Culture Cinéma

Rural, sexuel et existentiel

Dans «Rester vertical», Alain Guiraudie livre un conte émouvant sur fond de plans drague, de paternité et de misère sociale. Des invitations à gagner pour l'avant-première à Genève!

1er août 2016 | par

rester-vertical-guiraudie
Léo (Damien Bonnard) et Mirande (Laure Calamy).

Se maintenir debout pour résister, vaincre la peur, pour que rien ne nous arrive, dit Alain Guiraudie dans son dernier film. L’auteur avait secoué la Croisette en 2013 avec «L’inconnu du Lac», où il montrait sans complexe des ébats dans des lieux de drague homosexuelle. En compétition pour la première fois en mai dernier, il bousculait à nouveau le festival avec «Rester vertical», situé dans les Causses, en Lozère.

Sorte d’alter ego du cinéaste, Léo, (Damien Bonnard), la trentaine fauchée, doit un scénario à son producteur. Mais en proie aux affres de la page blanche, il remet sans cesse son envoi, tout en demandant des avances pour un texte inexistant. Alors que sa situation se précarise, il se promène dans la campagne à la recherche du loup et rencontre Marie (India Hair), fille d’un éleveur qui, image métaphorique, garde ses moutons avec un fusil en cas d’attaque du prédateur. Léo et Marie s’aiment et font un enfant. Mais elle n’en veut pas. Resté seul avec son bébé sur les bras, Léo croise régulièrement trois hommes plus ou moins gay: Yoan (Basile Meilleurat), un adolescent sauvage échappé de chez Pasolini qui le repousse, Jean-Louis (Raphaël Thiéry), un paysan bourru d’âge mûr dont il refuse les avances et le vieux grincheux Marcel (Christian Bouillette), fan des Pink Floyd agonisant qu’il va sodomiser, lui procurant une fin douce dans une fusion entre le sexe et la mort.

En dehors de scènes choc comme ce sulfureux suicide assisté, un accouchement en direct filmé de manière frontale comme jamais sans doute au cinéma, des gros plans de sexe féminin, à la fois objet du désir masculin et symbole de vie, Alain Guiraudie livre un conte rural, existentiel, symbolique, voire parabolique.

Face aux loups
On est aussi dans un drame amoureux moderne, trouble, où le réalisateur se plaît à jouer avec la norme en renversant la vapeur sur certaines choses, selon ses propres termes. Un hétéro bon teint peut avoir envie de coucher avec un mec sans que cela que cela fasse définitivement de lui un homo. Un nourrisson ne doit pas forcément être avec sa mère. Il sera heureux avec son père qui l’élèvera aussi bien.

Entre rêve et réalité, tragédie et comédie, Alain Guiraudie brasse ainsi plusieurs thèmes, paternité, misère sexuelle et sociale, détresse paysanne, écologie, à travers l’émouvante histoire de Léo, un homme en perte de repères, mais en quête de sens au sein d’une nature magnifiée. Il réussira à entrer en contact avec les loups dans une superbe séquence finale où, face à eux, il importe plus que jamais de rester vertical.

» Sortie sur les écrans romands le 24 août
» 10×2 places à gagner par tirage au sort pour l’avant-première, le mercredi 17 août à 20h au cinéma Grütli à Genève, en présence d’Alain Guiraudie. Inscrivez-vous par e-mail à concours@magazine360.ch jusqu’au 12 août, sans oublier de mentionner vos nom et adresse!

Partager sur
Mise à jour 03.08.2016 08:53
2 939 vues

Sur le même thème

Top