre-André Rosselet, trésorier Martin Bräm et secrétaire général Uwe Splittdorf, l’association faîtière suisse des homosexuels s’apprête à vivre une année 2012 difficile. Et si l’on tient compte des deux démissions survenues au sein de son secrétariat, on serait même tenté de parler de véritable hémorragie. Dans les communiqués, l’heure est cependant à l’optimisme. L’association faîtière y est présentée comme «financièrement robuste, reconnue par les autorités et travaillant en réseau avec tous les groupes locaux et nationaux». L’ancien secrétaire romand et celle qui lui succède nous livrent leur explication de ces départs en série.

Tenue de soirée
Jean-Paul Guisan, qui a quitté ses fonctions en juin dernier, estime que les récentes désertions sont dues à «l’atmosphère épouvantable qui régnait au comité». L’arrivée d’Uwe Splittdorf comme secrétaire général en août 2009 ne serait selon lui pas étrangère à cette dégradation des rapports. Engagé grâce à ces compétences en marketing, son arrivée a fait miroiter la levée de nouveaux fonds. Mais d’argent, personne n’en aurait vu la couleur. A part un don notable de 250’000 francs peu après son entrée en fonction. «Des réceptions étaient organisées pour les sponsors mais ceux-ci n’existaient pas, explique l’ancien secrétaire romand. Cela devenait alors surtout l’occasion de se faire plaisir entre gens du même monde.» Parmi eux, on retrouve des membres de Network. Splittdorf avait d’ailleurs l’ambition de développer Pink Cross sur le même modèle que l’association des entrepreneurs gays.

Militantisme PrePaid
La question des finances serait devenue une «obsession, sans pour autant que cela soit au service d’une vraie stratégie ou de projets de terrain», souligne Jean-Paul Guisan. Une nouvelle orientation symbolisée par la création d’une carte de crédit labellisée Pink Cross, censée bénéficier autant aux membres qu’à l’organisation. «Qui voudrait d’une telle carte, mis à part les militants purs et durs qui, souvent, sont allergiques au tout-économique et plutôt à gauche?», tacle Guisan. Autre fait laissant songeur, le magazine de luxe joint depuis quelques temps au Pink Mail. Une correspondance d’ailleurs de plus en plus dépolitisée, où l’on parle davantage de yoga et de prévention des coups de soleil que de sujets de fond. Pour Jean-Paul Guisan, ces initiatives sont «symptomatiques d’une obsession narcissique de l’image». En revanche, ce récent élu au Conseil municipal de Genève PLR défend l’option prise par Pink Cross de faire du lobbyisme auprès des partis de centre-droit. Une option qui a toutefois pu être perçue par certains militants ou sympathisants comme un glissement idéologique vers la droite de l’échiquier ou un embourgeoisement des instances militantes homosexuelles.

Le nerf de la guerre
Barbara Lanthemann, première femme à occuper un secrétariat au sein de Pink Cross, estime quant à elle que «l’approche actuelle de la faîtière est moderne et progressiste». «En matière de militantisme, l’argent est le nerf de la guerre. Uwe Splittdorf a donc tout à fait raison d’adopter une stratégie commerciale», indique-t-elle. La nouvelle secrétaire romande regrette, par contre, le manque d’engagement des Romands au sein du comité. Et de l’expliquer par le fait que «les associations genevoises, parce qu’elles sont très actives et puissantes, estiment qu’elles n’ont pas besoin d’une faîtière». «Mais un événement comme PREOS a coûté beaucoup d’argent, et il était indispensable que Pink Cross ouvre son porte-monnaie», souligne-t-elle. Quant aux multiples départs, ceux-ci ne sont selon elle pas le fruit de conflits entre membres du comité. «Cette période est derrière nous et l’organisation va désormais de l’avant. La volonté actuelle est de laisser la place à des personnes plus jeunes qui apporteront un nouveau regard», argue-t-elle. Une relève que Jean-Paul Guisan appelle également de ses vœux. Celle-ci semble d’ores et déjà se dessiner outre-Sarine mais peine toujours à émerger en terres romandes.

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