Culture Cinéma

Jeunes filles prises au piège de Daech

Intelligent, lucide et utile, «Le ciel attendra» explore le processus de radicalisation en montrant la façon dont les proies sont repérées.

3 oct. 2016 | par

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Comment et pourquoi une jeune fille, aujourd’hui, peut avoir envie de partir en Syrie? C’est ce que veut expliquer «Le ciel attendra» en mettant en scène deux d’entre elles. Mélanie et Sonia. Mélanie a 16 ans. Elle vit avec sa mère Sylvie, aime l’école et ses copines, joue du violoncelle et veut changer le monde. Mais l’irréparable se profile lorsqu’elle rencontre son «prince» sur internet, en tombe amoureuse et se fait peu à peu prendre dans les filets de Daech. Un piège qui a aussi failli se refermer sur Sonia, 17 ans, pour «garantir à sa famille une place au paradis».

La douleur des parents
Un film intelligent, lucide, utile, évoquant ce moment où les ados sont contre tout ce qui représente l’autorité, explorant parallèlement l’intimité et la psychologie de deux filles qui ont basculé, ou vont le faire, dans le fanatisme. L’opus montre aussi la façon dont les proies sont repérées grâce aux réseaux sociaux, après avoir posté des messages avec des mots-clés qui permettent d’établir le contact. Il y a enfin la douleur, la colère, le courage de parents qui veulent comprendre et se sentent coupables de n’avoir rien vu venir.

«Le ciel attendra» est signé de la réalisatrice scénariste et productrice française Marie-Castille Mention-Schaar. «Partie de questions que je me posais, j’ai commencé à rencontrer des journalistes couvrant le sujet, un frère parti sur les traces de sa sœur. Ensuite j’ai fait beaucoup de recherches, vu des reportages, lu des articles, regardé des heures de vidéo de propagande dont certaines sont juste insoutenables, pour mieux saisir l’emprise des rabatteurs».

Soif d’absolu
Toutefois, le plus important pour Marie-Castille Mention Schaar était d’entrer en contact avec des filles qui ont été, sont encore dans la radicalisation. Et cela grâce à Dounia Bouzar, anthropologue française qui a fondé en 2014 le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam. «Elle a accepté que je la suive pendant trois mois avec son équipe partout en France. Et j’ai découvert la réalité du processus d’embrigadement en parlant notamment avec une jeune fille passée par là. Avec leur soif d’absolu, de pureté, de romantisme, leur besoin d’être utiles, les filles succombent plus facilement. Les prédateurs les ciblent en leur assurant que leur existence va avoir un autre sens que dans cette société pourrie, dépourvue de spiritualité, uniquement attirée par la consommation, le succès. Ce qu’on leur promet, c’est la vie après la vie, un monde où il n’y a pas d’injustice, de pauvreté et où tout est beau.»

» Sortie le 5 octobre

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Mise à jour 04.10.2016 09:58
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