Culture Musique

Jacob Collier, le groove prodige

A 21 ans, le jeune multi-instrumentiste confirme son statut de nouveau messie du jazz au gré d’un premier album aux lumières fabuleuses et plurielles.

12 sept. 2016 | par

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Photo: Lionel Flusin

A en juger par sa frimousse de star Instagram et ses 150 000 followers sur YouTube, on imaginerait volontiers Jacob Collier en second couteau dans l’industrie des boys bands. Erreur. Le jeune Britannique de 21 ans a du génie sous les doigts et des parfums de liberté dans la voix. Ses reprises tantôt acidulées, tantôt survoltées des grands classiques de Broadway, de la Motown, du répertoire jazz ou de la bande FM ont déjà tapé dans l’oreille de pointures comme Herbie Hancock ou Quincy Jones. Le légendaire producteur apparaît justement dans le rework hyperactif de «Pretty Young Thing», un hommage au scat éclair de Micheal Jackson et au mythique album «Thriller», posté par Jacob sur sa chaîne YouTube.

Section rythmique, basse électrique, claviers, synthétiseurs, arrangements vocaux, guitare à distorsion, ukulélé, piano, claps, capture vidéo, montage: autant de canaux, autant de cases à l’écran que Jacob occupe toutes, en jeune homme orchestre digital et pluriel. Stevie Wonder, Ella Fizgerald, The Carpenters ou Jerome Kern ont tous été passés à la méthode Collier.

Électron libre
Il y a quelque chose de vertigineux à contempler ce millénial multi-instrumentiste marier le meilleur du jeu acoustique et la puissance créative des séquenceurs numériques, tout en téléscopant sans vergogne les harmonies bebop du groupe vocal Take 6, la délicatesse de la folk, les envolées pianistiques de Keith Jarrett, l’une ou l’autre saveur brésilienne, quelques réminiscences trip-hop, l’onctuosité du gospel et la physicalité du beat-boxing. On friserait l’hystérie si le talent de Jacob Collier ne tenait pas, justement, dans cette capacité à galvaniser le bric-àbrac de la pop culture pour y faire miroiter des coloris étonnamment personnels. Il faut dire que l’ancien enfant prodige a fait ses armes très tôt, nourri par le contexte familial: fils d’une professeure de violon de la Royal Academy of Music de Londres, Jacob participe comme choriste et soliste à des productions lyriques de Mozart ou Britten, tout en étudiant intensivement le piano.

Lorsque certains de ses clips YouTube deviennent viraux, à partir de 2013, il est repéré par Quincy Jones qu’il rencontre par la suite au Montreux Jazz. En collaboration avec une équipe du MIT, il développe un équipement de scène qui lui permet de reproduire en concert l’expérience sonore et visuelle de ses vidéos: loops de sons et d’images se superposent en live, tandis qu’un système d’harmoniseur sur-mesure lui permet de démultiplier sa propre voix.

L’écriture de Jacob Collier se déploie sur un premier album tout juste paru, «In My Room», dont le titre traduit le modus operandi: entièrement enregistrées par Jacob dans la chambre de musique familiale, les onze plages baignent dans une clarté de petit matin à peine éclos. La douceur a capella de «You and I», l’énergie funk de «Woke up today», les horizons vastes et frissonnants de «Hideaway», le swing irrésistiblement laid back de «Saviour» ou les riffs jubilatoires de «Hajanga» enchevêtrent des motifs sans cesse renouvelés, reflets, sans doute, de l’immédiateté et de l’attention hyper-volatile qui caractérisent une génération biberonnée aux réseaux sociaux. Cette allergie à la répétition n’a rien d’un handicap pour Jacob Collier. Le jeune musicien semble doté, littéralement, d’une capacité d’invention illimitée.

» Jacob Collier, «in My Room», Membran entertainment.

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Mise à jour 13.09.2016 20:32
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