Culture Cinéma

Romance toxique

Avec «Les amants de Caracas», mettant en scène un vieux pervers et un jeune homme, le Vénézuélien Lorenzo Vigas Castes a décroché le Lion d’Or à Venise.

4 mai 2016 | par

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Alfredo Castro et Luis Silva sont Elder et Armando.

Armando est un Vénézuélien aisé d’une cinquantaine d’années. Prothésiste dentaire peu gâté par la nature, il vit en solitaire à Caracas. Quand il sort, il drague de jeunes garçons qu’il invite chez lui contre paiement. Mais cet homme froid, indifférent, ne supporte pas le contact physique et ne les touche pas. Après leur avoir demandé de se déshabiller, il se contente de regarder leur corps nu en se masturbant.

Un jour il tombe sur Elder, 17 ans, chef d’une bande de voyous des quartiers pauvres. Sauf que cette petite frappe se montre réfractaire aux jeux d’Armando et le lui fait savoir en le tabassant. Le quinquagénaire persiste pourtant à le suivre, protégeant en quelque sorte ce petit caïd brutal qui, motivé par l’argent, commence à lui rendre visite de plus en plus fréquemment. Ils finissent même par habiter ensemble. Contre toute attente, Elder se met à éprouver des sentiments, voire une passion pour Armando. Celui-ci a pourtant d’autres plans…

Relation impossible
Ce premier film au titre original «Desde Allá», signifiant littéralement De là-bas, est basé sur une histoire vraie du scénariste Guillermo Arriaga, notamment auteur de «21 grammes». Il lui a valu le Lion d’or à la dernière Mostra de Venise. Lorenzo Vigas Castes y explore une relation impossible, un duel sur fond d’ébats tumultueux, complexes, entre un vieux pervers à la fois dépressif et distant et un adolescent aussi ingérable qu’agressif et fougueux.

Au départ cette liaison ne paraît pas très crédible. Mais on la comprend mieux dans la mesure où Lorenzo Vigas Castes place son récit dans un pays rongé par la crise économique où règne la lutte des classes, avec un écart phénoménal entre les salaires des riches et des pauvres. Aux abois, Elder cède logiquement au confort du monde d’Armando, avant que son appât du gain se transforme en besoin affectif.

Volonté de choquer
Surtout, le réalisateur se passionne pour la thématique de la relation au père depuis son court-métrage «Les éléphants n’oublient jamais», où il traitait du désir de vengeance d’un frère et une sœur contre leur père abusif. Il explore le sujet sous un autre angle, Armando et Elder souffrant pareillement de l’absence d’une parentale. En dépit de sa prestigieuse distinction vénitienne, tout n’est pas parfait dans ce film qui pèche par son esthétique relative et une curieuse volonté de choquer. En revanche les deux acteurs principaux, Alfredo Castro et Luis Silva, se montrent très convaincants dans cette union toxique entre deux caractères que tout oppose, leurs aspirations, leur âge et leur condition sociale.

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Mise à jour 06.05.2016 07:13
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