Tendances Révolutions

Grindr se défend d’être le fossoyeur de la scène gay

Dans une interview à un magazine hongkongais, Joel Simkhai estime, au contraire, que sa célèbre application de drague contribue au succès de nombreux établissements.

16 mars 2016 | par

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Photo: Amanda Hinault flickr/CC BY-SA 2.0

Deux millions d’utilisateurs quotidiens. En sept ans, l’application Grindr s’est forgée un succès commercial enviable dans le business de la drague gay. Son récent rachat à prix d’or par une entreprise chinoise en témoigne. Mais ce carton ne s’est-il pas réalisé aux dépens de la «scène gay», le réseau de bars, clubs et associations qui assuraient la socialisation des homosexuels dans les pays occidentaux? De fait, le nombre d’établissements étiquetés LGBT, dans les grandes villes américaines et européennes, a fortement chuté ces dix dernières années, période qui correspond à l’essor des rencontres online.

Joel Simkhai, le créateur de l’app de rencontres par géolocalisation, s’est expliqué dans l’édition hongkongaise de «Time Out». Selon lui, la réduction des scènes gay n’a rien à voir avec le succès de Grindr. Au contraire. «Nos utilisateurs socialisent très bien dans les bars et clubs. Même si vous êtes dans ces établissements et êtes trop timide pour aborder quelqu’un vous pouvez toujours utiliser Grindr», explique le patron californien.

Annonceurs
Simkhai relève, par ailleurs, que beaucoup de ses annonceurs sont en réalité des bars et clubs: «Le feedback qu’ils nous donnent est que Grindr est un moyen efficace d’amener du public.»

L’interview a suscité un large débat sur l’app à tête de mort. Au delà d’un Grindr-bashing de circonstance, de nombreux internautes anglosaxons estiment que le déclin des lieux dits gay a commencé longtemps avant les premiers glougloutements de Grindr. «La raison pour laquelle les bars gay sont en déclin est que la jeune génération n’a plus besoin de la sécurité de bar à eux, explique Larry, un ancien tenancier de bar gay à Miami, via Facebook. Ils peuvent aller dans n’importe quel établissement et se sentir chez eux.»

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Mise à jour 18.03.2016 17:18
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4 commentaires

  1. Par Denis Moriou:

    une autre raison est aussi matérielle. Le prix des consommations et le service de mauvaise qualité dans les bars gay et dans les bars tout court. A Paris par exemple, un café devient hors de prix et une pression peut monter à 5-6 €…
    Autant acheter un pack de bières et rester chez soi entre copains.

  2. Par pa-yverdon:

    Ce phénomène n’est pas exclusivement gay… Moins de jeunes sortent dans les bars également.
    Avec les applis, on n’est plus obligé de sortir de chez soi pour faire des rencontres quelle que soit son orientation.
    De l’épicerie de quartier, on est passé à l’hyper marché. On se rêve, on idéalise et la réalité devient terne… Les solitudes augmentent….

  3. Par Pierre:

    «La raison pour laquelle les bars gay sont en déclin est que la jeune génération n’a plus besoin de la sécurité de bar à eux, explique Larry, un ancien tenancier de bar gay à Miami, via Facebook. Ils peuvent aller dans n’importe quel établissement et se sentir chez eux.»
    Même si la répression homosexuelle est moins violente, si l’on parle du monde occidental aujourd’hui, qu’il y a plusieurs décennies, il serait illusoire de dire que les gays ont les mêmes libertés. Par exemple en ce qui concerne la drague et être ouvertement affectueux dans des établissements qui ne sont pas gay. J’en parlais récemment avec un jeune gay qui fréquente une discothèque appréciée par les gays et les hétéros dans sa (très) grande ville. Et il me confirmait effectivement que la drague gay y avait sa place aux côté de la drague hétéro. Mais lorsqu’0n pousse la conversation, on se rend compte que la dynamique est très différente pour les uns et les autres. La piste de danse, par exemple, est un endroit où les hommes et les femmes peuvent draguer librement, et même s’embrasser là. Pour les hommes, ce genre de démonstration aussi explicite ne se passe pas aussi ouvertement mais dans les endroits plus discrets de la discothèque, dans le recoins en somme. Certes les deux mondes coexistent mais pas à égalité, celui des homos est toléré avec une visibilité réduite, et tant qu’il n’occupe pas le même statut que la relation hétérosexuelle. Comme souvent le diable se cache dans les détails.

  4. Par benji:

    Plusieurs facteurs peuvent expliquer la déconfiture de la scène gay (revue, bars, associations). Une visibilité accrue des LGBT car si on est visible, l’identification à un groupe est plus simple. Un militantisme devenu moins utile car nos revendications sont en partie comblées. Les applis de rencontre homo et hétéro participent aussi à cette déconfiture. Mais, posons-nous une question plus fondamentale : qui aimons-nous aujourd’hui ? En effet, le décloisonnement des orientations sexuelles semble conduire une large part de la jeunesse à se considérer ni homo, ni hétéro. Un sondage récent (Walter Thompson, 11 mars 2016) montre que le niveau zéro de l’hétérosexualité exclusive sur l’échelle de Kinsey sur la sexualité ne rassemble plus que 48 % seulement de 13-20 ans américains. Un sondage l’a également montré l’an dernier au Royaume-Uni. Est-ce une tendance de fond ou un effet de sondages ? Il est important de savoir car on s’identifie à des lieux qui nous ressemblent.

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