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15 janvier 2013 | par Antoine Gessling
Stuttgart

Du brun dans l’arc-en-ciel

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Thomas Mosmann, père de trois enfants et ancien sympathisant du NPD, préside le Demokratische Schwul/Lesbische Partei – Die Bürgerpartei. Photo FB.

Une poignée de sympathisants gay du NPD, principale formation d'extrême droite allemande, ont fondé un parti qui mélange revendications LGBT et thèses d'extrême droite. Ils y croient dur comme fer.

Depuis dimanche, l’Allemagne compte une formation politique de plus sur un échiquier déjà bien encombré. Le Demokratische Schwul/Lesbische Partei – Die Bürgerpartei (DSLP, «Parti démocratique gay-lesbien – le Parti des citoyens») est né dans la petite localité de Villingen-Schwenningen (sud-ouest, non loin de la Suisse et de l’Alsace). C’est le Club 46, réputé le plus vieux bar gay d’Allemagne, qui a accueilli la conférence de presse inaugurale.

«Ni de droite ni de gauche»
Pourquoi un parti sur les thèmes LGBT quand les principales formations du pays (hormis la CDU/CSU de la chancelière Angela Merkel) s’accordent sur l’ouverture du mariage, voire celle de l’adoption et de la procréation médicalement assistée, à tous les couples? La réponse n’apparaît pas d’emblée en consultant le programme du DSLP, rédigé dans un allemand parfois approximatif, comme le note Queer.de. Le parti réclame le mariage égalitaire, la reconnaissance des familles arc-en-ciel, la fin de l’exclusion des gays du don du sang et la protection contre les discriminations, le tout en termes plutôt vagues. Il demande également à débureaucratiser la transition des personnes transsexuelles. L’important n’est pas là. Même s’il se proclame «ni de droite ni de gauche», le DSLP ne laisse guère de doute sur ses inclinaisons. Il se dit contre les migrants et leurs «sociétés parallèles», promet de combattre la constructions de mosquées, refuse les programmes de substitution pour les toxicomanes, la fin du versement de dommages de guerre «à l’étranger», ainsi que le rétablissement de la Deutsche Mark et des contrôles aux frontières nationales. Ça ne vous rappelle rien?

Objectif: les européennes de 2014
De fait, à la tête du DSLP figure le nom de Thomas Mosmann. L’homme est moins connu comme militant LGBT que comme un enthousiaste du NPD, un parti qui cultive le racisme, la xénophobie et, plus discrètement, la nostalgie du IIIe Reich. Mosmann est connu localement pour enflammer les forums internet et le courrier des lecteurs de la «Schwäbische Zeitung», le quotidien local, de ses considérations xénophobes. Il y a quelques temps, ce père de trois enfants avait laissé un message sur le site de la DVU (un autre parti d’extrême droite): «Savez vous combien il y a de sympathisants gay au NPD/DVU? Plus que vous ne le pensez!» C’est sans doute sur cette certitude que Mosmann et ses six acolytes au sein du comité du DSLP ambitionnent de se présenter aux élections européennes de 2014. Les débuts sont modestes: sur Facebook, la nouvelle formation ne compte aujourd’hui que 70 «J’aime». Il lui faudra un peu plus que cela pour espérer conquérir un jour le Bundestag.