Chroniques Portrait

Au service du coeur

Richard Bonjour, responsable administratif de l’association genevoise Dialogai, nous raconte son histoire, quelques jours avant son départ à la retraite.

9 sept. 2017 | par

richard_pride2004
Richard Bonjour à la Pride romande 2004 à Genève ©Ester Paredes

«J’ai fait un coming out assez tardif, avant cela, j’ai eu une autre vie.» Plusieurs vies même. Né dans le Sud de la Drôme, Richard Bonjour a grandi entre sept frères, deux sœurs et un père pasteur, une enfance heureuse. La sexualité, on n’en parle pas. S’il joue plutôt avec les poupées de sa sœur que les voitures de son frère, cela ne préoccupe personne. Après une adolescence sans encombre, il choisit de suivre les traces de son père et obtient un diplôme de théologie. Son pastorat est reconnu et apprécié. Engagé, il défend alors déjà ces valeurs qui lui sont chères. «J’aimais beaucoup l’accompagnement des gens et l’enseignement d’une tradition. La tradition protestante, c’est un enseignement de liberté, d’autonomie, d’indépendance». Bien que le protestant soit toujours seul face à Dieu, Richard est entouré d’une épouse et de trois enfants.

Reconversion
Un jour, sur un trottoir parisien, Richard se retourne sur un joli garçon. Ce regard bouleverse sa vie. Il a 28 ans. Ne voulant pas vivre caché, il choisit l’ouverture au monde, à sa femme, à sa famille, à son Eglise. «Ma famille l’a accepté parce que je viens d’un milieu où le bonheur des gens compte plus que les principes moraux.» Son église, en revanche, lui demande de partir, un pasteur homosexuel, ce n’est pas acceptable en 1980. Aussi c’est avec son seul diplôme de théologie en poche qu’il entame sa reconversion professionnelle et personnelle, en France d’abord, puis à Genève. La transition reste difficile. «Je n’ai pas cherché de soutien à ce moment-là, car je pensais être assez fort tout seul, comme toujours.» Grâce aux TPG, Richard trouve un nouvel équilibre professionnel et financier, pendant plus de 10 ans, en attendant que grandissent ses enfants.

«Jusque-là, je ne ressentais pas de sentiment d’injustice. J’en voulais à mon passé personnel, certes, mais pas à la société, je considérais que je n’avais pas vraiment à me plaindre.»

«Je suis rentré en contact avec la communauté gay genevoise par le biais du groupe Chrétiens et homosexuels. Un copain pensait qu’en tant qu’ancien pasteur, j’aurais peut-être des choses à leur apprendre.» Richard est alors encore chauffeur de bus. Lorsqu’il quitte son poste, c’est l’association 360 qu’il rejoint dans le cadre des mesures pour l’emploi. L’engagement est comme un engrenage. De 360, il entre au comité de Dialogai, avant de se voir offrir le poste de responsable administratif de l’association. Son premier véritable acte de militant est l’organisation de la Pride 2004 à Genève, dont il prend la responsabilité logistique. «J’y ai rencontré des modèles de militantisme. Ça a été le déclic et la découverte d’un vrai combat, un combat pour les droits. Jusque-là, je ne ressentais pas de sentiment d’injustice. J’en voulais à mon passé personnel, certes, mais pas à la société, je considérais que je n’avais pas vraiment à me plaindre. Je n’étais pas dans une situation difficile, j’avais toujours pu vivre ma sexualité même si elle était différente dès le moment où je l’avais choisie.»

«La force de Dialogai, c’est d’être percutant dans le témoignage»

360, les Prides et Dialogai éveillent chez Richard Bonjour un esprit de revendication politique, sociale et humaine. «Nous avons les mêmes devoirs, nous voulons les mêmes droits.» Le slogan de la Pride 2011 résonne chez lui comme un mantra. Richard ne sera pas un sous-citoyen. Son engagement auprès de Dialogai apparaît comme une évidence. En 35 ans d’existence, l’association est devenue une institution, un acteur fondamental dans le paysage genevois. Sa force réside dans l’expérience. «C’était un autre monde avant, c’était l’époque où c’était normal d’être homophobe.» Du Sida au partenariat, Dialogai est active sur tous les fronts, une histoire qui donne à l’association un statut spécial. «La force de Dialogai, c’est d’être percutant dans le témoignage. Je voudrais que notre communauté redevienne un peu insolente. J’aime bien l’insolence, c’est poli, c’est respectueux, mais c’est dire les choses. L’insolence, c’est ce qui nous tient éveillé, ce qui nous rend vivant.».

Fier de ses rencontres
Aujourd’hui, Richard Bonjour traite ses derniers dossiers avant son départ à la retraite. Un projet lui tient particulièrement à cœur: le recueil des témoignages de celles et de ceux qui ont construit l’histoire de Dialogai. Une génération pour ne pas oublier et honorer la mémoire de celles et ceux qui un jour ne seront plus là. L’émotion gagne l’ancien pasteur. «Je crois que j’ai eu beaucoup de chance toute ma vie. Elle n’est pas rectiligne, certes, ma vie est faite de changements, de décisions, de révolutions, mais à chaque étape j’ai toujours trouvé le soutien, l’appui, les forces, l’énergie intérieure et extérieure pour avancer. Je crois que je suis surtout fier des gens rencontrés, plus que des choses accomplies. Je n’ai jamais rien fait tout seul, jamais.» Richard Bonjour s’envole dans quelques jours pour la Colombie rejoindre son mari, pour une nouvelle page de sa vie. Il emporte avec lui 20m3 de souvenirs, mais autant d’histoires qui le touchent au cœur. Il crée ces liens si précieux à l’Homme, qui nous relient les uns aux autres, «parce qu’il faut juste faire ces choses qui nous font du bien».

Partager sur
Mise à jour 13.09.2017 08:26
1 803 vues

Un commentaire

  1. Par Xochitl:

    La Vie est faite d’éternels recommencements. Que celui-ci t’amène sur les sommets du plaisir de nouvelles vacances sans fin. Loin des yeux mais pas du Coeur, pensées à toi mon Riri,
    Xo

La section commentaires est fermée.


Sur le même thème

Top