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Berlin, capitale du sexe chimique

Les «slamming parties», où drogue et sexe sont consommés sans relâche, font de plus en plus d’adeptes au sein de la communauté gay de la métropole allemande.

28 juin 2016 | par

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Glass, Ice, Krank, Tweak… Ou encore Tina. Voire même un simple T. Pour annoncer leurs soirées sur les sites de rencontres gays tels que Grindr, PlanetRomeo, Scruff ou Recon, les organisateurs d’orgies sous crystal meth ont recours à de nombreux noms de code pour s’adresser aux initiés. Ceux qui recherchent ce type d’expérience sont souvent encore plus discrets, se contentant d’un T majuscule glissé dans un mot anodin sur leur profil, du genre «I like to parTy». De nombreux clubs berlinois ayant une politique stricte vis-à-vis de la drogue – fouille minutieuse à l’entrée et fréquents contrôles aux abords des toilettes et des darkrooms – ces fêtes ont lieu la plupart du temps dans des appartements privés, à l’abri des regards indiscrets.

Afin d’augmenter l’intensité du flash provoqué par le crystal meth, la métamphétamine est consommée de préférence par voie intraveineuse par les participants, ce qui vaut à ces soirées le surnom de slamming parties (de l’anglais to slam, injecter), terme qui correspond désormais aussi à tout un pan de la production porno gay.

Les gens n’ont plus faim, ne sentent plus la douleur, n’ont plus besoin de sommeil.

«Le flash est très puissant et il arrive très vite. Le fait que cette drogue fasse rapidement de l’effet fait que les consommateurs perdent en un instant toutes leurs inhibitions», explique Andreas von Hillner, responsable des consultations pour problèmes d’addiction au sein de la Schwulenberatung Berlin, un centre d’aide et de conseil destiné aux homosexuels. «Les gens qui viennent en consultation parlent d’une grande euphorie associée à une forte excitation, mais dénuée de peur. L’effet subjectif que provoque le crystal meth est un sentiment de puissance, d’invulnérabilité. Les gens n’ont plus faim, ne sentent plus la douleur, n’ont plus besoin de sommeil.»

Érections
En conséquence, il n’est pas rare que ces orgies s’étirent sur plusieurs nuits et journées. Afin de pouvoir prétendre à des performances sexuelles à la hauteur de leur état d’euphorie totale, les adeptes de ces soirées associent leur consommation de drogue à des médicaments prescrits en cas de trouble de l’érection, du type Viagra: «Toutes les amphétamines et métamphétamines empêchent d’avoir une érection et d’atteindre l’orgasme», rappelle Andreas von Hillner, qui souligne que les participants des slamming parties ont également de plus en plus souvent recours à des substances médicamenteuses, comme l’Androskat ou le Caverject, qui sont injectées directement dans le pénis à l’aide d’une seringue.

Au printemps dernier, le magazine berlinois Zitty consacrait un reportage à ce phénomène. Le journaliste Stefan Hochgesand, qui s’était rendu à une de ces soirées, décrivait en ces termes l’ambiance qui régnait dans un bel appartement ancien du quartier de Neukölln, dans lequel était rassemblée une douzaine d’hommes: «Ça se bécote, ça suce et ça baise, à deux, à trois, à quatre, aussi sans préservatifs. […] Les drogues et le matériel d’injection sont étalés sur la table du salon. Deux hommes s’enfoncent l’un après l’autre la même seringue dans le bras. […] Deux autres hommes un peu plus âgés sont étendus sur le tapis moelleux, les cheveux en bataille et presque dans un état comateux.»

Le public de ces soirées est très diversifié. «Il y a de tout», explique Andreas von Hillner. «Des hommes de 18 à 60 ans et de toutes les classes sociales. Des étudiants, des apprentis, des ouvriers, des médecins, des fonctionnaires, des hommes politiques…» Ce phénomène venu de Londres s’est tellement propagé à Berlin depuis le début de la décennie 2010 que la ville est devenue la capitale des orgies sous crystal meth sur le Vieux-Continent. «Le nombre de personnes qui viennent nous consulter est en pleine explosion», prévient Andres von Hillner. «Nous avons actuellement entre deux et cinq nouvelles personnes par semaine.»

conséquences désastreuses
Au-delà des risques que prennent les participants des slamming parties en se partageant les seringues et en ayant des rapports non protégés, l’usage répété de crystal meth a des conséquences désastreuses sur la santé mentale des consommateurs, prévient Andreas von Hillner. «La plupart souffrent de paranoïa, de dépression, d’angoisse, de délire de persécution…» Il donne l’exemple d’un homme qui était persuadé que son smartphone avait été manipulé, d’un autre qui pensait que quelqu’un se tenait en permanence devant la porte de son appartement, ou d’un autre encore qui pensait être surveillé par la police. «La plupart de ceux qui viennent chez nous ont perdu le contrôle depuis longtemps.»

Et le chemin de la guérison est très long. Et passe même parfois par une phase d’abstinence volontaire, fait remarquer Andreas von Hillner: «Beaucoup d’entre eux ne peuvent plus envisager d’avoir des relations sexuelles sans avoir pris de drogue. Il leur faut tout réapprendre.»

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Mise à jour 30.06.2016 07:47
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