Culture Cinéma

«L’amour est la plus grande histoire de la vie»

Transsexuelle dans «Lola Pater», Fanny Ardant a beaucoup aimé le personnage pour la richesse de son caractère, sa vulnérabilité, son insolence, sa fantaisie, son parcours chaotique. Interview

8 août 2017 | par

lola-pater

Elle est belle, grande, mince, sincère, chaleureuse, passionnée. Effrontée, extravagante, non conformiste, elle n’a pas la langue dans sa poche, ne supporte pas la pensée unique, se moque des moralisateurs. Elle se dit peu mondaine sinon carrément asociale. A la tête de quelque 80 films, inoubliable Femme d’à côté de François Truffaut, elle est aussi réalisatrice de trois longs-métrages, dont «Le divan de Staline» avec Gérard Depardieu, et a mis en scène un opéra au Châtelet. Douée pour la métamorphose et le mélange des genres, elle a accepté, à 68 ans, de jouer un homme devenu femme dans «Lola Pater», le cinquième opus du cinéaste franco-algérien Nadir Moknèche.

«J’ai beaucoup aimé le scénario ainsi que Lola pour la richesse de son caractère, sa vulnérabilité, son insolence, sa fantaisie, son parcours chaotique, raconte Fanny Ardant, rencontrée au Festival de Locarno, lors de la projection sur la Piazza Grande. C’est un être très tourmenté. Il a choisi sa vie quel que soit le prix à payer. Là on est à la dernière épreuve. Il, enfin elle, se demande si son fils va l’aimer. L‘amour est la plus grande histoire de la vie.

– Est-ce un rôle casse-gueule? Certaines actrices auraient sans doute craint pour leur image?
– Ce n’est pas mon cas, car je n’ai pas d’image à défendre. J’ai une sorte d‘irréductibilité liée à ce que je pense, ce que je suis, à la liberté. Tout en tant très pessimiste, je suis dotée d’une extraordinaire énergie. Ma carte maîtresse. Elle est venue à bout de chagrins qui m’ont presque laissée pour morte.

– Qu’est-ce qui définit le mieux l’être humain selon vous?
– Ce n’est en tout cas ni son sexe, ni son métier, ni sa nationalité, ni sa couleur. Tout cela n’est qu’une enveloppe. Ce qui le définit, c’est sa richesse, sa dualité, ses contradictions. ce moment où on l’a devant soi et où on le découvre dans ses qualités, ses défauts dans les réactions qu’il provoque. Celle de mon fils dans le film, c’est d’abord le rejet. Dès qu’il apprend à me connaître ce n’est plus le cas.

– Comment avez-vous travaillé votre personnage?
– Je l’ai davantage préparé que travaillé. Avec Nadir, nous nous sommes surtout attaché à l’allure générale, aux robes, aux chaussures, à la coiffure, la poitrine, le derrière. Et à la voix. “Plus bas, me répétait-il, plus bas”. Il m’a par ailleurs conseillée de prendre des cours de danse orientale. Pour le reste on se rend disponible. Je n’ai pas rencontré de transsexuelles. Je me serais retrouvée dans une réalité qui ne m’intéresse pas. Ce qui me passionne, c’est la vérité.

Je n’avais jamais joué ce rôle et je dis toujours oui à quelque chose d’irrésistible

– La routine vous ennuie. Vous la cassez en vous montrant très éclectique. Vos choix sont à la fois populaires et auteuristes.
– Chaque film est une aventure. Dépendant de l’invention et de l’intelligence des metteurs en scène qui me proposent des choses différentes. Quand j’ai rencontré Nadir, j’ai été séduite par sa culture, sa façon de parler, de me voir au-delà des apparences. Je n’avais jamais joué ce rôle et je dis toujours oui à quelque chose d’irrésistible.

– Et c’est quoi l’irrésistible?
– La découverte, la curiosité, le plaisir de jouer. Mais j’ai besoin d’avoir des affinités. Vous savez, je suis misanthrope. J’aime les êtres humains un par un. Je déteste le groupe. Je n’ai par exemple jamais appartenu à un parti politique. Je ne fais pas non plus partie de la “grande famille” du cinéma. Je veux la liberté chez un acteur. J’ai été très heureuse sur le tournage de «Lola», où j’ai rencontré des gens formidables.

Les gens ont pris leur valise et il n’y en a plus qu’une sur le tapis, qui patiente. C’est moi.

– Enfreindre c’est mieux que suivre. Votre devise de rebelle en somme.
– Je revendique ma liberté de parole et celle de changer d’avis. J’ai de la difficulté à entrer dans l’ordre établi, j’ai du mal avec la loi, avec l’autorité, sauf si elle est bienveillante. Tout cela vient du fait que très tôt, on a essayé de me faire peur. Or une vie ne peut pas être dictée par la peur.

– Vous avez le sens de la formule. Vous dites par exemple que le cinéma c’est comme le prêt-à-porter. En gros, il en faut pour chacun. Une fois vous m’aviez confié que vous étiez comme une valise sur un tapis roulant. Est-ce toujours le cas?
– Oui, j’attends qu’on m’emporte. Les gens ont pris leur valise et il n’y en a plus qu’une sur le tapis, qui patiente. C’est moi. Et je suis prête à tout!


Subtilité et sensibilité

Fils d’immigrés algériens, Zino a grandi persuadé que Farid, son père, les a abandonnés, sa mère et lui. A la mort de cette dernière, il apprend que Farid n’est pas retourné en Algérie, mais qu’il vit en Camargue. Zino part alors à sa recherche et rencontre Lola, professeure de danse orientale. Elle finit par lui avouer qu’elle est Farid. Zino a de la peine à l’accepter.

Nadir Moknèche s’est attaqué à un thème délicat qu’il traite avec subtilité et sensibilité, évitant la caricature et le cliché. On peut lui reprocher de ne pas avoir choisi une comédienne transgenre. Mais il répond que le cinéma est un métier et qu’actuellement il n’y en a pas. «Peut-être dans vingt ans, mais j’espère qu’elle ne seront pas cantonnées à ce genre de rôle. Le choix de Fanny s’est imposé. Elle et moi nous sommes investis corps et âme dans ce personnage de Lola.»

» A l’affiche dès mercredi 9 août dans les salles de Suisse romande.

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Mise à jour 10.08.2017 08:01
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