Johnny (Josh O'Connor, à dr.) et Gheorghe (Alec Secareanu)

«Tomber amoureux est la chose la plus difficile»

Enraciné dans la lande du Yorkshire, «God’s Own Country» («Seule la terre») n’est pas un énième film de coming-out. Son réalisateur, Francis Lee, réussit un intense récit d’apprentissage et de passion.

Prix de la mise en scène à Sundance, le premier long métrage du Britannique Francis Lee met en scène Johnny, un jeune fermier gay du Yorkshire, aigri, colérique et introverti. Se consacrant à l’exploitation de la ferme familiale, perdue sur une terre aride, il tente d’oublier ses frustrations dans l’alcool et des accouplements occasionnels avec des inconnus. Jusqu’au jour où débarque Gheorghe, un migrant roumain engagé pour l’aider.

Beau comme un dieu
Si le film évoque la difficulté à s’assumer dans un tel milieu, le vrai sujet réside dans l’empêchement, pour Johnny, de s’attacher à ceux qui l’attirent. C’est ce qui change avec Gheorghe, beau comme un dieu, auprès de qui il va éprouver des émotions jamais ressenties. Une relation intense va naître, contrastant avec les baises brutales dans des lieux sordides. Le film raconte ainsi l’apprentissage d’une autre virilité, la découverte des sentiments, de l’amour et de la tendresse. Tout en dépeignant des ébats passionnés sans fard, mais sans complaisance.

Garçon doux à la longue barbe, Francis Lee, 46 ans, habitant une maison isolée dans la lande, sans internet, est né comme son héros dans une ferme qu’il a quittée à vingt ans pour étudier l’art dramatique. Devenu acteur, il sent que ce n’est pas sa voie. Il a envie d’écrire ses propres histoires et de passer derrière la caméra. Il réalise deux courts métrages avant de s’attaquer, il y a six ans, à «God’s Own Country» («Seule la terre»).

«Il s’agit d’un film très personnel, mais pas autobiographique», nous dit le réalisateur lors d’une rencontre au GIFF à Genève, où il précise ses intentions. «Que Johnny soit gay ou non n’est pas important. Mon but n’était pas de faire un film sur un coming-out, mais de m’intéresser aux réactions émotionnelles liées au fait d’aimer et d’être aimé. Tomber amoureux a été pour moi la chose la plus difficile, tant je craignais d’avoir le cœur brisé.»

Différent de «Brokeback Mountain»
Beaucoup comparent «God’s Own Country» au fameux «Brokeback Mountain» d’Ang Lee. «Je suis flatté, c’est un film magnifique. Sauf qu’il est complètement différent. Ce n’est pas le même monde, ni la même époque. Les deux protagonistes sont obligés de se cacher, contrairement à Johnny dont le principal problème est de s’ouvrir aux autres.»

Le film, qui évoque également le racisme et l’homophobie, connaît un gros succès des deux côtés de l’Atlantique. Mais Francis Lee, qui aime sa vie, sa famille, ses amis, n’a pas l’intention de succomber aux sirènes de Hollywood. «Je reçois beaucoup de scénarios, mais je sais que je n’aurai pas le final cut. Et je veux rester maître à bord de mon prochain film. Quitte à prendre le risque qu’il ne soit pas aussi bien reçu que le premier.»

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