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Gaybros, «style hétéro» à la portée de tous!

Un réseau de gays prétend se réapproprier une certaine idée de la masculinité et de la «normalité», à grands renforts de bières et de viriles tapes dans le dos. Un phénomène plutôt controversé.

29 mars 2013 | par

gaybros
Cheers dudes!

Réinventer la communauté gay, bonjour le chantier! Aux Etats-Unis, une poignée d’hommes ont commencé le boulot, début 2012. Comme il se doit, c’est sur internet que tout a débuté, plus précisément sur la très en vogue plateforme de blogging social Reddit. C’est là que l’on peut retrouver un forum qui se fait appeler «Gaybros», aujourd’hui fort de 21’000 inscrits et de 2,6 millions de pages vues par mois. Objectif: rassembler des mecs ouvertement homos, mais dont les «centres d’intérêt» sont typiquement hétéros: sports d’équipe, chasse et armes à feu, technologies et même – attribut suprême de la beaufitude made in USA – l’art du barbecue.

Dans la version américaine de Slate, l’auteur Bryan Lowder se penche sur ce phénomène émergent, dernier avatar d’un vieux débat, celui du «straight-acting gay» et autre «look hétéro». Son passionnant papier s’ouvre sur la description d’une soirée entre gaybros. Car le réseau virtuel a aussi pour vocation de rassembler les hommes homosexuels dans la vie réelle. La sortie entre gars mène, inéluctablement, dans un de ces «sports bar» gay-friendly à la mode, en l’occurrence à Boston. L’atmosphère n’est pas vraiment à la drague, mais plutôt à la camaraderie virile. On s’y salue à grands renforts de demi-embrassades et de vigoureuses tapes sur le dos. Eh oui, «bro» dans gaybros est le diminutif de «brother», frère – c’est aussi, en américain, une façon très hétéro de s’interpeller entre hommes.

Passionnés de technologie
Le style des «frangins» est remarquablement diversifié, en âge, en classe sociale ou en apparence physique, même si la casquette de baseball semble être de rigueur. Peu de concessions aux codes Soirée Gaybros à Bostonvestimentaires dits gay, à commencer par les envahissants logos Abercrombie & Fitch. Mais Bryan Lowder s’aperçoit vite que les gaybros ne sont guère passionnés par le football américain, par les grosses bagnoles ou par les grillades. La plupart sont des passionnés de technologie. Plutôt que des gaybros, il suggère de les rebaptiser «gaynerds».

Fédérer les gays qui ne se retrouvent pas forcément dans la scène LGBT telle qu’elle existe: l’idée est séduisante, mais sa légitimation par les animateurs du réseau Gaybros apparaît discutable. Ainsi, quand le groupe a été créé, son initiateur, Alex Deluca, avait appelé «à briser les stéréotypes et à promouvoir l’idée que l’on peut être un homme gay et rester exactement qui l’on est». Il avait expliqué qu’il voulait rassembler les gens autour d’«intérêts» et de «caractère» et non plus autour de «maniérismes». Malgré cela, il insistait sur le fait que les gaybros restaient ouverts à chacun. Everybody is welcome to shoot the shit and grab a beer – une expression intraduisible, qui renvoie à l’imagerie de la franche camaraderie hétéro, sinon macho. De fait, Gaybros revendique un certain politiquement incorrect, notamment vis-à-vis d’une culture gay perçue comme tournant autour des trois G: glitter (paillettes), Gaga et GHB.

Opprimés, les gays au look hétéro?
La contrattaque n’a pas tardé. Deluca s’est vite retrouvé sous le feu de ceux qui l’accusaient de «perpétuer l’idée que le fait d’être efféminé est fake, que c’est une attitude. [Deluca] fait comme si les mecs masculins étaient quelque part opprimés, écrit Eli Fox, cité par Lowder. C’est le contraire: ils sont les plus désirés, parce que les traits masculins sont valorisés dans la communauté gay exactement comme dans n’importe quel groupe social. Les mecs masculins ne sont pas ceux qui ont besoin de promouvoir leur cause.» Lowder, de son côté, doute que les gaybros fassent preuve d’ouverture en invitant les gays à shoot the shit and grab a beer. Selon lui, cette expression à de quoi hérisser, voire angoisser, beaucoup d’homos. «Peut-être parce que leurs soi-disant «maniérismes» l’emportent sur leurs «intérêts et leur caractère» aux yeux des shit-shooters et beer-grabbers», poursuit Lowder.

Néanmoins, l’auteur de l’article de Slate reconnaît aux gaybros un mérite: parler à toute une catégorie de gays qui sont sur le point de sortir du placard, et cherchent un endroit «sûr» pour le faire, sans avoir à forcément respecter l’étiquette sociale des scènes gay des grandes métropoles américaines. Là où ça coince, c’est quand les animateurs du réseau promettent à ces novices d’accéder à une socialisation gay «tout en restant soi-même». Or, remarque Lowder, «personne ne vous demande de devenir une folle d’opéra pour être gay.» Mais ça ne veut pas dire que la transition se fait aussi simplement que ça. Une culture gay existe, soutient l’auteur, et on n’a rien à gagner à ignorer sa richesse et sa diversité. «Les homos n’ont pas d’institution pour leur mémoire communautaire ou pour la transmission entre les générations. Chaque nouvelle génération de LGBT reprend quelque chose de ses prédécesseurs, mais surtout, elle se réinvente en partant de zéro. Beaucoup sont convaincus qu’ils n’ont rien à apprendre des vieilles lesbiennes, des clones et des trolls, et ils n’ont aucune institution où se fait ce passage de témoin», écrit Michael Warner dans «The Trouble with Normal». «Ajoutez à cela le vide générationnel causé par le sida, précise Lowder, et vous avez la recette parfaite pour une génération qui rejette la «culture gay» en sachant peu de choses, sinon rien, d’elle.» En résumé: à quoi bon avec des «frangins» si on n’a pas d’aïeux?

Laboratoire
A la suite de l’article de Salon, le réseau Gaybros a décidé de cesser de se définir par rapport à des «stéréotypes». Une décision saluée par Bryan Lowder. «Le groupe a trop de potentiel en tant que laboratoire, pour traiter des questions de coming-out, de politiquement correct et de lien communautaire, pour tomber dans les vieux pièges macho et anti-folles. Et bien sûr, on est au XXIe siècle, conclut l’auteur. Pour être admis au club, il n’y pas de raisons que les gaybros n’amènent pas leurs flingues, leurs manettes de jeux vidéos et leurs crosses de hockey.»

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Mise à jour 18.08.2014 08:03
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2 commentaires

  1. Par benji:

    Force est de constater que les Bros sont créatifs. C’est leur marque de fabrique. Des aieux ? d’abord qui sommes nous ? sommes une catégorie de gens et donc nos aieux sont les LGBT âgées ou alors sommes-nous des membres de la société et là nos aieux sont nos grand parents. La question sous-jacente est dans quelle société vivons-nous ? La même que les gays d’hier ou l’accession au mariage a t-elle changé la société et les consciences ? Il est un peu tôt pour le dire. Alors, quelle société voulons-nous ? dans quelle société accèderons-nous au bonheur ? Chacun aura sa réponse.

  2. Par La vérité est ailleurs!:

    Finalement ça peu se comprendre…. A force de voir une grosse..euh giga mega ( non non, je suis pas un gaynerds) grosse majorités de petite folle avec leurs t-shirts en neud en dessus du nombril et les nana parlée comme si elle avais des potes meufs qui parlent comme des camionneurs… ça m’étonne pas que la plupart ne se reconnaissent pas en ce genre de stéréotypes étiqueté par la masse de bien pensant qu’ils les entourent… Sans forcement vouloir ressembler a qui que ce soit, mais juste à eux-même…

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