Monde Mobilisation

Tchétchénie: maintenir la pression

Une manifestation est prévue le 11 juin devant l'ONU à Genève pour dénoncer les meurtrières purges antigay dans la république russe du Caucase, que Moscou et Grozny continuent de nier.

2 juin 2017 | par

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Twitter @NiWalch/Amnesty France

Amnesty International (AI) a annoncé ce jeudi avoir collecté un demi-million de signatures à travers le monde contre les persécutions visant des homosexuels présumés dans la république russe de Tchétchénie. Les paraphes ont été remis mercredi aux ambassades de Russie. «Les autorités tchétchènes affirment que les hommes gay n’existent pas. Cette semaine, des gens du monde entier vont se rassembler pour montrer aux hommes gay en Tchétchénie que nous reconnaissons leur existence et demandons qu’ils soient protégés», a déclaré John Dalhuisen, drecteur du programme Europe et Asie centrale d’AI.

Des informations sur des rafles supervisées par les autorités de la république autonome et visant une centaine d’hommes avaient d’abord paru au début du mois d’avril dans l’hebdomadaire russe «Novaya Gazeta». Des témoignages faisaient état d’un centre de détention spécial installé dans un camp militaire. Dans un rapport publié le 26 mai, Human Rights Watch (HRW) a indiqué avoir recueilli les témoignages de six victimes directes de ces purges, menées de la fin février à la fin avril. Ces rescapés évoquent des humiliations, des tortures et des extorsions de dénonciations d’autres homosexuels et bisexuels présumés. Dans le même temps, les familles des détenus étaient encouragées à faire justice elles-mêmes pour «laver leur honneur». Plusieurs hommes resteraient emprisonnés au secret dans différents lieux, ajoute HRW. Selon «Novaya Gazeta», les purges auraient fait, à ce jour, 26 morts.

Déni russe
Plusieurs chefs d’Etat étrangers, comme l’Allemande Angela Merkel et le Français Emmanuel Macron ont publiquement interpellé Vladimir Poutine à ce sujet. Bien que la Russie ait indiqué qu’elle enquêtait, les autorités semblent ne donner aucun crédit aux informations recueillies par les presse et les ONG. Dernièrement, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov disait ne «pas avoir le moindre fait concret» pour les corroborer et ajoutait qu’aucune victime ne s’était manifestée. Cela n’a toutefois rien d’étonnant compte tenu de la situation des LGBT en Russie même, et du risque de représailles. «Leurs armes portent loin, ils peuvent me trouver, moi et les autres, partout en Russie, si on leur donne le temps», a expliqué un Tchétchène qui a fui la république à HRW.

Discrétion toute helvétique
La Suisse préserve sa discrétion proverbiale face à cette crise, alors qu’un appel a été lancé au Conseil fédéral pour qu’il accorde une protection aux personnes fuyant la Tchétchénie, condamne les violences et exige de Moscou une enquête indépendante et impartiale. Dans un courrier adressé la semaine dernière à l’association lausannoise VoGay, à l’origine du site NoCamps.ch, le chef de la Diplomatie helvétique, a assuré que la Suisse avait déjà exprimé sa préoccupation sur ce dossier, notamment dans l’enceinte de l’OSCE, et le ferait dans un cadre bilatéral avec la Russie. Quant aux rescapés sollicitant l’asile en Suisse, Didier Burkhalter a indiqué que leurs demandes seraient examinées individuellement: «Une persécution sur la base de l’orientation ou de l’identité sexuelle peut constituer un motif pour la reconnaissance du statut de réfugiés.»

Pour maintenir la pression dans la rue et interpeller l’ONU et le gouvernement suisse, une manifestation est prévue le dimanche 11 juin à Genève, dès 16h sur la place des Nations, à l’appel des associations LGBT genevoises et nationales, ainsi que d’Amnesty International.

» Plus d’infos sur la page Facebook de l’événement

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Mise à jour 06.06.2017 06:44
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