La citadelle de Bragança. Photo Pixabay CC0.

La Pride se pointe dans un fief conservateur et rural portugais

L’organisation de la première marche LGBT à Bragança, le 19 mai prochain, suscite des réactions partagées dans la petite ville de l’extrême nord-est du pays.

Le Portugal s’apprête à accueillir la grand-messe gay-friendly de l’Eurovision. Loin de la scène LGBT de Lisbonne, les régions se mettent à bouger. L’an dernier, c’est les rues de Funchal qui ont vu défiler le drapeau arc-en-ciel de la Pride pour la première fois. Et en 2018, c’est au tour de Faro (Algarve), mais aussi de la petite ville de Bragança de célébrer les fiertés LGBT le 19 mai. Dans cette dernière, chef-lieu de la région rurale du Tras-os-Montes et terre d’origine de nombreux émigrés en Suisse et dans le reste de l’Europe, l’événement rencontre une certaine appréhension. Il faut dire que la ville de 35’000 habitants est réputée comme bastion conservateur et catholique.

La semaine dernière, l’assemblée de la ville a ainsi adopté du bout des lèvres un message de bienvenue à la manifestation. Il n’a recueilli que 18 voix, quand 43 autres conseillers municipaux se sont abstenus. Seul un élu du PSD (centre droit) a voté contre, qualifiant la marche de «phénomène qui vise à détruire la liberté et les valeurs du 25 avril», date du renversement du régime autoritaire salazariste, en 1974.

Malaise
Sans doute le fait que le Bloc de gauche soit à l’origine de la marche, aux côtés des associations LGBT, n’a pas aidé à créer un consensus. Le «Diario de Notícias» note surtout un certain malaise chez les élus à l’idée que «la manifestation soit organisée à Bragança parce que c’est une cité conservatrice». De fait, Sara Canteiro, représentante du mouvement LGBT local, ne cache pas que la majorité des participants sont attendus non pas de la ville, mais du reste du Portugal et de la Galice voisine: «On espère provoquer le clic nécessaire pour que les personnes commencent à parler de ce sujet, à le comprendre et surtout arrêter d’avoir peur.»

Un message de soutien inattendu est venu du côté de l’Eglise catholique. Dans une tribune publiée dans le «Jornal de Notícias», le prêtre Fernando Calado Rodrigues, aumônier de l’Institut polytechnique de la ville, remarque certes que les organisateurs «plantent une lance en Afrique», expression qui évoque une conquête en terrain hostile. Mais tout en citant le pape François («Qui suis-je pour juger?»), il invite les citoyens à relever le défi: «C’est l’occasion de montrer que nous ne sommes pas une ville provinciale et étroite d’esprit que l’on pense, mais que l’on veut vivre dans une réalité cosmopolite, tolérante et ouverte à autrui.»

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