Sexualités Toronto

Le sexe dans les parcs, une «tradition établie de longue date»

Dans un article polémique, l'urbaniste canadienne Jen Roberton a défendu la légitimité des rencontres homosexuelles dans les espaces verts, face aux «casseurs de pédés» et à la répression policière.

6 déc. 2016 | par

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Le Marie Curtis Park de Toronto a été la cible d'une vaste opération de police, ces derniers mois.

«Si des rapports se déroulent dans l’espace public, pourquoi ne pas l’admettre comme un fait établi et inclure cela dans nos plans?» L’urbaniste Jen Roberton a dû faire sursauter plus d’un auditeur de la radio publique canadienne CBC, ce week-end. Cette spécialiste des communautés LGBT était invitée à réagir à une série d’opérations policières dans un jardin public de Toronto, où 88 contraventions ont été dressées et un individu poursuivi pénalement en l’espace de six semaines. Après avoir cosigné un article dans la revue en ligne Spacing, elle a défendu au micro son idée plutôt provocatrice: l’aménagement des parcs publics pour y permettre les rencontres homosexuelles en toute liberté et en toute sécurité.

Jen Roberton estime que la drague en plein air est une «tradition urbaine établie de longue date», qui selon elle ne pose pas de réels problèmes de sécurité pour le reste de la population. En revanche cette activité revêt, souligne-t-elle, une importance particulière pour beaucoup d’«hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), qui peuvent ne pas s’identifier en tant que queer ou gay, et peuvent ne pas avoir d’autres moyens de rencontrer d’autres HSH.»

Trouver l’équilibre
Le problème No. 1 de ces lieux isolés et obscurs: les «casseurs de pédés». A ce sujet, Jen Roberton critique les moyens employés par les autorités pour répondre à ce problème. L’éclairage ou la suppression des bosquets visent plutôt à chasser les adeptes du cruising qu’à les rassurer. «Le problème n’est pas le sexe dans l’espace public et certainement pas la drague. Une manière efficace d’aller de l’avant impliquerait de trouver l’équilibre entre les besoins des utilisateurs du parc qui ne veulent pas voir d’actes sexuels et les besoins des personnes queer d’avoir des espaces pour exprimer leur sexualité, où il ne seraient pas traumatisés et violentés.»

Sans surprise, l’interview de Jen Roberton a suscité une avalanche de réactions atterrées sur le site de CBC, où son idée a été qualifiée de «blague». «Rien ne peut justifier des rapports sexuels, homos ou hétéros, dans un parc, écrit un internaute. Utilisez Tinder, Grindr, Craigslist, allez au sauna! Si vous vous entêtez à aller au parc, acceptez-en les conséquences légales, et le fait que cela n’a rien à voir avec votre orientation sexuelle.»

Pourtant, le type d’aménagement évoqué par Jen Roberton n’est pas tout à fait inédit. En 2008, Amsterdam avait établi des règles pour la drague gay dans un des parcs emblématiques de la ville, le Vondelpark. Charge aux homos de respecter la propreté des lieux, de renoncer aux rencontres sexuelles diurnes et de draguer loin des places de jeux. Toutefois, la police de la capitale néerlandaise avait rappelé que les rapports sexuels dans les espaces publics restaient purement et simplement interdits.

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Mise à jour 06.12.2016 10:53
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3 commentaires

  1. Par Juan, la nuit:

    J’en garde également de très bon souvenirs. Marcher seul dans la nuit, frôler des inconnus, échanger des regards si intenses dans la pénombre, ces “bonsoirs” si chargés de désirs!

  2. Par Tilt:

    Draguer dans un parc une chaude nuit d’été, avec le parfum des tilleuls en fleurs …. ca reste un super souvenir! Mais maintenant je n ose plus m y rendre :j ai failli me faire agresser et j ai trop peur !

  3. Par benji:

    Les rencontres sexuelles dans les parcs, franchement, c’est glauque. Qui assume cela sans être anonyme ? Ceci dit, prévoir des aménagements est plutôt une bonne idée.

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