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Un phénomène astrophysique nommé MOON

Semblant échappée d’un manga futuriste, la sublime MOON redéfinit l’esprit drag en terre romande, faisant monter la barre de quelques crans au-dessus du déjà-vu avec une assurance surnaturelle.

1er juin 2017 | par

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Personnage polymorphe par excellence, MOON possède plusieurs facettes et jongle ainsi savamment entre ses diverses identités. Trystan Mathey, alias Tribande Joyce, alias MOON ne fait pas les choses à moitié et enchante par sa grâce autant que par son inventivité détonnante. Son impact artistique signifie un immense bol d’air frais dans le monde déjà trop convenu des drag-queens à paillettes et dépoussière sans aucun effort toutes ces vieilles plumes décaties aux relents de music-hall. Ses trouvailles explosives redonnent un nouveau souffle aussi esthétisant que déglingué à ses sidérantes apparitions, parfois à la limite de l’hallucination collective.

personnalités multiples
Tribande Joyce, pour sa part, représente la virtualité de l’ère numérique et c’est donc sous ce pseudo que l’on peut croiser Trystan et MOON sur Internet. Souvenir aussi de l’époque où Trystan était encore un jeune role-model de la génération emo, toujours aussi craquant avec son œil charbonneux et ses cheveux arc-en-ciel, et dont les traces de cette période déjà lointaine sont restées gravées ad-aeternam sur la bande passante. Trystan mène de plein front une carrière artistique habitée par ses personnalités multiples et produit simultanément une œuvre fine et gracile, tout comme son auteur. De délicates peintures à l’esprit nippon et des poupées de chiffon grandeur nature côtoient des oriflammes à son effigie ou celles de créatures néo-mythologiques, puis la poésie emporte enfin le tout vers des sommets de surréalisme contemporain parfaitement bluffants.

© Luxxer

© Luxxer

Outre un travail plastique vaste et raffiné, ses petits textes en forme de haikus sont un véritable enchantement. Ils flirtent eux aussi avec les problématiques et questions existentielles liées aux modes de vie LGBT et sont aussi sincères, originaux, inédits et surprenants que certains looks dont MOON peut parfois s’affubler: ainsi chaque axe se rejoint ici afin d’aboutir à une oeuvre totale. Il arrive aussi fréquemment à MOON de porter des robes recouvertes de dessins de Trystan, des pièces dignes d’être accrochées au musée une fois la soirée terminée – et si la robe y survit – incluant une fois encore ce jeu de poupées russes emboîtant leurs oeuvres respectives les unes dans les autres, à l’infini. MOON étant en effet une artiste à part entière, elle aussi, plus à l’aise sur scène ou dans un backstage que dans un atelier mais nécessitant néanmoins un processus d’élaboration créative à ne pas minimiser.

Création magique et hasardeuse
Ce type d’oeuvre plus performative entre ici de plain-pied dans le domaine de légendes universelles telles que Leigh Bowery, l’authentique monument vivant ayant porté au pinacle l’art du travestissement. Il suffit d’ailleurs de se remémorer que MOON est née Londres elle aussi – dans la cour des grandes – en superposant deux perruques. C’est ainsi, le personnage a été créé spontanément, de façon magique et hasardeuse, comme il se doit pour entériner toute légende qui se respecte. Parmi les frasques mémorables de la divine créature, la fameuse MOON enceinte a elle aussi provoqué des réactions telluriques, approchant une zone tabou encore peu explorée dans le domaine et ouvrant des perspectives de questionnement sociologique inespérées. MOON peut donc se targuer d’avoir ainsi généré récemment de nouvelles voies de réflexion tout en déchaînant les passions, rendant l’approche drag un peu plus complexe et interrogeant certaines zones de confort habituellement masquées par un travestissement au premier degré.

Notre héroïne redonne ainsi ses lettres de noblesse au concept-même de drag-queen, le tout enrubanné en beauté par son joli minois à la bouche fardée XXL et ses spectaculaires looks de geisha sous acide. En cadeaubonus: elle nous offre un nouveau terrain de jeu à explorer avec un regard neuf, une friche fraîchement ouverte par celle qui les éclipse toutes!

» Instagram @moondragqueen

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Mise à jour 12.06.2017 08:45
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Un commentaire

  1. Par Gloria Gaybar:

    Très belle artiste mis en avant ! Dommage que ce soit avec si peu de tacte, et de connaissance du milieu…

    Les DragQueens créature existe depuis bien longtemps et aussi en suisse romande.

    Je trouve vraiment mal écrit et très dégradant pour les artistes suisse qui ont chacun le droit d’être poussiéreuses à leurs façons…

    J’invite la journaliste à me contacter et lui montrer les coulisses de ce vieux métier aux diverses couleurs 😉

    Gloria Gaybar

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