Gaymap News Portrait

Devenir soi

Joy Falquet est meneuse de revue de la Garçonnière. Portrait d’une femme touchante et d’une artiste fantasque.

24 juin 2016 | par

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Photo ©Irina Popa

Sur scène, elle est Cristina Cordula, Line Renaud ou Sylvie Vartan. Elle incarne parfois même une Tyrolienne burlesque et coquine, celle qui a fait le buzz dans «La France a un incroyable talent». C’est un personnage qui n’a pas froid aux yeux. Contraste: en face de moi, une femme pudique, qui prendra quelques minutes avant d’oser partager un regard. Les tabourets sont sur le bar, le champagne au frais, d’ici quelques heures Joy Falquet montera sur les planches de La Garçonnière, le cabaret genevois où elle se produit chaque soir de la semaine (dimanche et lundi exceptés), et dont elle est la meneuse de revue.

C’est une grande dame, élégante, dans ses gestes et son maintien, sa voix rauque et la fumée de ses Vogue. Pourtant, elle est née homme, comme son frère; sa sœur à présent. «Je ne peux pas parler de ma transformation sans évoquer celle de ma sœur», confie-t-elle, «c’est elle qui l’a fait la première.»

Très vite, les faux jumeaux ont aimé se déguiser et se maquiller, jouer à la poupée. Enfants, ils présentaient des spectacles à leurs voisins ou s’habillaient en fille pour défiler à l’Escalade. C’est ensemble également qu’ils ont remporté le tremplin au Joker, leur première représentation en transformistes. «Moi ça m’allait très bien de me travestir le soir et de redevenir un homme la journée», raconte Joy, «Nadia, elle, est né pour être une femme.»

«Nadia est plus transsexuelle que moi»

Elles font de nombreux spectacles, connus sous le nom de Les Jumelles: au Joker, à La Toison d’Or. «On était les seules jumelles à part les Kessler du Lido.» Sa sœur se fait opérer très tôt. «Nadia est plus transsexuelle que moi, c’est comme ça, mais voilà, je suis moi, je suis Joy.»

Nadia a tourné rapidement le dos à la scène, au spectacle. Joy a persévéré. De ses mots, «elle est née pour ça». Elle se souvient de sa première visite dans une boîte, entrée en douce: «J’ai trouvé les artistes magnifiques. Je me disais, ce n’est pas possible, ce ne sont pas des hommes.»

Sa transformation? Pas une renaissance, mais une continuité. Elle se fait opérer à 35 ans, plusieurs années après sa sœur. «Un ami m’a demandé, tu es un homme ou une femme? Et moi, je sentais qu’il fallait que j’aille au bout de ma démarche. Il m’était insupportable de penser que sur ma tombe allait apparaître mon nom de garçon.»

Une Tyrolienne à Paris
Joy est d’une extrême féminité. Elle est «très sensible, chiante et généreuse», avec «un caractère de dragon». Elle se passionne pour l’art, les créations de mode et de spectacle, la beauté. Sur scène, elle incarne de nombreux personnages, en veillant toujours à demeurer «classe et jolie». Pourtant, c’est sous les traits d’une Tyrolienne décalée et coquine que le grand public l’a découverte, sur le plateau de «La France a un incroyable talent». «C’est eux qui ont insisté pour que je fasse la Tyrolienne, moi je voulais faire un hommage à Annie Girardot, mais c’était pas assez grand public.» Énorme buzz et pourtant, élimination, au grand dam de deux membres du jury.

«De toute façon, la finale, je l’aurais pas gagnée: il y avait un chien et une gamine!»

Finalement, on la rappelle: «On s’est trompé, on est en train de passer à côté de quelque chose d’hallucinant.» Lors de son deuxième passage, en demi-finale, elle imposera son hommage à Annie Girardot, une prestation touchante qui, à la surprise d’Anthony Kavanagh, rendra l’audience muette, pour la première fois de l’émission. «Je ne voulais pas aller en finale. Je voulais juste qu’on voie de quoi j’étais capable. Et de toute façon, la finale, je l’aurais pas gagnée: il y avait un chien et une gamine!» Avalanche de demandes d’amis sur Facebook, de messages et de courriels de soutien, des compliments. La reconnaissance, essentielle pour celle qui avoue manquer cruellement de confiance en elle.

A cinquante ans, l’avenir, comment le voit-elle? Elle a plein d’idées en tête: devenir chroniqueuse, collaborer avec Pierre Palmade, ou même animer une émission de voyance… Car l’avenir, Joy, elle le voit aussi dans les cartes. L’artiste est «très» croyante, mystique. Elle lit «Les accords toltèques» et Eckhart Tolle, parle à Dieu. Sa transformation n’est pas superficielle, elle cherche à se découvrir, à comprendre, à évoluer, en profondeur. Elle sait qu’elle dérange parfois, et s’en moque. Son téléphone sonne. Elle décroche. Une amie la prévient des railleries dont elle a été victime. Elle la rassure «Te fais pas de soucis, chounette, je te rappelle tout à l’heure. On sait ce qu’on vaut. Les gens pensent ce qu’ils veulent, moi j’en ai rien à carrer.»

Puces, gambas et gazon

Joy adore les marchés aux puces et la seconde-main. Elle se rend souvent dans la boutique de sa sœur La Trouvaille, rue de la Mairie à Genève. «On y trouve toujours des trucs extraordinaires.» Pour boire un verre (sans alcool pour elle) ou se restaurer, elle conseille Le café de l’Amitié ou Le Furet, pour la décoration simple et chaleureuse. Des endroits conviviaux… et les gambas à gogo! «Donnez-moi un peu d’herbe, quelques arbres et je suis contente», comme dans le parc des Eaux-Vives. Y aller avec des amis ou seules, lire ou se balader. «J’aime pas les trucs trop chichi pompon. Non, j’aime ce qui est simple.»

» Joy se produira ce vendredi 24 juin à la Pride de Fribourg dès 17h.

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Mise à jour 07.08.2016 08:31
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