Suisse Religion

Ces camps de jeunesse où l’on diabolise les homos

Une fédération évangélique des activités de jeunesse cultive une homophobie particulièrement virulente. Tout en touchant des subventions fédérales.

28 juin 2017 | par

camps-jeunesse

Des excursions, du sport, des camps et des chants… ce sont quelques unes des activités que propose la BESJ, Fédération suisse des groupes de jeunesse évangéliques. Cette association active en Suisse alémanique auprès de 15’000 enfants et ados de 5 à 16 ans ne se contente pas de prôner la camaraderie et le cervelas grillé, remarque «20 Minuten». Le quotidien a relevé que la BESJ offrait à ses moniteurs une formation idéologique assez douteuse. On trouve sur son site une «concordance sur les thèmes contemporains» destinée à aiguiller les ados en questionnement vers des réponses tirées de la Bible.

Sur l’homosexualité, la documentation de la BESJ est particulièrement implacable. Elle appartient au «Mal» et est caractéristique des «infidèles, des menteurs et des parjures», peut-on lire sur le site de la fédération. Quant aux relations sexuelles entre hommes, elles sont passibles de la peine de mort en vertu de plusieurs passages des Evangiles.

Stress psychologique
Pour Patrick Weber, directeur du programme de la plateforme de conseil du-bist-du.ch destiné aux jeunes gays, l’utilisation de telles condamnations peut «être fatale au processus de développement de jeunes hommes qui doutent d’eux du fait de leur orientation sexuelle et souffrent d’un stress psychologique grave. On sait que les gens qui répriment leur orientation sexuelle ont des pensées suicidaires.»

Plusieurs voix politiques s’élèvent pour réclamer à la BESJ qu’elle cesse de propager des idées homophobes, d’autant plus qu’elle bénéficie depuis les années 1990 de subventions de l’Office fédéral des sports (qui doivent prendre fin en 2018). «Si ces exigences ne sont pas satisfaites, l’interdiction est la seule solution», estime le conseiller national Mathias Reynard (PS/VS).

En marge du protestantisme
Situés dans la marge ultraconservatrice de l’Eglise protestante, les courants évangéliques fédèrent 2 à 3% de la population suisse. Ces derniers sont en pointe dans la lutte contre les projets de mariage égalitaire et les politiques de non-discrimination. Certaines communautés défendent en outre les pseudo-thérapies de conversion qui prétendent «guérir» les homosexuels.

Dossier controversé supprimé

Capture d'écran de la page consacrée à l'homosexualité sur le site de la BESJ, 28 juin 2017.

Capture d’écran de la page consacrée à l’homosexualité sur le site de la BESJ, 28 juin 2017.

[Mise à jour 29.6] «Nous ne sommes absolument pas homophobes», s’est défendu le porte-parole de la BESJ au lendemain de la parution de l’article de «20 Minuten». Selon Adrian Jaggi, le dossier homosexualité trouvé sur le site de la fédération datait d’il y a dix ans et n’était plus utilisé. La page n’aurait été consultée que trois fois en 2017. Elle a été supprimée mercredi à la mi-journée. Jaggi assure que les jeunes homos qui participent aux activités sont traités sans aucune forme de discrimination. Une affirmation partiellement contredite par une brochure de la BESJ qui préconise une «sexualité hétérosexuelle dans le cadre du mariage» pour ses chefs de groupe. S’ils avèrent homosexuels, ceux-ci peuvent être mis sur la touche, confirme un pasteur.

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Mise à jour 30.06.2017 07:05
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7 commentaires

  1. Par toinou:

    L’erreur habituelle : la liberté de pensée est absolue, point celles d’expression et d’action. L’on peut penser absolument ce que l’on veut. Par contre, l’expression publique de propos, ou l’exercice d’action, constituant ou encourageant discrimination ou violence sont passibles de poursuites. Les gens semblent s’obstiner à ne pas vouloir comprendre la nuance.

    Dans le cas présent, il est parfaitement légal de trouver l’homosexualité répréhensible. Par contre, prôner leur répression, ou pire la violence envers ceux qui la pratiquent, ne l’est pas. Et cela est d’autant plus vrai lorsque cela concerne des enfants. La loi protège en effet particulièrement leur intégrité mentale et physique, eut égard à leur fragilité particulière. Et ceci même contre les éventuelles convictions de leurs parents.

  2. Par benji:

    Homophobes ? Non. La preuve ? Ils n’ont jamais été condamné. Ou pas encore… Leur jeu favori, c’est justement de porter plainte en diffamation. Si j’écris que leurs formations visent à déconsidérer les gays, tout le monde comprend. Ils ne peuvent rien me reprocher, tandis que je reste libre de porter plainte pour homophobie.

  3. Par JL:

    Je ne sais pas ce qu’il en est en Suisse, mais en France, l’homophobie tout comme le racisme, l’antisemitisme ou le negationnisme, ne sont pas des opinions ou des croyances, mais des délits. Je pense que c’est donc de cela qu’il s’agit.

  4. Par Mateo:

    Libre l’homophobie tue. Ces camps mettent ces jeunes en danger.

  5. Par Lella:

    ou voyez-vous la liberté de l’enfant? comme vous le dites vous-même, ce sont les parents qui les catapultent dans ces camps….

  6. Par penseur:

    @Libre : Vous êtes libre de pratiquer votre culte/religion/rituels/etc. du moment que vous ne portez pas atteinte à l’intégrité d’autrui. Du moment que votre culte propage la haine et véhicule des idées haineuse et homophobes, cela n’a plus rien à voir avec de la religion. C’est de la bêtise. Être libre ou laïc ne signifie pas s’octroyer le droit d’opprimer un groupe de personnes.

  7. Par Libre:

    Si j ai bien compris au nom de la libertė de penser, vous voulez interdire.
    Cherchez l erreur ! De quel procės sagit-il ? Les enfants qui viennent au camp, le font avec l accord des parents qui sont des personnes également libre de leurs choix. Autre question de liberté : quoi penser sur ce qu on apprend dans les ecoles cette fois en matiere d identitė du genre ? Ou est la libertė des chrétiens qui de par la définition de la laicitė ont le droit de culte libre.

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