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Wacky Wacko, comme un comic strip

Le team fait l’effet d’une bombe-surprise. Ses membres semblant tout droits sortis d’un cartoon évoluent dans un univers en carton-pâte et touchent à toutes les formes d’expression artistique sans se priver.

30 sept. 2016 | par

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Seth Bogart
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Semblant provenir d’une autre galaxie, le quartier général du team Wacky Wacko trône dans un coin encore peu gentrifié du quartier de Echo Park, sur Sunset Boulevard à Los Angeles. A l’intérieur de cette caverne d’Ali Baba éponyme, le visiteur pénètre dans un monde parallèle tout en couleurs qui n’a rien à envier à une fête foraine sous LSD. Se référant à toutes les sous-cultures étatsuniennes qu’ils brassent joyeusement en les régurgitant sous forme d’art contemporain, il en résulte un univers époustouflant, caricatural et délicieusement régressif.

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«Wacky» désignant quelque chose à mi-chemin entre «farfelu» et «délirant», le ton est donné. Parmi les références immédiates qui surgissent en s’immergeant dans cet univers à haute teneur en glucose, on pense instantanément à John Waters, à Pee-Wee Hermann, à Andy Warhol et à Kenneth Anger parmi les plus célèbres que ce chaos enchanté évoque. Seth Bogart et Peggy Noland ont ouvert le lieu depuis quelques années seulement, aux côtés de leur amie artiste Christine Stormberg. Ce sont les nouvelles icônes pop-queer de la scène californienne et leur antre est à leur image: extravagant et polymorphe.

Les reproductions en format géant d’objets quotidiens distordus et cocasses côtoient les T-Shirts sauvagement sérigraphiés, flirtant avec l’art brut de Jean-Michel Basquiat et l’esthétique des fanzines underground. De nouveaux décors sont inlassablement peints et repeints du sol au plafond très fréquemment, avec une forte dominante rose explosive, couleur symbolique favorite de la scène queer.

Infante cosmique
Peggy Noland sévit depuis un moment déjà à Kansas City, où son allure d’Infante cosmique issue d’un comic strip de Moebius n’a d’égal que ses créations vestimentaires 100 % graffitées à la main de logos et slogans mi-punkrock, mi-redneck et reconnaissables au premier coup d’œil. Elle se spécialise actuellement dans le tuning automobile et ses interventions acidulées sur carrosserie se démarquent elles aussi haut la main de ce qui se fait habituellement dans ce domaine. Quant à l’inénarrable Seth Bogart, la plupart de ses fans le connaissent sous le pseudo de Hunx, son nom de scène depuis le début des années 2000, d’abord comme membre du groupe electroclash Gravy Train!!!! (avec ses compères Chunx, Funx et Drunx) puis en tant que frontman charismatique du combo punk-garage Hunx and His Punx, de L.A. via San Francisco.

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Les deux groupes californiens font indéniablement partie du panthéon queer avec des identités fortes et originales qui font plaisir à voir. Ce petit nom, Hunx – qui signifie «beau gosse» – lui va d’ailleurs comme un gant. Sur scène, Bogart brille de mille feux, telle une poupée Ken humaine, toute de cuir vêtue. Coiffé à la perfection en mode plastifié, les cheveux noircis au cirage à chaussures, son visage est rasé à blanc et poudré de frais, exception faite pour la moustache taillée en un fin crayon années trente. Les lèvres carmin et les joues rouges glossy s’associent à la perfection au rose criard du costume deux pièces, taillé dans une toile cirée coupée sur-mesure par Peggy Noland. Il est à croquer.

overdoses d’autotune
Lassé de sa période punk, il s’offre à présent un one-man show de variétés truffé de second degré avec des projections vidéos, des changements de costumes, des invités, des overdoses d’autotune et de grands moments de karaoké avec le public. Il aime aussi y glisser quelques petites surprises, comme de déguiser des strippers en service d’ordre et les laisser ensuite s’effeuiller sur les côtés de la scène, pour le plus grand bonheur d’un public conquis d’avance.

EATING MAKEUP from Jennifer Juniper Stratford on Vimeo.

Seth Bogart est un infatigable touche-à-tout et une grande partie de l’iconographie de Wacky Wacko lui est dûe. Outre ses expositions personnelles en galerie auxquelles il convie systématiquement le reste de la tribu à mettre la main à la pâte, il propose notamment dans sa gamme d’objets de type «mongoloïde» des céramiques franchement singulières et épatantes de fraîcheur. Il signe aussi le décorum et le scénario de ses clips vidéo fantasques. Le kitschissime «Eating Make-up» figure parmi les plus appréciés, dans lequel il apparaît minaudant assis à l’intérieur de son fameux poudrier géant à longs cils, entouré de sa cohorte de copines mal fagotées, sorte de simulacre dissonant des B-52’s. Son morceau le plus hilarant s’envole quant à lui dans des sonorités de ballon à l’hélium et son titre sybillin «Club with me» fait figure d’hymne satirique électro-disco au ton gentiment persifleur et délibérément niais.

Au générique de chacun de ses clips on retrouve immanquablement toute la fine équipe, très souvent au casting et à tous les coups à l’œuvre aux décors. Il n’est pas rare qu’ils se présentent aussi au grand complet sous la forme d’un concours de sosies parfaitement improbables, adoptant simplement les looks de leurs idoles sans avoir nécessairement d’autres points communs avec le personnage choisi.

Parodie de standards hollywoodiens
Ces shows aux faux airs de Cour des Miracles étant joyeusement baptisés «Celebrity Imposters» crient haut et fort à l’imposture en toute connaissance de cause. On y croise d’approximatives «Nina HagenDaz», «Grave Jones» ainsi que «Madonnerd» ou «Maxine Headroom» qui se produisent sur scène. Les gabarits les plus divers se croisent dans leur sillage, ils sont multi-ethniques et se moquent ouvertement de la domination des standards de Hollywood, dans une totale liberté d’action saupoudrée d’auto-dérision. Leur iconographie totalement déjantée fait partie du lot, et apporte une valeur ajoutée à leur concept hédoniste un brin canaille. A mi-chemin entre un drag-show polysexuel digne d’une boum de teenagers en folie et un café-théâtre pop d’un genre nouveau, proche du dadaïsme, chacun a droit à ses «fifteen minutes of fame» dans l’univers rose électrique de Wacky Wacko. Que du bonheur!

www.sethbogart.com
www.peggynoland.com
www.wackywacko.com

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Mise à jour 24.05.2017 22:15
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