Tendances Justice

«Panique gay», la vieille excuse des meurtres homophobes

Un prêtre catholique australien lutte pour l'abrogation d'une loi admettant la légitime défense pour certaines agressions homophobes. Un texte basé sur des théories fumeuses, encore largement utilisées dans les prétoires à travers le monde.

17 juillet 2012 | par

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Richard Meerdink, l'un des deux accusés de l'«homicide» de Maryborough.

Tabasser ou poignarder à mort un individu à la suite d’«avances homosexuelles» que ce dernier vous aurait faites: pour certains tribunaux, c’est un chose parfaitement naturelle. Ce phénomène porte même un nom: «panique homosexuelle». A en croire la défense de Richard Meerdink et Jason Pearce, c’est un tel «coup de folie» qui les a saisis un soir de juillet 2008, quand ils ont massacré à coups de pieds et de poings Wayne Robert Ruks, un invalide de 45 ans, dans la cour de l’église de Maryborough (Queensland australien). Le trio avait trop bu, et Meerdink et Pearce affirment que Ruks avait proposé à Pearce de lui faire une fellation, avant de lui saisir les parties génitales.

Malgré les protestations de la famille de la victime, qui soutiennent que Ruks n’était pas homosexuel, la justice a reconnu aux deux prévenus des circonstances atténuantes: le geste déplacé de Ruks aurait pu déclencher une crise de rage incontrôlable. Blanchis en 2011 des accusations de meurtre, ils ont été condamnés pour simple homicide à une peine relativement clémente de 9 et 10 ans de prison. Pearce devait d’ailleurs être libéré au début de ce mois.

Psychiatrie poussiéreuse
La communauté LGBT australienne se mobilise contre les dispositions légales «archaïques» qui justifient les meurtres et les violences homophobes sur la base de prétendus arguments psychologiques. De fait, la condition de «panique homosexuelle» remonte à de poussiéreuses études de la fin des années 1910. Le psychiatre américain Edward J. Kempf avait alors décrit sous cette appellation des agressions survenues dans des dortoirs ou des baraquements militaires. Le choc de la confrontation avec une personne exprimant un désir homosexuel engendrait, d’après le professeur, un «état psychotique temporaire» ou une «psychose réactive» caractérisée par le recours à une violence incontrôlable.

174’000 signatures
Devant le tollé suscité par le premier acquittement de Meerdink et Pearce, en 2011, les autorités politiques du Queensland s’étaient dites prêtes à réexaminer la loi, mais celles-ci se sont finalement contentées de restreindre l’usage de ce type de défense aux cas d’«avances physiques» et non plus «verbales». Le procureur général de l’Etat est d’ailleurs monté au créneau pour défendre le maintien de la loi – sans cacher son agacement face aux pressions exercées par les associations LGBT.

Le relais a été pris par une figure inattendue: le prêtre de la paroisse où s’est déroulé le drame, le père Paul Kelly. «Je suis atterré qu’une loi si révoltante et qui discrimine ouvertement les personnes gay soit encore tolérée dans une société moderne, a-t-il expliqué. L’invocation de la panique gay sont une partie cruciale de la légitimation et du renforcement d’une culture de haine, qui a pour résultat que 73% des habitants gays et lesbiennes du Queensland demeurent exposés à des abus verbaux ou à de la violence physique à cause de leur sexualité». Le prêtre a lancé une pétition via le site Change.org. Elle a reçu à ce jour plus de 174’000 signatures à travers le monde. Parmi elles, celles du clergé catholique local et de personnalités australiennes et internationales.

Vieille ficelle
Car la «panique homosexuelle» est une vieille ficelle largement utilisée dans les prétoires, un peu partout à travers le monde – avec, de temps en temps, des succès aussi surprenants que glaçants. Comme en Nouvelle-Zélande en 2007, où un touriste hongrois avait tué à coups de banjo (!) un retraité qui lui aurait fait des propositions sexuelles. Ferdinand Anspach avait fini par enfoncer la tête de l’instrument dans la gorge de sa victime, qui avait succombé à ses blessures après trois jours d’agonie. Malgré la violence inouïe de ce crime, le trentenaire avait bénéficié de circonstances atténuantes, écopant de 12 ans de prison pour homicide.

Mais l’un des verdicts de ce type les plus stupéfiants était tombé en Espagne, en 2009. Les avocats de Jacobo Piñero Rial avaient alors convaincu un jury populaire que cet homme avait tué deux jeunes homosexuels sous le coup de la «peur insurmontable» d’être violé, trois ans plus tôt, à Vigo. Les victimes avaient été lardées de 57 coups de couteau et leur appartement incendié. Seul ce dernier fait avait été retenu contre le prévenu, qui était sorti de prison en 2010. Quelques mois plus tard, ce premier jugement avait finalement été cassé, et Piñero condamné à 58 ans de prison.

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Mise à jour 14.05.2015 20:07
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3 commentaires

  1. Par mira:

    je suis contre le meurtre mais dans la societé ou ns vivons les gays s’acharnent sur les heteros en les draguant et en exhibant leurs sexe , je trouve cela lamentable de la part des homos.

  2. Par OutRage:

    En reconnaissant comme circonstance atténuante cette nouvelle excuse de “panique sexuelle”, certains juges tendent une sacrée perche de secours aux meurtriers homophobes :

    Si ça continue ainsi, il se pourrait bien que dorénavant une bonne partie de nouveaux meurtriers utilisent cette excuse bidon (et inexcusable) pour essayer d’obtenir des remises de peine.

  3. Par Daniel:

    Quelle honte en effet, on pourrait considérer cette “panique” envers n’importe quelle minorité: Noire, femmes, etc. Apparemment, s’attaquer aux gays est comme toujours bien plus faciles

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