Culture Interview

Quand l’humour s’engage

Sur scène, l’humoriste Charles Nouveau dénonce l’intolérance à l’encontre des homosexuels. Un fait rare dans le stand up romand alors que les inégalités demeurent.

7 nov. 2016 | par

Charles (c) LauraGilli-3
Photo Laura Gilli

Le stand up made in Romandie fait fureur. Thomas Wiesel, Marina Rollman, le Swiss Comedy Club ou encore le Montreux Comedy Club sont autant d’exemples d’un genre à succès. Si de nombreux humoristes s’attaquent aux questions politiques ou économiques, peu sont ceux qui s’élèvent contre l’homophobie. Pourtant, les inégalités entre homosexuels et hétérosexuels restent débattues dans les médias. Preuve en est l’émission Infrarouge du 24 août 2016. L’humoriste Charles Nouveau a choisi d’en faire l’un de ses combats. Il explique les raisons de son engagement.

– Comment expliquer que l’humour romand n’aborde que rarement la question de l’homophobie?
– Tant qu’on n’est pas vraiment victime d’une discrimination ou d’une différence, on ressent moins le besoin d’en parler. En Suisse romande, on parle beaucoup du coût de la vie, on se moque des banquiers, parce qu’il y a beaucoup d’humoristes qui sont pauvres, donc ça leur parle. Moi aussi par ailleurs (rires). Il faut savoir que la Suisse reste un pays relativement conservateur où l’humour a tendance à être un peu plus théâtral et champêtre qu’ailleurs. Le stand up est très jeune en Europe, mais particulièrement jeune ici en Suisse. On est forcément plus à même de parler de choses personnelles que de dénoncer des questions comme l’homophobie. Mais heureusement, ça évolue.

– Avez-vous donc un lien personnel avec l’homosexualité?
– Non pas particulièrement. Je me suis posé des questions sur ma sexualité quand j’étais adolescent, comme beaucoup. Il s’avère que pour moi la réponse était l’hétérosexualité. Mais j’ai toujours eu un problème avec l’homophobie parce que je n’ai jamais vu les homosexuels comme des gens différents. Le fait qu’ils soient stigmatisés me choque. L’homosexualité ne fait de mal à personne, c’est de l’ordre du privé. Il faudrait qu’on laisse les gens faire ce qu’ils ont envie de faire. On est tous des êtres humains, foutez-nous la paix.

– Est-ce que les choses sont différentes ailleurs, à Paris par exemple?
– Paris est une grande métropole européenne et mondiale. C’est le genre d’endroit où les gens ont un peu plus d’avance sur ces questions de manière générale. A Paris, il y a plus d’humoristes, donc proportionnellement plus d’humoristes homosexuels, et par conséquent plus de gens susceptibles d’aborder ce sujet. Mais la France n’est pas pour autant un exemple en matière de tolérance. Nombreux sont les humoristes à avoir des propos homophobes sur scène. Je pense que l’immense majorité ne s’en rend pas compte. C’est dangereux, parce qu’ils arrivent à faire rire avec ça. Si les gens ne sont pas stupides et qu’il est souvent facile de faire la part des choses, parfois il est possible de faire passer une idée discriminatoire comme acceptable. Il faut donc faire attention et faire rire de façon intelligente, même si c’est en disant des choses horribles. Donc, tant qu’à faire, faisons rire en nous moquant des homophobes.

– Est-ce différent de le faire si l’on est homo ou hétérosexuel?
– Oui et pour moi, c’est à double tranchant. En tant qu’hétérosexuel, j’ai peut-être une position qui n’est pas tout à fait attendue puisque cela ne me concerne pas directement. Ça peut interpeller et donner de la force à ce que je dis. Mais on peut aussi se poser la question de la légitimité d’une personne qui ne souffre pas de discrimination et qui la dénonce. Ça peut être moquable.

– Concrètement comment dénoncez-vous l’homophobie sur scène?
– Je me moque des homophobes en les personnifiant par exemple. Je pointe du doigt leur bêtise et retourne les préjugés contre eux. Ce que je viens de dire n’est absolument pas drôle mais sur scène c’est marrant en théorie (rires) ! Je parle par exemple du foot parce que j’en ai fait longtemps. Le foot, amateur en tous cas, est un milieu extrêmement homophobe, ce qui est ironique. Le vestiaire de foot est en effet le temple de l’homo-érotisme. Les joueurs y sont à poil tout le temps, se fouettent avec des linges et font des blagues douteuses. Et pourtant, tout le monde a une crainte permanente et injustifiée d’être catalogué comme homosexuel, un peu comme ça «Eh salut ça va? Ben non pourquoi t’es pédé? Ben non et toi t’es pédé? Ben non! Allez viens on va se doucher chouchou!» Voilà, c’est très bête!

– Est-ce que vous espérez changer les choses?
– Non, je n’ai pas cette prétention-là. Je ne pense pas que je vais entamer un mouvement, d’autant plus que je me joins à un mouvement existant. Il est simplement important que de plus en plus de gens se rendent compte qu’autour d’eux, on banalise un genre de sanction idéologique de l’homophobie. Au bout d’un moment tout le monde va trouver ça absolument normal. C’est peut-être un peu utopique ce que je vais dire, mais ça deviendra un combat que l’on aura plus trop besoin de mener.

Ses bons plans

Pour me changer les idées, je vais courir dans les champs autour de Nyon ou jouer au foot au centre sportif de Colovray. Je regarde les épisodes de séries que j’ai déjà vues mille fois, comme «The Office», «House» ou «Family Guy». J’aime les pizzas de l’Auberge du Château à Nyon. Une des deux meilleures tables de la ville, juste à côté du château, avec une vue spectaculaire sur le lac et ma fenêtre d’appartement.

Son actu en bref

«Les mots Nouveau(x)» – Couleur 3
«Ambiance feutrée» – Couleur 3
«Les Beaux Parleurs» – La Première, en tournus avec Thomas Wiesel et Nathanaël Rochat
«Fifty Fifty» – avec Alexandre Kominek un mercredi sur deux au Bouffon de la Taverne, Genève, et tous les vendredis soirs au Sentier des Halles à Paris.

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Mise à jour 12.11.2016 09:51
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