Pride à Vancouver (Can), 2013. Photo: GoToVan/CC BY 2.0

Fierté et santé

Depuis bientôt 50 ans, le mois de juin est celui des Prides, ces événements qui réunissent les membres des communautés d’une zone géographique plus ou moins grande. Mais qu’est-ce qu’une «Pride» en fait? Et qu’apporte-t-elle en termes de santé?

La première marche de l’histoire s’est déroulée le 28 juin 1970 à New York. Il s’agissait pour les participant·e·s de commémorer la première révolte de nos communautés face à l’oppression. En effet, très exactement un an auparavant, les client·e·s du bar le Stonewall Inn avaient jeté la première bière au visage des policiers venus pour la «descente de trop». La Christopher Street Liberation Parade est ensuite devenue Pride ou Marches des Fiertés. Ces manifestations commémoratives se sont multipliées et sont avant tout des événements politiques visant à rendre visibles nos communautés dans l’espace public ainsi qu’à porter leurs revendications.

L’accès à l’égalité de droits pour les individus, les couples, les familles et plus largement les groupes sociaux ont une influence positive sur leur santé. Cette reconnaissance, si elle est accompagnée d’une protection juridique réelle, valide et consolide les identités, les modèles conjugaux et familiaux ainsi que les projets de vie. Elle favorise l’intégration sociale et la projection dans un avenir positif sur lequel les individus ont de l’influence, voire la maîtrise. Autant de facteurs déterminants pour la santé et le bien-être immédiat et à long terme.

Se (re)connaître
Ces rencontres sont également une occasion de réunir dans un espace sécure (safe place) les membres les plus divers de nos communautés. Chacun·e peut trouver sa place. Chacun·e est libre d’explorer et d’exprimer son identité, de montrer son corps tel qu’il est. Les personnes peuvent se donner des signes d’affection quand et comme elles en ont envie, entre ami·es, parents et amant·e·s. Collectivement, cela permet de se (re)connaître et de se découvrir des points communs et d’ainsi développer un sentiment d’appartenance à un groupe, certes hétéroclite mais (ré)uni dans ce lieu et dans cet instant. La Pride constitue une réponse à la honte que beaucoup éprouvent en découvrant que leur corps, leur statut sérologique, leur identité, leurs amours, leurs aspirations et désirs… ne correspondent pas à ce qui est attendu, à ce qui est valorisé dans nos sociétés. Plutôt que de rester dans l’isolement du placard, entre les murs du secret et du mensonge, la Pride invite à sortir pour s’affirmer individuellement et collectivement.

C’est l’occasion de sortir la tête des écrans. De ces réseaux et applications qui nous isolent plus qu’ils ne nous relient

Au cours des événements organisés et de rencontres impromptues, des liens se créent, des collaborations bourgeonnent, des amitiés et des amours naissent. Cela renforce les liens et favorise la solidarité entre les individus et entre les groupes. Il s’agit là de ressources importantes lorsqu’il s’agit de surmonter des difficultés ou de faire face à des violences ou à la solitude. Ces événements constituent également des opportunités de rencontres incarnées avec la diversité de nos communautés. C’est l’occasion de sortir la tête des écrans. De ces réseaux et applications qui nous isolent plus qu’ils ne nous relient. De ces représentations médiatiques déformées et uniformisées, partielles et partiales, de ce que peuvent, voire de ce que doivent être, nos corps, nos identités, nos familles, nos relations, nos sexualités et stratégies de réduction des risques et méfaits…

Lors d’une Pride, il n’y a pas de filtre ou de sélection préalable. Si l’on accepte de se révéler, de se laisser porter par le hasard et de s’ouvrir à l’autre sans a priori, chaque rencontre peut être une opportunité de découvrir l’autre et de se découvrir soi-même. La fierté pour soi, pour l’autre, pour nous est bonne pour la santé. Alors, joyeuses Prides à tou·te·s.

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