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La prêtresse du nail studio

Une drag qui en jette, doublée d’un artiste contemporain préoccupé par le monde qui l’entoure: voici Ballkanika Trauma, un doublon gagnant sur chaque face de la médaille.

5 février 2017 | par

sebek
Photos: Pierre Jashari, collage: Sebek

Elle a atterri à Genève il y seulement trois ans, en transitant via Lausanne, l’Allemagne et le Kosovo. La présence de la Ballkanika Trauma dans la cité de Calvin est d’ores et déjà devenue incontournable. Possédant plus d’une corde à son arc, la turbulente créature virevolte gracieusement et sans aucun effort entre la HEAD, la vie culturelle underground et les trépidantes soirées Genevegas, dont elle est l’une des instigatrices de la première heure. Son surnom glamour en dit long sur son parcours martelé, mêlé à ses origines balkaniques et à la difficulté d’assumer avec simplicité son appartenance au royaume LGBT dans certaines contrées à dominance orientale. Sa marque de fabrique tient beaucoup à un look décadent puisant sans complexe dans l’opulent bling-bling souvent aperçu dans son enfance hors de nos frontières: turbans et sequins côtoient des gadgets de bazar et font mouche à chaque nouvelle performance.

Plus surlookés les uns que les autres
On ne présente d’ailleurs plus le team Genevegas dont la forte identité visuelle et les rencontres explosives entre beautiful freaks lui ont offert une renommée foudroyante qui s’est répandue telle une traînée de poudre en terre genevoise. Cette belle famille à dominante LGBT composée d’artistes pluridisciplinaires plus surlookés les uns que les autres, singe le folklore queer sur toute la ligne à la plus grande joie de toute la république.

Ballkanika Trauma est incluse dans le lot et c’est elle qui signe également leur flyers rapidement devenus des collectors que l’on s’arrache et que l’on affiche fièrement sur les murs de ses toilettes. Un désir de communication et de partage au sein de la communauté queer romande l’habite d’un feu sacré, après de longues périodes de repli forcé et de contraintes liées au climat culturel ambiant dans son pays d’origine.

Reine du quartier
Il ne fait pas toujours bon être la «reine du quartier» dans certaines régions du globe et cette thématique est au centre de son travail artistique et scénique. Créé par son alter ego Sebek, son nail studio artistico-psychanalytique fait quant à lui un carton depuis sa création cet hiver. D’abord présenté sous forme de performance artistique à Athènes en 2014, il a cédé à de multiples demandes et en a créé une réplique à Genève. Le workshop à Athènes invitait les spectateurs d’une galerie à sauter le pas et à venir papoter avec l’artiste tout en profitant du rapprochement privilégié que cette action implique.

C’est une véritable queer gazette qui se met en route à chaque rendez-vous…

Toutes sortes de personnages très différents y ont défilé et ont profité des talents combinés de leur hôte. Outre une manucure personnalisée oscillant entre pop et dessin freehand – toujours en rapport avec leur discussion – chaque invité a partagé par la même occasion une expérience de type théâtral durant la séance. Sebek divague et leur raconte l’actualité LGBTIQ du moment, les dernières stars émergentes dans le milieu drag ou les crimes homophobes commis au coin de la rue.

Magie de l’intimité fugace
C’est une véritable queer gazette qui se met en route à chaque rendez-vous, un service bien au-delà de la simple esthétique. Le salon de beauté possède plusieurs particularités spécifiques et la magie de l’intimité fugace de ces moments partagés n’est pas une de ses moindres qualités. Sebek a choisi de les cristalliser sous une forme inédite mixant arts plastiques et performance, avec un brin de reality-show pour pimenter le tout. En utilisant le moment de beauté comme un catalyseur de propagande LGBT, il ouvre une nouvelle porte à la communication et tente par la même occasion de lutter activement contre la discrimination avec pour seules armes un peu de poésie et un sourire ravageur. Cet univers de coquetterie renferme tout un monde, et son acteur principal rappelle ici des figures mythiques tel le Figaro de Mozart ou Marie Laveau (célèbre coiffeuse mais surtout prêtresse vaudou, connue pour ses doubles services en 1800 à la Nouvelle-Orléans).

Un rendez-vous avec Sebek – alias Ballkanika Trauma à ses heures – apporte lui aussi de toute évidence plusieurs dimensions simultanément, et chacun de ces moments se construit en mode miroir avec son interlocuteur qu’il emmène dans son sillage magnétique. A tester absolument!

» Sebek Manicurage. RDV par e-mail: sebekmanicurage@gmail.com
» Genèvegas. Prochaine soirée le 17 février à l’ABC Lausanne (avec la Blitz)

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Mise à jour 24.05.2017 22:14
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