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Trans en couv’

Jamais la visibilité des personnes transgenres n’a été aussi forte. De l’ombre à la lumière, le combat continue.

20 mars 2017 | par

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«La beauté transgenre», titre en grand «Vogue Paris» en couverture de son numéro de mars 2017. Pour la gracier, le mannequin brésilien – transgenre justement – Valentina Sampaio, superbe face à l’objectif du duo de photographes Mert & Marcus. Une première pour le magazine de mode parisien, aussitôt saluée par son prestigieux cousin «Vogue US», qualifiant «d’admirable et courageux» le choix de la rédactrice en chef Emmanuelle Alt. Dans son édito, Alt souligne l’importance cruciale de célébrer les personnes transgenres tout en prenant garde de préciser que la victoire sera réellement gagnée lorsqu’il n’y aura plus besoin de le mentionner en couverture.

On n’aurait su mieux le dire. Car il ne s’agit évidemment pas là d’un trend qui s’en ira aussitôt qu’il est apparu. Il s’agit de la visibilité et de l’espace que chaque communauté sociétale mérite dans les médias. Pour se faire voir, se faire entendre, cesser d’incarner injustement les clichés portés par l’ignorance, encore trop souvent traités façon cabinet des curiosités. Devenir banal en somme, aux yeux de tous. Car si à l’incroyable aventure humaine et individuelle que les personnes transgenres traversent s’ajoute l’intolérance des autres, la perspective devient tout simplement insupportable. Un combat qui n’est pas sans rappeler celui des mannequins noirs sur les podiums et dans les magazines, toujours rarissimes en 2017 malgré la trajectoire de la superstar Naomi Campbell, et d’autres.

«Vogue Paris» n’est pas le premier média à faire le choix d’une couverture transgenre. En janvier de cette année, c’était le «National Geographic» qui se fendait d’une édition spéciale «Gender Revolution», courageusement incarnée par Avery Jackson, une jeune fille de 9 ans de Kansas City citant: «La meilleure chose en étant une fille, c’est que maintenant je n’ai plus à prétendre que je suis un garçon». L’émoi médiatique fut retentissant, témoignant d’une réalité à laquelle font face de nombreuses personnes nées dans le mauvais corps.

Le fracas d’une adolescence brisée
Au-delà des couvertures de magazines, l’industrie du spectacle s’empare aussi du sujet dans la série TV «Transparent» et ses personnages cinglants d’humanité, diffusée sur Amazon depuis 2014: Maura, autrefois Morton, y révèle tardivement son identité de femme transgenre à sa famille. La même année, une autre personnalité transgenre interprétant son propre rôle dans la série Netflix «Orange Is The New Black» se retrouve en couverture de «Time», une première pour la prestigieuse publication. Il s’agit de l’actrice Laverne Cox, qui se remémore au fil de l’interview le fracas de son adolescence brisée, harcelée par ses camarades d’école dans l’Alabama, jusqu’à tenter de mettre fin à ses jours à 11 ans.

Aujourd’hui, Cox profite de sa notoriété pour se battre pour des droits égaux aux Etats-Unis, notamment avec son poignant documentaire «Free Cece» sorti en 2016, relatant l’histoire d’une femme transgenre incarcérée dans une prison pour hommes après s’être défendue contre un agresseur transphobe. Sans se fourvoyer dans des parallèles hasardeux, il est toutefois hallucinant de constater que dans un monde clivant, clivé et politiquement radicalisé, où certaines mentalités se rassurent dans le repli sur soi et l’idée nauséeuse de murs pour délimiter les frontières, le courage vient de celles et ceux qui doivent se battre pour devenir physiquement eux-mêmes et sortent de l’ombre pour se faire entendre. Une belle leçon de vie, comme un ultime espoir.

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Mise à jour 20.03.2017 08:06
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