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Une famille formidable

A voir ou revoir: «Capturing the Friedmans», un fascinant projet de documentaire sur les clowns qui tourne au fait divers pervers.

7 août 2016 | par

friedmans
Primé à Sundance, nommé aux Oscars, «Capturing the Friedmans» a fait couler pas mal d’encre en 2003. DR

Les Friedman, une famille modèle juive de la classe moyenne, des américains sans histoire dont le petit monde va pourtant basculer. Nous sommes en 1987 quand Arnold, le père, est arrêté pour détention de revues pédophiles commandées aux Pays-Bas. Quelques jours plus tard, il est accusé d’avoir violé des dizaines d’élèves de son cours d’informatique. Son fils Jesse, âgé de 18 ans, est interpellé à son tour, après avoir été désigné comme son assistant, encore plus sadique avec les garçons abusés. Dans le tumulte général, les Friedman subissent un déchaînement médiatique sans précèdent où les faits sont dénaturés. Malgré la folie ambiante, il n’arrête pas de se mettre en scène, de se filmer ou de s’enregistrer. Plus on découvre la réalité d’une famille qui se déchire sur le dos de la mère, plus elle nous échappe. Tous déraillent, le père surtout qui reste insaisissable et qui ne tombe jamais le masque même à la veille de son procès.

Coup de chance
A l’origine, Andrew Jarecki, le réalisateur de Capturing the Friedmans voulait réaliser un film sur les clowns d’anniversaire de New York. Mais au fil de ses discussions avec le plus célèbre d’entre eux, Silly Billy (David Friedman), il découvre que la famille de ce dernier a volé en éclats suite à la condamnation pour pédophilie de son père Arnold Friedman et de son frère cadet. Il est évident pour Andrew Jarecki que son sujet sur les clowns est mort. Du coup, il reprend l’affaire Friedman. Grâce à des témoignages subjectifs avec les interviews des acteurs de l’enquête, et des plans objectifs avec les images de l’époque, qu’il s’agisse des nombreux films des Friedman ou des archives de l’enquête et du procès, il s’efforce de démontrer comment une situation en apparence limpide (un crime, deux coupables) cache des réalités complexes au point que le spectateur finit par y perdre son latin. Le cafouillage judiciaire, le manque de preuve factuelle, l’hystérie collective, le comportement de la famille, sont autant d’éléments qui brouillent les pistes. On passe sans cesse d’une conviction de culpabilité à une conviction d’innocence pour finalement ne rien savoir.

Cette fluctuation de conviction est la force principale de ce documentaire. Primé au Festival de Sundance, nommé à l’Oscar du Meilleur Film Documentaire, «Capturing the Friedmans» a fait couler pas mal d’encre en 2003. Après ce premier long métrage, Andrew Jarecki n’a pas repris son idée sur les clowns. Bien au contraire, en 2015, il signe la série documentaire «The Jinx», «The Life and Deaths of Robert Durst». Encore une histoire criminelle (dont nous avons parlé dans ces pages) où la justice américaine joue un bien drôle de rôle.

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Mise à jour 26.09.2016 08:25
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