Chroniques Courage

À 90 ans, il retrace son long chemin vers le coming-out

Hector Black, un retraité du Tennessee, a confié à la radio américaine comment il avait combattu son attirance pour les hommes avant de s'accepter tel qu'il est, au soir d'une vie bien remplie.

25 déc. 2015 | par

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Hector Black en 2010. Photo: Blog Portrait to a farm DR.

C’est à des confessions peu banales que la radio publique américaine NPR a consacré un bref et émouvant reportage, diffusé il y a quelques jours. Hector Black, 90 ans, raconte comment il est sorti du placard, après des décennies de doutes et de mensonges. Pour ce pacifiste (néanmoins vétéran de la Seconde guerre mondiale), les premières étreintes avec des hommes remontent à l’université de Harvard, dans les années 1940. «Le mot ‘gay’ ne se disait jamais. Même ‘homosexuel’ était, au plus, chuchoté», se remémore le retraité.

Une «guérison» trompeuse
Dans les années 1950, il s’est résolu à «guérir» de son homosexualité. «Les gens pensaient alors que le traitement était de prendre des œstrogènes. J’en ai pris, jusqu’à ce que je commence à avoir des seins. Alors, évidemment, j’ai dit stop. Je pensais que ça suffisait.» De fait, il tombe amoureux de celle qui deviendra sa femme et la mère de ses enfants: Susie. La famille vit dans un quartier noir d’Atlanta, ville alors au cœur du combat contre le racisme et pour les droits civiques, auquel les Black prennent part. «C’est extraordinaire à quel point le fait d’être gay m’a aidé à comprendre ce que cela signifie d’être différent. Bien sûr, je pouvais me fondre dans la majorité – ce que les Afro-Américains ne pouvaient pas – mais je savais ce que cela voulait dire de faire partie d’une minorité méprisée.»

Contrairement à ce qu’il avait espéré, Hector reste attiré par les hommes, et commence à vivre une double vie. Susie s’en apercevra bien vite, donnant lieu à des scènes douloureuses au sein du couple. Dans les années 1970, ils quittent Atlanta pour une région rurale du Tennessee, où Hector vit toujours. A l’abri des tentations? Au contraire. Les Black ont pour voisins une communauté dont plusieurs membres sont ouvertement gays. Leur proximité replonge Hector dans ses doutes. «J’ai eu l’impression que tout le travail que je faisais serait jeté à la poubelle si j’acceptais d’être un simple ‘pédé’.»

Déclic
Ce n’est que dans les années 1990 que Hector a décidé de s’accepter tel qu’il est. Le déclic est venu d’une de ses filles, qui venait de leur annoncer qu’elle était lesbienne. «A ce moment-là, je me suis dit: comment se fait-il que j’aime toujours ma fille et qu’en même temps, je me haïsse pour ce que je suis?» Susie et Hector n’ont pas divorcé après ce coming-out tardif. Le couple a notamment milité contre la peine de mort après l’assassinat de leur fille Patricia, en 2000, et publiquement défendu une forme de pardon envers le meurtrier. Ils sont restés unis jusqu’au décès de Susie, l’été dernier.

» Source: NPR

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Mise à jour 28.12.2015 10:44
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2 commentaires

  1. Par Camille:

    Coïncidence, jai 45 ans et apres 22 ans de mariage nai fait mon coming out cette année. Et c’est ma fille de 18 ans et lesbienne qui m’a permis de me révéler ; )

  2. Par NicolasD:

    Les circonstances….!
    Le mensonge est condamnable. Mais les menteurs ne peuvent-ils pas bénéficier de circonstances atténuantes quand les moeurs et les lois de la sociétés les oblige à mentir ?
    Comment evaluer ces circonstances quand les incitations sont un fait rationnellement et implacablement évident ?
    Susie a t elle été une victime collatérale du rejet et de la discrimination ? Son choix de rester auprès de son mari homosexuel fût elle une faiblesse par dépit ou un acte d’Amour réfléchi et admirable ?
    Les réponses à toutes ces questions nous ne les auront pas forcement car nous ne connaissons que la partie intime de ce que ce ouple a bien voulu nous dévoiler. Nous pressentons l’évidence des réponses. en outre ces questions étant posées elles ont l’avantage de nous sensibilisé à la détresse et les conditions de vie compliqués des homosexuels, qu’il faut tendre à faciliter.
    Tous les hommes ou les femmes ne sont pas égaux dans la relation qu’ils ont avec leurs enfants. J’entends par la que l’esprit maternel n’est pas également partagé. Il y a des femmes que les enfants rendent nerveux et qu’un bébé n’attendri pas. Sans que ce soit des monstres et sans que cela soit contrenature comme pourrait être considéré l’homosexualité.
    Toutes ces variantes comportementales sont une richesse pour l’humanité si la posture reste constructive.
    Pourquoi mentons nous alors que nous savons que c’est une attitude périlleuse et souvent dramatique dans les conséquences.
    Par désespoir ? Vais je être assez fort pour affonter la réalité ? Ou en est ma confiance en soi ?
    Peut on rattraper certain mensonges en réparant les dégats qu’ils ont causés ?
    La réponse positive à toutes ces question éclate spectaculairement dans la dernière partie de l’article !
    Ils ont pardonné l’impardonnable et sont restés unis dans toutes les tempêtes.
    Lorsque j’ai une personne, un humain devant moi je sais que son attitude dépendra de ma manière de l’aborder. Pas jusqu’au bout par ce qu’il y a le contexte environant qui joue sur les comportements mais je peux juger de la force et de l’opportunité de mon approche en fonction des résultats obtenus. Je l’accorde volontier. C’est une forme de manipulation mais qui n’en est pas une, parce que le but recherché est la bienveillance et la paix pour les autres avant mes intérêts.
    Je tire ma révérence à Hector: pour son manque de courage qu’il a su transformé en vaillance et bonté et finalement sa métamorphose d’homme faible en homme bon honnête et fort, bien que ce soit la vie qui le lui a inculqué à travers son destin.
    Et encore plus à Susie, qui avec son départ à fait perdre à l’humanité une présence extraordinairement positive et constructive.
    Merci à tous les deux.

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