Suisse Genève

«Quand on met un jeune dans un appart, c’est un apprentissage qui commence»

Inspiré du réseau français qui propose un toit aux LGBT rejetés par leur famille, le Refuge Genève est opérationnel. Rencontre avec Alexia, à la barre de ce projet pionnier en Suisse.

29 avril 2015 | par

alexia3b
Alexia, coordinatrice du Refuge, est déjà à pied d'oeuvre.

Le pôle social destiné aux gays, lesbiennes, bi et trans de Suisse romande s’étoffe! Au sein de Dialogai, le Refuge Genève propose désormais un accueil de jour pour les jeunes LGBT en difficulté, ainsi que des possibilités d’hébergement réservées aux 18-25 ans en situation d’urgence. Un appartement et un local sont en plein aménagement. A la barre, en cette période de «construction»: Alexia. Cette jeune quadra à la tignasse flamboyante a été engagée par Dialogai pour être la coordinatrice du Refuge Genève. Elle collaborera avec un animateur socio-éducatif et des volontaires «triés sur le volet». Auparavant, Alexia a travaillé pendant 15 ans en tant qu’éducatrice spécialisée auprès d’ados confiés par les service de protection de la jeunesse ou par la justice, en France voisine. D’expérience, elle sait que l’orientation sexuelle et l’identité de genre sont peu abordés dans les structures sociales destinées aux jeunes. L’apparition du Refuge devrait faire un peu bouger les lignes. Pas de doute, il y a du boulot!

Alors, le Refuge Genève, il ouvre quand?
Alexia – Ça a commencé! S’il y a un jeune, demain, qui arrive, nous sommes là pour l’accueillir! En attendant, il y a un gros travail de partenariats à faire pour diffuser l’information. Les jeunes ne viendront pas s’ils ne savent pas que nous existons…

A quoi va ressembler la vie quotidienne d’un jeune hébergé par le Refuge? On lui donne les clés et il est livré à lui-même?
– Cette expression me fait dresser les poils! Quand on a 18 ans, on est forcément livré à soi-même. Dans un appartement où on met un jeune en autonomie, on prend un pari. Il est en apprentissage. Nous serons là pour lui, mais pas tout le temps, sinon ça n’a aucun intérêt. Nous voulons que les jeunes aillent vers l’autonomie. Bien sûr, ils posent leurs valises, mais c’est seulement pour trois à six mois. Nous allons les écouter dans leur problématique particulière, le plus souvent en lien avec leur homosexualité. Nous sommes là pour traiter cette particularité, mais le reste doit suivre. Le but n’est pas de les garder au Refuge, c’est qu’ils prennent leur envol… ou qu’ils raccrochent les wagons avec leur famille, quand c’est possible.

Pas d’invités? couvre-feu?…Quelles seront les règles dans les appartements?
– Tout ça est encore à l’étude…. Un règlement est en cours d’élaboration. Disons que la base, c’est le respect – en premier lieu par rapport aux gens dans l’immeuble. Ce qui nous ramène toujours à l’intégration dans la société. Nous, nous serons forcément un peu dans le contrôle… ça fait aussi partie de notre boulot.

Auront-ils de l’argent de poche?
– On sait très bien qu’il y a peu de chance que les jeunes qui arrivent chez nous aient un revenu. On sera sûrement amenés à leur verser une allocation pour répondre à leurs besoins essentiels, mais ils reverseront quelque chose, une participation – quitte à ce qu’elle soit symbolique.

Comment sera prise la décision d’accorder ou non l’hébergement à un jeune qui en fait la demande?
– Beaucoup de gens nous posent la question. La première chose, c’est le degré d’urgence. Est-ce que le jeune risque sa vie? Est-ce qu’il est à la rue? ou dans une maison où l’atmosphère est insupportable? A-t-il des personnes-ressources?

La décision va aussi être prise en considérant s’il existe d’autres structures, sociales, éducatives ou psy, plus adaptées…
– C’est pour cette raison que le partenariat me tient vraiment à cœur. Je n’ai pas envie d’évaluer toute seule. Si j’ai le sentiment que le jeune est en grande détresse psychologique, par exemple, j’en débattrai avec une personne compétente. J’espère aussi développer le côté scolaire: contacter les conseillers sociaux, les infirmiers. Je pense que l’on peut entrer dans une véritable complémentarité.

Le Refuge, ce n’est pas qu’une histoire d’hébergement…
– En fait, c’est l’accueil de jour qui va drainer des gens. L’hébergement d’urgence, c’est en cas de nécessité, le bout de la chaîne. On n’aura que deux, quatre personnes maximum dans les appartements… Mais, dans tous les cas, les jeunes bénéficieront d’une orientation ou d’un relais hôtel, où ils pourront être accueillis, que nous ayons de la place ou non.

En quoi consistera cet accueil de jour?
– Il y aura une pièce qui servira de lieu de vie, et un bureau où je recevrai individuellement les gens. L’animateur sera là toutes les après-midi pour faire des ateliers. Quant à moi, je serai présente pour effectuer des démarches avec les jeunes, suivant leur situation. Soit un jeune est hors-projet, et on va l’aider à retrouver sa voie, soit il est déjà «dans le mouv’» et on travaillera d’autres questions, plus personnelles.

Contrairement à l’hébergement, réservé aux 18-25 ans, il n’y a pas de limite d’âge pour contacter ce pôle social…
– L’autre jour, j’ai reçu un garçon de 36 ans. Il avait fait son coming-out sur le tard, et il avait autant besoin de discuter qu’un jeune de 18 ans. A l’inverse, s’il y a un garçon de 16 ans qui a des problèmes avec ses parents et qui nous demande d’intervenir, on les appellera et on verra ce qu’on peut faire ensemble. Je suis à même d’entreprendre une médiation familiale s’il le faut. On sait aussi qu’on a ici, à Genève, une association de parents d’homos, qui peut être contactée.

Le Refuge Genève @ Dialogai; rue de la Navigation 11-13. Du mardi au vendredi de 10h à 18h. Tél 022 906 40 40. Email: alexia@dialogai.org

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Mise à jour 01.05.2015 19:23
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