Suisse Berne

La Confédération renonce à compter les crimes de haine contre les LGBT

Répondant à une interpellation parlementaire, les Cantons refusent de dresser une statistique des actes de violences homophobes et transphobes. De telles données ne seraient pas fiables.

15 août 2017 | par

oeil-au-beurre-noir

En Allemagne, les actes de violence visant des homosexuels et les trans ont fortement augmenté au premier semestre 2017: +30% par rapport à la même période de l’année précédente. Et en Suisse? Personne ne le sait. La variable homo-/transphobie n’est pas prise en compte dans les statistiques de police. Il y a deux ans, pourtant, une interpellation du PBD avait demandé l’enregistrement des crimes de haine contre les LGBT, comme plusieurs pays du nord de l’Europe. Elle avait semblé susciter l’intérêt du Conseil fédéral.

Mais le projet a été discrètement envoyé aux oubliettes cet été, révèle le site alémanique Watson. Une majorité de cantons s’est opposée à la récolte de données supplémentaires sur les motifs d’actes de violence. «Les arguments principaux sont un rapport coût-revenu défavorable et la difficulté de fournir des données de qualité suffisante», explique le porte parole de l’Office fédéral de la statistique, Stephan Gysi. En clair: le motif d’un auteur de violence n’est pas toujours évident. Comment savoir à coup sûr, par exemple, si un gay agressé l’est à cause de son homosexualité? Des explications qui ne satisfont pas Rosmarie Quadranti, conseillère nationale PBD: «Il est impensable au XXIe siècle que de telles actes de violence soient simplement mis sous le tapis.»

Observatoire
En novembre dernier, les organisations LGBT suisses ont mis en place LGBT+ Helpline, qui vient en aide aux victimes et permet de récolter des données sur la base de signalements volontaires, un peu comme en France, où SOS homophobie dresse des statistiques des crimes de haine (+20% d’insultes et de violences en 2016). Les premiers résultats helvétiques seront publiés prochainement. En attendant, souligne le porte-parle de Pink Cross Bastian Baumann, le renoncement à des statistiques fédérales sur l’homo- et la transphobie «montre comment le gouvernement traite le problème: pas du tout.»

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Mise à jour 15.08.2017 07:58
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Un commentaire

  1. Par toinou:

    Sérieusement ? Un “rapport coût-revenu défavorable” !?! Si on commence à évaluer l’intérêt économique de la justice, je ne suis pas sûr de quels crimes on combattera encore.

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