Joan Collins

Absolument fabuleuses

Quand le grand écran se met à les bouder, le petit écran offre un second souffle aux actrices de plus de 60 ans.

La breaking news se répandait aussi vite que l’éclair début avril: Joan Collins rejoint le casting de la 8e saison de la série culte «American Horror Story». Incroyable mais vrai, à 84 ans, celle qui incarnait Alexis Colby, la plus fabuleuse de toutes les pestes dans Dynasty, reprend du service. Crêpages de chignon en perspective. Au-delà de l’excitation que suscite l’annonce de la nouvelle recrue, l’actrice rejoint le rang de celles dont la carrière rencontre un spectaculaire rebond par le biais des séries TV. Et elles sont nombreuses.

Après Glenn Close qui ouvrait la marche dans «Damages» en 2007, Jessica Lange lui emboîtait le pas des come-backs du 3e âge dans la première saison de «American Horror Story» en 2011. Le succès fut retentissant, son talent était aussitôt reconnu partout dans le monde. Parmi les nombreux fans de la série, les plus jeunes découvraient une actrice au jeu captivant à lui seul toute l’attention des téléspectateurs, les plus âgés se demandaient comment Hollywood avait pu oublier une actrice d’une telle stature. Après quatre saisons et autant de personnages aux caractères inquiétants, sadiques, machiavéliques et émouvants, Jessica Lange décidait de quitter la série pour rejoindre le casting de la première saison d’une autre série, «Feud», aux côtés de la toujours aussi sublime Susan Sarandon. Campant les deux stars hollywoodiennes Joan Crawford et Bette Davis, les deux actrices revisitaient avec virtuosité la rivalité anthologique qui opposaient leurs ancêtres sur fond de sexisme, de misogynie et d’âgisme à Hollywood.

Obsession de la fraîcheur
Inespérée et amplement méritée, la résurrection de Jessica Lange est arrivée sur petit écran. Jetée comme un Kleenex par l’industrie du cinéma, la télévision lui tendait la main pour prouver qu’elle n’avait pas dit son dernier mot. Et toc. Disparue des grands écrans depuis des années, elle subissait le même sort que la plupart de ses consœurs à Hollywood : une mise à la retraite anticipée une fois la quarantaine entamée. Brutale réalité de l’autre côté des paillettes. Obsédé par la fraîcheur de la jeunesse, le cinéma lâche sans complaisance les actrices qu’il a glorifiées dès lors qu’il les estime fanées. Fatale injustice face aux acteurs censés «se bonifier avec le temps»? Certainement pas, même si les clichés discriminants ont la peau dure. Pendant que Jessica Lange, le sex-symbol qui ensorcelait King Kong dans les années 70, quittait les plateaux de cinéma sur la pointe des pieds pour entamer sa traversée du désert dans les années 90, d’autres dénonçaient le jeunisme haut et fort dans les médias. Sur le pied de guerre, Meryl Streep affirmait pendant la promo du film «Le diable s’habille en Prada» en 2006: «Mis à part les seconds rôles de folles sanguinaires ou d’alcooliques névrosées, Hollywood n’a rien à offrir aux actrices de plus de 40 ans.»

Sujets tabous
Militante dans l’âme, Jane Fonda a largement contribué à la revanche des actrices vieillissantes. Dans «Grace & Frankie» avec sa complice de toujours Lily Tomlin, elles incarnent deux septuagénaires diamétralement opposées – la première étant une bourgeoise control-freak, la seconde une sorte de hippie new age – goûtant aux joies et aux affres de la colocation après avoir été larguées par leurs maris respectifs. L’air de rien, la série reposant essentiellement sur le jeu de ses actrices révolutionne le genre en abordant des sujets jusqu’ici tabous, comme la quête du désir et du plaisir sexuel féminins au-delà de l’âge de la retraite.

Jane Fonda dans «Grace & Frankie» avec sa complice de toujours Lily Tomlin

Le brushing et les épaulettes d’Angela Bauer dans Madame est servie ont marqué toute une génération. Après l’arrêt de la série en 1992, on avait perdu de vue son actrice principale, Judith Light. La considérer sans talent était un leurre, comme le prouve ses grandioses prestations dans «Transparent» et «American Crime Story 2: The Assassination of Gianni Versace». Dans un climat sismique à Hollywood où les actrices ont décidé de ne plus se taire sans craindre de passer à côté du contrat du siècle, la réplique de Jessica Lange dans la peau de Joan Crawford dans le premier épisode de «Feud» prend tout son sens : «Ils ne font plus de films de femmes, plus le genre que l’on faisait. Si quelque chose doit changer, c’est à nous de provoquer le changement. Sinon personne ne va caster des femmes de notre âge.» Amen, old is the new black.

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