Suisse Asile

Quantité délaissée

La question de la migration des personnes LGBT souffre du manque de statistiques. Cela se ressent dans leur prise en charge dans le pays d'accueil. En Suisse, Amnesty International ou le projet Asile LGBT cherchent à sensibiliser les intervenants.

22 déc. 2017 | par

Italie, Sicile, Catane, le 4 octobre 2017. Un bateau des Gardes Côtes Italiennes arrivé la veille, débarquent plus de 700 réfugiés sauvés en mer. © Magali Girardin.
Italie, Sicile, Catane, le 4 octobre 2017: Un bateau des gardes côtes Italiens arrivé la veille, débarque plus de 700 réfugiés sauvés en mer. Photo © Magali Girardin.

Impossible de connaître le nombre de demandeurs d’asile LGBTI en Calabre, tout comme en Italie ou ailleurs. L’organisation internationale Refuge asile et migration (ORAM) estime toutefois que 4% à 6% de la totalité des demandes d’asile internationales émanent de personnes LGBTIQ persécutées. «Aucune statistique ne recense ces personnes, confirme Denise Graf, de la section suisse d’Amnesty International. En Suisse, le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) n’a pas non plus de données sur les personnes LGBTI cherchant protection chez nous en raison de leur orientation et/ou identité sexuelle. En 2010, Amnesty International avait lancé une pétition réclamant l’introduction d’une phrase semblable à celle visant la protection des femmes, mais le Parlement suisse n’est pas entré en matière.»

Pas de politique unique
Il n’y a, en conséquence, pas de véritable politique unique d’intégration des migrants gays en Europe et en Suisse. Certains pays, comme la Hollande ou l’Allemagne, sont à l’avant-garde et proposent des structures protégées, préservant des stigmatisations tout en favorisant l’intégration dans la société civile. Un centre de ce type devait ouvrir prochainement à Zurich.

«Trop souvent encore ces personnes vivent une double vie et ne peuvent pas faire leur coming out, par peur d’être rejetées, raillé voire frappées par d’autres requérants», regrette Denise Graf, pointant aussi la rigidité du SEM dans certains dossiers. «Nous défendons une Sénégalaise de 36 ans, persécutée par sa famille et condamnée à 3 ans de prison dans son pays pour avoir eu des relations avec une femme. Mais toutes ses demandes ont été refusées, nous sommes en dernier recours. Il m’est arrivé parfois de renvoyer des personnes dans un autre pays européen pour que leur demande d’asile ait plus de chances d’aboutir.» Elle soulève aussi un non respect flagrant des droits des personnes LGBT en évoquant deux lesbiennes russes, séparées. «L’une est dans un centre à Zurich, l’autre à Berne, alors qu’elles sont arrivées ensemble en précisant clairement être en couple.»

«Beaucoup ont appris à se cacher pour se protéger et ne mettront jamais spontanément leur orientation sexuelle ou leur identité de genre en avant»

Pour Anne Arvy, coordinatrice du projet Asile LGBT Genève, l’urgence est à la formation et à la sensibilisation des professionnels en charge de l’évaluation des demandes d’asile et de l’accompagnement des réfugiés. «Même si les conditions d’accueil en Suisse sont meilleures que dans d’autres pays, il reste encore beaucoup à faire pour permettre aux réfugiés LGBTI de vivre ouvertement leur identité», explique celle qui intervient régulièrement dans les structures d’accueil genevoises. «Le premier problème reste leur visibilité. Beaucoup ont appris à se cacher pour se protéger et ne mettront jamais spontanément leur orientation sexuelle ou leur identité de genre en avant. D’autant plus s’ils se retrouvent logés avec des personnes de la communauté qu’ils ont fuie.» Une invisibilité reproduite dans les prises en charge, proposées par les professionnels, souvent non inclusives des personnes LGBTI, dénoncent les associations.

Afin de lutter contre la marginalisation et l’invisibilité des réfugiés LGBTI, la coordination asile.ge a publié en novembre une brochure très complète pour un accueil inclusif et égalitaire. «Ce guide s’adresse principalement aux professionnels de l’asile et aux personnes engagées auprès de réfugiés LGBTI», explique Anne Arvy. «Il propose des pistes théoriques et des outils pratiques permettant de sortir de l’hétéronormativité afin de veiller à respecter les droits de ces personnes et combattre la vulnérabilité liée à leur marginalisation.»

Asile-LGBT-2017_web

» Brochure Réfugié.es lGBTI – Guide pratique pour un accueil inclusif et égalitaire disponible sur: lgbt.asile.ch
» Pétition Queer Amnesty pour l’amélioration de la protection des personnes migrantes LGBTIQ en Suisse: queeramnesty.ch

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Mise à jour 02.01.2018 10:09
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