Chroniques Chants nocturnes

Cassandrite

Le sang des dragonnes, des sorcières coule dans mes veines. Ni racisée ni racisante, ni cis ni trans, pas plus que je ne suis partiarcale ou matriarcale, mi sirène mi cosmique, je ne suis pas même humaine...

13 oct. 2017 | par

greta-oct17
Autoportrait d’après Gabriel Ferrier - Judith.

Tra i due litiganti, il terzo gode – Entre deux querelleurs, le troisième jouit. Proverbe italien

Le sang des dragonnes, des sorcières coule dans mes veines. Ni racisée ni racisante, ni cis ni trans, pas plus que je ne suis partiarcale ou matriarcale, mi sirène mi cosmique, je ne suis pas même humaine. À personne, à aucune caste, je n’appartiens. Pourtant, depuis la nuit de mes temps, je défends tout ce qui n’est pas moi et devrait être traité avec équité. Plus minoritaire que les minorités, aujourd’hui je peine à voir celles-ci se diviser, jour après jour, sous le moindre prétexte, se regarder en chien-ne-s de faïence, se chercher des poux, juste pour avoir raison. Il n’est plus de dénominateur commun, les frontières prennent toute la place et c’est chacun-e pour soi et contre tou-te-s. Du féminisme à l’appropriation culturelle, en passant par la trans ou grosso phobie, tout y passe et, si les enjeux sont différents, le vocabulaire lui, use des mêmes mots, à la virgule près. Une nomenclature commune pour une division qui semble viser l’infiniment petit. Moi la bienveillante qui tente d’expliquer aux un-e-s les pourquoi et comment des autres, je me lasse de ces leçons dont le parfum me rappelle trop les bancs d’école. Moi, la buissonnière, de ces pistes balisées je ne peux, ne veux, suivre la trace. Car je souffre de Cassandrite aiguë et ce que je vois ne me plaît pas. On ne me croira pas et peu m’importe ce que moi on pensera. Mais je vois. Et de tous ces duels, je le crains, rien de bon ne sortira. Personne, hors le Monde, ne sortira vainqueur de ces joutes. Il aura toutes cartes en main pour écraser, le temps venu, celles et ceux qui se retrouveront à tel point isolé-e-s dans leur mausolée qu’un simple de ses souffles suffira à faire s’effondrer leurs citadelles de carton-pâte dont les pierres se descellent à force d’oublier de glisser entre-elles un peu de mortier. Et mes larmes de reine n’y pourront rien changer.

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Mise à jour 13.10.2017 11:16
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