Culture Photo

Un arc-en-ciel d’identités

Au travers de portraits, le livre du photographe Joseph Wolfgang Ohlert témoigne de la diversité de la communauté trans* internationale.

25 mai 2016 | par

ohlert-front
6 IMAGES

Le photographe berlinois Joseph Wolfgang Ohlert a passé trois ans à tirer le portrait de dizaines de personnes qui ne se reconnaissent pas dans les catégories «homme» ou «femme» ou ont navigué de l’une à l’autre. Il en a fait un beau livre de photographies accompagnées d’interviews qui reflète les mille et une nuances de la communauté trans* à travers le monde.

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360° – Qu’est-ce qui t’a donné envie de te lancer dans ce projet de livre?
Joseph Wolfgang Ohlert – J’étais encore étudiant à l’école de photographie berlinoise d’Ostkreuz quand j’ai commencé le projet. Jusque-là j’avais surtout photographié des gens beaux, des mannequins pour des magazines de mode. D’autres étudiants à qui j’ai montré mes photos les ont trouvées bonnes mais m’ont dit: «Qu’est-ce que tu veux dire avec? Et où te positionnes-tu?» Du coup je me suis dit qu’il fallait commencer par moi: Où suis-je? Qui suis-je? Je suis homo, je suis un homme, qu’est-ce que cela dit de moi? Quelle est la place que je veux occuper au sein de la société? J’éprouvais le besoin de me mettre en quête de moi-même, de trouver qui je suis. Je m’étais déjà intéressé aux différences entre hommes et femmes autrefois et j’ai eu envie de le faire à nouveau. Et c’est à ce moment-là que mon amie trans* Kaey, journaliste au magazine queer berlinois «Siegessäule», m’a contacté en me disant qu’elle voulait elle aussi démarrer un projet autour de ce sujet.

– Est-ce qu’il a été difficile de convaincre les gens de faire partie du livre?
– Pas vraiment car Kaey m’a servi d’entremetteuse, étant donné qu’elle était déjà impliquée dans la scène trans* berlinoise. Il y beaucoup de gens qu’elle connaissait déjà depuis des années, il a suffi qu’elle me présente pour que les gens m’accordent leur confiance, puisqu’ils savaient que j’étais une amie, euh, un ami. J’aurais aimé faire un tour du monde pour rencontrer d’autres personnes mais je n’en avais pas les moyens, alors j’ai profité de quelques voyages que j’ai fait à Paris ou à San Francisco pour faire d’autres portraits.

«Quand on a le courage d’être soi, de ne pas être jugé par les autres, on avance.» Joseph Wolfgang Ohlert

– Comment as-tu travaillé avec les gens? Les as-tu photographiés de la même manière que les mannequins avec lesquels tu travaillais autrefois ou avais-tu une autre approche?
– J’ai toujours préféré le portrait aux photos de mode, donc je n’ai pas dû beaucoup changer ma façon de travailler, mais j’ai fait en sorte qu’il y ait plus de profondeur. Il ne s’agissait pas de dire: «Cette personne est belle et je la place ici», de prendre en photo quelqu’un qui sait de quoi il a l’air. Il s’agissait plus de la personne qui est en face de l’objectif, de l’être, du ressenti, même si j’ai essayé de faire en sorte que chacun soit satisfait de lui-même.

– Dans la préface du livre, tu remercies les gens que tu as photographiés pour leur courage d’être «ceux qu’ils veulent être»…
– On se heurte tout le temps à des murs quand on essaie de s’exprimer. Parce que beaucoup de gens ne peuvent pas ou ne veulent pas comprendre. Si on ne donne pas plus d’importance à ses convictions, si on se laisse dicter par les autres la manière dont ils veulent nous voir, alors la société est au point mort, et c’est la pire des choses qui puisse arriver. Alors que quand on a le courage d’être soi, de ne pas être jugé par les autres, on avance. Quand une femme trans* dit qu’elle veut correspondre à l’image classique de la femme, même si elle s’adapte aux normes du genre, elle le fait pour elle, et c’est aussi un acte courageux.

– Même si il y a beaucoup d’humour dans le livre, il y a aussi des confessions plus douloureuses qui témoignent de la difficulté d’être soi quand on est trans*. Il y a notamment cette femme trans qui dit que cela lui prend chaque jour des heures pour ressembler à l’image qu’elle se fait d’une femme.
– Je trouve important que cela soit présent dans le livre mais ce n’était pas mon intention de départ puisque les gens ont reçu les questions par écrit et étaient libres de répondre ce qu’ils voulaient. Je voulais seulement faire leur portrait et leur laisser la possibilité de se présenter eux-mêmes. Ce que je voulais, c’était montrer les visages de ce spectre du genre.

– Quel terme utilises-tu pour te définir toi-même? C’est la question qui revient sans cesse dans le livre. Comment y réponds-tu, toi?
– «Artiste». J’ai longtemps eu du mal à me dire artiste mais je trouve ça très mignon. Et «homme» au sens classique du terme.

«Gender as a spectrum» de Joseph Wolfgang Ohlert publié par JWO_Studio peut être commandé en écrivant à info@ohlert.de ou sur josephwolfgang.ohlert.de

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Mise à jour 28.05.2016 08:40
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Un commentaire

  1. Par Ricky Cruz:

    (…) la communauté trans* à travers le monde(…)
    Que veut dire l’astérisque, puisque aucune explication est donnée en fin de texte ??? Peut-on m’élucider, car je ne vois pas l’intérêt de celui-ci… sans aucune référence liée à celui-ci.
    Merci!

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