Photo: Capture Vice Media

Le geek gay par qui le scandale arrive

Recruté par Steve Bannon, Christopher Wylie est à l’origine du scandale de détournement de données chez Facebook. Il est aussi un nouvel exemple du débauchage de gays par l’extrême droite.

Son look de geek queer, avec ses lunettes et ses cheveux rose, est en Une de tous les médias depuis une semaine. A 28 ans, le lanceur d’alerte Christopher Wylie est devenu une icône après qu’il a révélé un vaste scandale impliquant le détournement – légal – de données Facebook à des fins de propagande politique. Le jeune analyste canadien a expliqué avoir, au sein de la société Cambridge Analytics, développé avec succès un système qui a servi à cibler 50 à 60 millions d’Américains durant la campagne de Donald Trump. Le tout sous la direction de Steve Bannon, suprémaciste blanc et éminence grise du futur président.

Bannon est aussi celui qui a lancé un certain Milo Yiannopoulos, fantasque et provocateur théoricien gay de l’extrême droite. Comme ce dernier, Wylie se présent ouvertement comme homosexuel: «le vegan gay qui a fabriqué un engin de guerre psychologique», comme il s’est défini auprès de «The Observer», le journal britannique qui a révélé l’affaire le week-end dernier. Ce garçon dyslexique et hyperactif a effectué un parcours universitaire aussi chaotique que brillant, devenant un expert de l’analyse de données. Des compétences qu’il a très tôt mis au service de partis politiques, au Canada et au Royaume-Uni.

Adopteurs précoces
Il explique que lors de son recrutement par Cambridge Analytics, la fille du milliardaire Robert Mercer, principal investisseur de la société, s’était émerveillée de le savoir gay, tout comme Steve Bannon: «Il nous voit comme des adopteurs précoces. Il se dit: si on peut avoir les gays, tout le monde suit. C’est comme ça qu’il s’est embarqué dans l’affaire Milo [Yiannopoulos].» Un paradoxe, puisque Bannon et Mercer sont aussi actifs dans la lutte contre le prétendu «agenda gay» et réputés proches de groupes anti-LGBT comme le Family Research Council.

De Florian Philippot en France à Milo Yiannopoulos en passant par Alice Weidel en Allemagne, l’itinéraire de Christopher Wylie montre encore une fois l’ambivalence de l’extrême droite sur la question gay, aussi prompte à exploiter les talents individuels qu’à rejeter les aspirations collectives. Au moins Wylie aura-t-il retourné sa veste à temps – il a quitté Cambridge Analytics en 2014. En attendant, ses révélations ont contribué à faire plonger l’action Facebook, accusé de n’avoir rien fait pour combler les brèches ouvertes par les activités de la start-up britannique.

2 comments

Pendant que la droite française dénonçait, en 2013, une société de Big Brother contre le mariage (histoire de faire diversion), ses amis américains l’appliquait tranquilement, pour de vrai, par derrière… D’ailleurs, peut-être n’y a t-il pas besoin de traverser l’Atlantique pour jouer à Big Brother par télécrans interposés…

306° Peut-il Nous rappeler ce qu’est l’extrême droite ? Parce que je pense que Florian Philippot, Milo Yiannopoulos, Alice Weidel et autres ne sont pas des personnalités d’extrême droite. De nos jours, dès lors qu’on sort des sentiers battues, toute personne devient d’extrême droite. Mais quand est-il dans les faits ?

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