Culture Musique

Daho, l’épopée pop

En guise de montée des marches avant la découverte de son nouvel album «Blitz», dans quelques jours, replongeons avec délice dans l’œuvre magistrale d’Etienne Daho.

13 nov. 2017 | par

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«Tout est blanc, tout givré, innocent, tout figé. C’est l’hiver, en été…», posté sur sa page Facebook le 1er septembre, le nouveau single d’Etienne Daho intitulé «Les Flocons de l’été», berceuse joyeuse et mélancolique pour adultes, insuffle un peu de douceur cinglante d’humanité dans ce monde de brutes. Comme une caresse à partager sans modération avec les êtres qui nous sont chers. Annonçant la sortie de son album «Blitz», la chanson fait chavirer le cœur de ses fans, fidèles, patients. Une fois encore, nous tombons pour Daho. Dès la première écoute de ce nouveau morceau, nombreux de ses fans de la première heure y ont reconnu un lien avec «Saint-Lunaire, dimanche matin», la dernière piste de la face B de son deuxième album «La Notte, La Notte…» sorti en 1984. Une ritournelle candide à danser enlacés jusqu’à l’aube.

Comme une spirale étourdissante
Il y a quelque chose d’extrêmement émouvant, presque vertigineux, chez les artistes qui comme lui traversent les époques sans sourciller. On pense à Bashung. L’œuvre d’Etienne Daho – car il s’agit bien d’une œuvre musicale essentielle – se crée comme une spirale étourdissante, ne laissant aucune place à la panne d’inspiration ou la facilité. Une œuvre exigeante, passionnée et passionnante, retraçant son parcours de vie au gré de ses disques qu’il a enregistrés aux quatre coins du monde. En tissant à chaque fois des liens très forts avec les villes où ils ont été conçus. Paris, Londres, New York… En attendant la sortie du 13e, sans compter «Le Condamné à mort» (2010) avec Jeanne Moreau mettant en musique les textes de Jean Genet, on ne se lasse pas de le réécouter.

Tous ses albums sans exception ont la particularité d’être ancrés dans leurs époques tout en échappant à l’emprise du temps. On peut s’amuser à lui chercher des filiations et des influences artistiques, mais on préfère l’écouter en ondulant les yeux fermés, le sourire extatique. Car Daho, il n’y en a pas deux comme lui. En France où les médias aiment enfermer les artistes dans des cases hermétiques, il a toujours su éviter ce piège. N’appartenant à aucune catégorie, il s’est fait une place à part, sans vanité.

Murmure
Dans les années 80, lorsque sa carrière décolle en flèche avec les succès phénoménaux de «Week-end à Rome», «Tombé pour la France» et «Bleu comme toi», il devient LA star de la chanson française, on l’entend partout. Artiste de scène, certains lui reprochent alors le manque de puissance de sa voix en live, une voix reconnaissable aujourd’hui entre toutes et dès la première note, jeune, grave, envoûtante, sensuelle. Il a fait sa force de cette façon intimiste de murmurer directement à nos oreilles.

A ses débuts – un peu comme les Pet Shop Boys en anglais – il réussit l’exploit d’écrire en français la rencontre amoureuse et l’attraction sexuelle de façon neutre. Un duel au soleil… avec une fille, un garçon? Peu importe tant que les corps vibrent à l’unisson dans l’extase du grand frisson, aussi furtif soit-il. Sans calcul mais avec subtilité, la sensualité dégagée dans ses chansons rassure de nombreux adolescents découvrant qu’ils sont gay dans les années 80. Lui-même n’a jamais estimé nécessaire de préciser ses préférences sexuelles, et c’est son plus grand droit. La vie publique n’implique pas de tout dévoiler de sa vie privée.

Sans compromis
Cette discrétion, comme son éternelle absence dans la presse people, ont contribué à façonner son image d’homme à l’élégance racée. Jusqu’au début des années 90 avec la sortie de l’album «Paris ailleurs» et la tournée internationale qui s’ensuit, la Dahomania bat son plein. Mais le rapport à la gloire et sa part d’ombre n’est pas simple pour l’artiste. Il supporte mal la surexposition médiatique couronnée des ventes de disques faramineuses. Il se retire un temps. Pour se reconstruire à l’abri du regard des autres et renouer avec l’envie de faire de la musique. Réfugié à Londres, la rumeur de Paris l’annonce mort du sida. Il prouve le contraire en sortant le mini-album «Reserection» en 1995 avec le groupe anglais Saint Etienne. Suivi une année plus tard d’«Eden», d’une cohérence artistique absolue, sans compromis. Du début à la fin, soit de «Au Commencement» à «Des Adieux Très Heureux», l’enchaînement des douze morceaux composant l’album l’impose comme essentiel. Et peu importe s’il déroute une partie de son public.

Depuis, les sorties de ses disques se sont espacées. Plutôt que la quantité, il choisit la qualité. Après «L’invitation» (2007) et «Les Chansons de l’innocence retrouvée» (2013), son épopée musicale faite de grâce, de boucles et d’arrangements somptueux quasi cinématographiques, promet encore de belles envolées. Sa musique ne se raconte pas, elles se ressent au plus profond de soi. Alors en attendant «Blitz», vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas prévenus: Daho n’a pas dit son dernier mot.

» «Blitz», sortie le 17 novembre

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Mise à jour 15.11.2017 09:05
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