Monde Zimbabwe

Mugabe l’homophobe mis sur la touche

Déposé par l'armée, l'autoritaire dirigeant du Zimbabwe, 93 ans, n'a cessé de décliner sa haine des homosexuels au nom des valeurs africaines. Mais son probable effacement ne garantit pas un changement d'atmosphère pour les LGBT.

16 nov. 2017 | par

mugabe

Il semble que l’interminable règne du «crocodile» de Harare ait pris fin. Robert Mugabe, ancien héros de la décolonisation et dirigeant autoritaire du Zimbabwe depuis 1980, a été placé mercredi en résidence surveillée par l’armée.

La mise à l’écart du président de 93 ans est sans doute un soulagement pour de nombreux gays et lesbiennes de ce pays de 16 millions d’habitants. Tabou social, l’homosexualité y était aussi une des obsessions politiques de Mugabe depuis le milieu des années 1990. «Nous n’accepterons jamais, jamais, jamais l’homosexualité», martelait-il jusqu’à la tribune de l’ONU. Selon lui, les gays étaient pires que les animaux, «car même les porcs savent comment s’accoupler». Le mois dernier encore, un tollé avait été suscité par désignation à l’OMS de Mugabe comme «ambassadeur de bonne volonté», lui qui avait qualifié l’homosexualité de «maladie dégoûtante».

Les diatribes homophobes étaient constamment utilisées pour discréditer les tentatives de pressions occidentales sur le régime ou contre l’opposition. L’homosexuel était, selon les observateurs, un bouc-émissaire commode pour détourner l’attention du désastre économique dans lequel la population se débat depuis des décennies.

Changement peu probable
L’éviction de Mugabe par l’armée n’augure pas nécessairement un changement de régime politique, et encore moins une amélioration des conditions de vie pour les LGBT zimbabwéens. Ni les militaires ni leur possible candidat, l’ancien vice-président Emmerson Mnangagwa, ne semblent mieux disposés à l’égard des minorités sexuelles. En 2016, ce dernier avait défendu la pénalisation de l’homosexualité lors d’une session du Conseil des droits de l’homme, à Genève: «Il y a des domaines que nous n’accepterons pas, comme celui des gays et de l’homosexualité, qui sont illégaux dans notre pays. Nous rejetons cela.»

Tout aussi virulent dans son homophobie d’Etat, mais sans doute moins brutal dans sa répression que l’Ouganda, le Zimbabwe applique encore néanmoins les antiques lois coloniales anti-sodomie, renforcées par des dispositions réprimant les associations et mêmes les gestes d’affection entre personnes du même sexe, tels que se tenir par la main, s’étreindre ou s’embrasser.

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Mise à jour 25.11.2017 10:16
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Un commentaire

  1. Par benji:

    Jamais un régime instauré par un coup d’état n’a proposé des droits aux LGBT !
    C’est logique, un coup d’état, c’est soumettre tout le monde : autant le prédécesseur que le peuple ou ses représentants, majoritaires ou minoritaires. Toutes les démocraties permettent le débat sur les droits LGBT. Seules, à ce jour, des démocraties ont donné l’égalité aux LGBT. Seule donc, une élection démocratique permettrait aux Zimbabwéens LGBT d’acquérir, un jour ou l’autre, des droits. On ne mesure pas toujours notre bonheur, nous Européens.

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