Suisse Genève

Quand la glisse dérape au skatepark

L’ouverture du nouveau paradis des skaters, sur la Plaine de Plainpalais, a donné l’occasion aux simples piétons de découvrir un nouveau mot: «trottigay». Etats des lieux de l’homophobie sur roulettes.

19 juillet 2013 | par

trottigay
Le skatepark de Genève arbore des tags aux relents homophobes.

Il y a de l’eau dans le gaz entre pratiquants de skate et de trottinette. Difficile pour les uns de partager leur skatepark, ils n’apprécient pas beaucoup les «trottinetteurs» et le font savoir à grand renfort d’insultes homophobes. C’est sur internet que l’expression de ces conflits est la plus visible. En effet, si la ville a ouvert une page Facebook pour son skatepark, une page non officielle a elle aussi rapidement vu le jour. La première n’ayant que 577 «j’aime», la deuxième en a déjà collecté 2977. Et c’est bien sûr sur la page non officielle que les langues se délient et que les commentaires homophobes fleurissent quotidiennement: «trottigay», «sport d’homosexuels», «pédé de trott’»…

Le skatepark est une place de jeu peuplée presque exclusivement de garçons. Monde masculin, le skate «c’est pas un sport de gonzesse». Le caractère homophobe de l’insulte «trottigay» échappe donc certainement à la plupart de ses utilisateurs. C’est une homophobie anodine, inconsciente pour ses auteurs. Des interventions de sensibilisation au caractère particulièrement violent voire dévastateur de ces insultes semblerait donc adapté, comme elles le sont dans le milieu scolaire.

Le problème ne relève ici absolument pas de l’orientation sexuelle des pratiquants soit de skate soit de trottinette. Les tensions entre les deux groupes proviennent de raisons pratiques quant à l’utilisation de leur aire de jeu. Ainsi, la trottinette est une discipline popularisée depuis peu et souvent pratiquée par de jeunes enfants. «Lâchés» dans le skatepark, ces derniers seraient peu informés des règles à suivre et auraient plus tendance à avoir des comportement dangereux.

L’expression «trottigay» est une traduction libre de «scooter gay», utilisé aux Etats-Unis, où les problèmes de cohabitation entre skate et trottinette ont déjà cours depuis quelques années. L’emploi d’insultes homophobes est le produit du rejet de la trottinette et un phénomène semblable à l’arrivée des rollers. Il est regrettable qu’un lieu de sport et de loisir géré par la Ville devienne vecteur d’intolérance et de banalisation de l’homophobie.

Les autorités à la traîne
Le service de la jeunesse de la Ville de Genève avoue avoir pris très récemment conscience de l’ampleur du problème. Plusieurs mesures ont déjà été prises pour diminuer les tensions, mais rien n’a encore été fait pour lutter de manière ciblée contre le caractère homophobe de leurs manifestations.

Le très jeune âge des pratiquants de trottinette étant source de nombre d’accrochage et de conduite à risque, le skatepark a été interdit aux enfants de moins de dix ans. Pour améliorer l’intégration de tous les sports, des cours de skate et de roller encadrés par des moniteurs sont aussi proposés les mercredis et samedis. Un moyen d’inculquer les bases du respect et du vivre-ensemble. Alain Mathieu, adjoint de direction au Service de la jeunesse, nous a aussi précisé que la question de la fermeture de la page Facebook non-officielle était actuellement dans les mains d’un juriste. La fermeture est loin d’être assurée, car les créateurs se sont approprié le nom de domaine avant la Ville et une demande de ce type est soumise à de lourdes et nombreuses conditions par le géant du réseau social. Pour le moment, des échanges ont été menés avec Action Innocence. Mais pas encore avec le Département de l’Instruction Publique pourtant aux prises avec la question de la lutte contre l’homophobie et en train, justement, d’intégrer lentement des interventions de sensibilisation auprès des jeunes.

Malheureusement, le service se demande encore si des interventions de lutte contre l’homophobie ne serait pas «une provocation» et si le meilleur moyen de faire cesser ce genre de comportement n’est pas «de ne pas en parler»… On ne peut qu’espérer une meilleure communication sur la question entre les services s’occupant des jeunes.

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Mise à jour 31.08.2014 13:28
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