Chroniques Éveil

«Le sexe était un moyen de me sentir aimée»

Natalia a collectionné les histoires sans lendemain. Entre simulation du plaisir et besoin d’amour, sa vie sexuelle a longtemps été une illusion.

3 juillet 2015 | par

sexe4

Quand Natalia parle de sa sexualité, elle a le regard évasif, la main qui tortille une boucle de ses cheveux bruns et un ton décidé. Cette Genevoise de 30 ans raconte un parcours marqué par une quête effrénée d’affection. Une course qui lui en a fait oublier la notion de plaisir.

«J’ai passé des années à baiser avec n’importe qui pour un peu d’amour et l’illusion de me sentir moins seule. C’était aussi un moyen d’être absolument dans le moment présent et d’échapper un peu à mon mal-être. Plan cul, coup d’un soir, amour de vacances, dans un hôtel, chez l’autre, dans une voiture, ivre morte ou non… J’aurais pu être la cible idéale de n’importe quel pervers. Mais je n’éprouvais jamais de plaisir. Je simulais. Le sexe n’avait de sens que parce qu’il était un moyen d’attirer l’attention des hommes sur moi. Et je m’en suis rendu compte très jeune.

J’ai eu mon premier rapport sexuel à 14 ans avec un type qui avait six ans de plus et qui ne savait pas que j’étais vierge. Je l’ai rencontré un soir dans un bar, à moitié ivre. Il m’a draguée et ensuite il m’a proposé d’aller chez lui. Arrivés dans sa chambre, il m’a mise en confiance. Il disait que j’étais belle. Ça devait me suffire à le croire sincère. Puis il m’a déshabillée et m’a baisée. Ça ne m’a pas fait mal. Ce truc dont on me parlait comme étant le sacro-saint de tous les actes, me semblait banal et facile. Après ça, il ne m’a jamais rappelée bien sûr. A 14 ans on pense naïvement qu’un acte sexuel viendrait sceller je ne sais quel amour qu’on venait de s’inventer en une nuit. Mais ça ne m’a pas empêchée de récidiver.

Jamais joui
Pendant des années, ma vie sexuelle était un mensonge. Je mentais sur mon âge parce que je couchais avec des hommes plus âgés mais aussi durant l’acte. Je simulais le plaisir pour avoir la satisfaction de les faire jouir. Je pensais que comme ça, je serai plus aimable et désirable à leurs yeux. Alors je tirais des pipes, je jouais les dévergondées, je criais, je respirais fort comme une actrice qui connaissait par cœur son scénario. Le but étant de ne jamais perdre le contrôle. L’orgasme, je ne l’atteignais jamais à part quand je me masturbais toute seule. Alors autant dire que je suis partie sur de mauvaises bases. Parce que lorsque j’ai eu ma première histoire d’amour vers 20 ans, je simulais toujours. Pendant trois ans, cet homme ne m’a jamais fait jouir. Et il n’en a jamais rien su.

Ça m’a pris près de 15 ans avant de pouvoir corriger le tir… Sans mauvais jeu de mots. C’est avec l’homme que je fréquente aujourd’hui depuis deux ans que le sexe a pris un autre sens. Un sens en soi. J’ai accepté d’être plus qu’un objet et de reprendre un peu les commandes de mon corps et de mon plaisir. D’abord parce que la frustration devenait trop insupportable mais aussi parce qu’on ne peut pas construire un couple sur le mensonge. J’ai donc réinvesti mes fantasmes. J’aime être dominée. Le bondage soft est devenu un jeu sexuel assez courant dans mon couple. Il me met une paire de menottes, me met à plat ventre, m’écarte les jambes et me pénètre. Ça m’excite. Je suppose que cette impression de contrainte doit m’aider à lâcher prise et à atteindre la jouissance. Enfin.»

Votre témoignage

Nous lançons une série de témoignages baptisée: «Parle-moi de sexe». Loin des images du cinéma, du porno ou de la littérature, il s’agit de raconter la vraie sexualité des Romands. Qu’elle soit banale ou hors norme. Tous les témoignages sont anonymes et visent à lever ce que nous considérons toujours comme un sujet tabou. Si vous avez envie de nous faire partager votre expérience, écrivez-nous à nadia.barth@360.ch

Partager sur
Mise à jour 26.12.2015 10:53
1 175 vues

Sur le même thème

Top