Culture Danse

Mélange des genres

La binarité masculin/féminin occupe le travail de la chorégraphe suisse Marie-Caroline Hominal, qui présente son «Taxi Dancers» à Genève.

25 oct. 2016 | par

hominal

Silhouette élancée, talons hauts, T-shirt Vivienne Westwood avec un dessin de poitrine pour un effet trompe-l’œil. C’est ainsi que Marie-Caroline Hominal débarque au café du Théâtre Saint-Gervais à Genève pour notre interview. Cette Genevoise sait mettre en scène le corps et pour cause. Elle est danseuse et chorégraphe. Depuis 14 ans, sa pratique artistique inclut le texte, la musique, la vidéo ou encore la performance. Autant de media qui font écho à la pluralité de ses identités. Silver, MC, MadMoiselle, sont quelques-uns des pseudonymes qu’elle emprunte pour signer ses différents spectacles. Il faut dire que la danseuse déteste les petites cases, qu’on l’y mette et qu’on l’y enferme. Elle veut être là où l’on ne l’attend pas.

Preuve en est, quand on l’interroge sur son âge, Marie-Caroline Hominal brouille les pistes. Pour cette interview, la trentenaire dira qu’elle a 50 ans. Celle que l’âge ne définit pas, revendique volontiers une liberté d’expression qui se moque bien des limites et de la norme. Des aspects qui traversent tout son travail où il est, entre autres, question du désir, de l’identité ou encore du genre. Son dernier spectacle «Taxi-Dancers», actuellement en tournée en Suisse et présenté du 2 au 12 novembre à l’adc de Genève, s’empare d’ailleurs de quelques-uns de ces sujets.

Quel genre
Pour cette mise en scène, elle remonte aux origines des «taxi-dancers», ces jeunes filles qui louaient leurs bras et leurs pas le temps d’une danse. La pratique existe toujours. Aux Etats-Unis et en Suisse, il y a encore des «taxi-dancers». Ce procédé a connu son apogée dans l’Amérique des années 30 alors que des migrants masculins, en mal de compagnie, cherchaient à rompre la solitude. Marie-Caroline Hominal reprend le concept dans un spectacle encensé par la critique. Sur scène, elles sont trois danseuses. L’une d’entre elles arbore une perruque et des talons vertigineux: c’est une travestie. Un trio qui permet à la chorégraphe de jouer avec des identités multiples et surtout d’échapper à la binarité homme-femme.

Cette envie de mélanger les genres lui vient, entre autres, d’artistes telle que Vivienne Westwood. La styliste anglaise s’est distinguée par sa vision provocante et décalée qui confond tout: les genres, les cultures, la tradition et la modernité. Autant d’attributs qui collent à la peau de Marie-Caroline Hominal.

Spéléologue
Cette danseuse de formation classique s’est rapidement mise à employer les formes d’expression contemporaines, mêlant à son tour tradition et modernité. Une façon, peut-être, de se réinventer en permanence. D’être en perpétuel mouvement. De construire et de déconstruire comme elle dit le faire avec les personnages de ses spectacles. Elle qui apparaît souvent masquée sur scène, se révèle être une véritable spéléologue de l’identité. Ainsi son exploration du genre est une façon, dit-elle, «de ne pas faire simplement avec qui je suis». Celle qui est née avec un sexe féminin, se demande d’ailleurs parfois ce qu’elle serait avec un sexe masculin. Des questionnements sans tabou pour lesquels l’artiste n’hésite pas à se mettre à nu dans certains spectacles. D’ailleurs comment explorer le genre sans évoquer le corps?

C’est chose faite, avec son spectacle «Duchesses» (2009) où la danseuse fait un duo de Hula Hoop hypnotique avec le danseur et chorégraphe François Chaignaud. Ils sont nus et dans ce parallèle, Marie-Caroline Hominal veut montrer le mouvement, les muscles, les formes. Dans «Le triomphe de la renommée» qu’elle jouera prochainement en Chine, elle est seule sur scène et là encore, elle est nue. Entièrement ou presque. «En Chine, la nudité est interdite donc je porterai un justaucorps couleur chair», précise-t-elle.

Décomplexée et audacieuse, la chorégraphe n’hésite pas à bousculer, à déranger et à jouer de toutes les facettes de sa personnalité. Tantôt femme «hypersexuée», tenue moulante et talons hauts, tantôt Pierrot astral, vêtements amples et teint naturel, Marie-Caroline Hominal semble insaisissable. C’est peut-être qu’elle a réussi son pari. Etre toujours là où on ne l’attend pas.

» Prochaines dates du spectacle «Taxi-Dancers»: du 2 au 12 novembre à l’ADC Genève. Après de la représentation du 4 novembre, l’ADC se transforme en miniclub «Dance on the wild side», avec les DJettes Unicornes.

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Mise à jour 25.10.2016 09:00
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