Culture VIH/Sida

Héros positifs

«Sida 2.0». C'est le titre du dernier ouvrage co-écrit par le militant LGBT français Didier Lestrade. Il revient sur l'état des luttes.

18 juillet 2012 | par

didier-lestrade
© Philippe Malsas

Didier Lestrade est journaliste, écrivain et militant emblématique de la lutte contre le Sida en France. Cofondateur d’Act Up et du magazine Têtu, c’est sur le web qu’il continue d’agiter l’actualité des luttes subalternes sur Minorités.org. Son dernier livre écrit à 4 mains avec le professeur Gilles Pialoux, «SIDA 2.0» (Fleuve Noir, 2012), constitue la transmission forcément dense d’une Histoire sous forme d’histoires: celle de 30 ans d’une pandémie. Nous l’avons questionné sur son sujet de prédilection.

– On sent un certain désintérêt en France pour la question du Sida, pourquoi?
Didier Lestrade: Parce que c’est un sujet qui fait beaucoup moins peur. Il y a eu une décennie bénie d’union complète contre la maladie, de la fin des années 1980 jusqu’en 2000. L’effet d’entraînement des débuts fondé sur l’angoisse face à l’hécatombe s’est petit à petit étiolé suite à l’amélioration des traitements. Cela a été contreproductif pour la prévention et les contaminations continuent d’aller bon train chez les gays, notamment parce que trop de gens ne connaissent pas leur statut sérologique. Or apprendre et dire qu’on est séropositif reste une difficulté en terme d’identification et d’acceptation thérapeutique à vie. D’un autre côté on ne peut pas reprocher une absence de militantisme tel que je l’ai connu, c’est-à-dire constitué contre la mort. Quand les gens ne crèvent plus ou beaucoup moins qu’avant, il me paraît relativement logique de vouloir parler d’autre chose. Je déplore par contre un manque de lien et de rassemblement entre les gays.

– Quel nouveau ciment inventer alors, pour recréer du lien?
– Je pense que si on glorifiait un peu plus l’engagement des gays contre le Sida, on pourrait en faire un mythe positif. Il faciliterait une vraie prévention marquée par la responsabilité collective. On éviterait de tourner la page par désintérêt ou par déni…Quand on voit comme on a réussi en se mobilisant à obtenir une telle victoire avec les traitements, cet élan devrait pousser à s’engager sur d’autres sujets. La xénophobie, le racisme, séparent les gens de manière aussi forte que le Sida a pu et continue de le faire, y compris au sein de la «communauté homosexuelle».

– Vous parlez du «civisme thérapeutique» comme outil de lutte?
– Je considère qu’à partir du moment où tu as une affection, tu dois prendre tes médicaments et être transparent avec tes partenaires. On est une chaîne: en m’aidant moimême je règle le problème du Sida à mon échelle. C’est de l’exemplarisme politique. Je considère la sexualité comme une écologie: ce que nous faisons a des répercussions non seulement sur nous-mêmes mais aussi sur notre environnement.

– Faut-il renouveler l’image publique de la maladie?
– On sent encore beaucoup de barrières à parler de séropositivité dans une société où on peut paradoxalement presque «tout dire». Pourtant la réalité de la maladie a changé. Nous, les plus anciens du Sida, on peut toujours raconter l’histoire – et c’est l’objectif du livre – mais la réactualisation d’une image doit venir des plus jeunes. Ça ne peut plus venir de nous. J’avais 30 ans quand j’ai créé Act Up. Aujourd’hui je ressens une sorte de blocus mental de la part des trentenaires. Mais je me dis que c’est une histoire de temps. La boucle sur le Sida n’est pas complètement cassée pour que la jeune génération puisse la revendiquer à nouveau, se réapproprier cette histoire et la réinventer. Tout est remodelable.

– Aujourd’hui êtes-vous optimiste quant à une «fin du Sida»?
– Absolument. Je ne dis pas que c’est réglé mais il y a 10 ans je n’aurais jamais imaginé une telle accélération dans la modernisation des traitements et de la recherche. Dans les pays plus pauvres on réussit à faire baisser les taux de contamination en distribuant plus massivement des trithérapies directement plus efficaces. Si on mettait bout à bout tous les nouveaux outils de prévention prometteurs (dépistage rapide pour l’ensemble de la population, PrEP*, microbicides*) on pourrait réduire de 96 % les risques de contamination chez nous! Les chercheurs travaillent sur l’antirétroviral en une injection par mois. De nouvelles molécules ont des implications thérapeutiques directes sur l’hépatite C et certains cancers. Et ça c’est génial. Mais l’enseignement principal de l’engagement contre le Sida est d’avoir montré que la communication était fondamentale dans la lutte. Les potentialités d’information et de revendication facilitées par le net me semblent tout aussi déterminantes pour l’avenir. Le Sida a eu 30 ans et c’est une maladie qui n’arrête pas d’être moderne.

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Mise à jour 14.05.2015 19:32
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Un commentaire

  1. Par leonardi:

    tout ça est truffé d’inexactitudes ,la seule verité est la souffrance des uns et des autres. d’où vient cette souffrance ,là est le mensonge.
    je suis diagnostiqué s+ depuis 1986, et je n’ai pu l’attrapé qu’avant 1984,toxicomanie ou transfusion. on m’a proposé tres vite l’azt,j”ai refusé.puis sous la pression des medecins, j’en ai pris en 1992, pendant 12 jours. devant l’effet ressenti j’ai cessé. je crois que je serais mort si j’avais continué.juste l’effet de sentir empoisonné, lentement.
    apres rien.pas de maladies opportunistes.en 2000, j’ai eu un fils. en 2002 ,la peur, mon fils , les soi disant avancées en matiere de traitements m’on fait accepter la tritherapie . les premiers jours furent un enfer:diarhées , faiblesses,fatigues, confusion, et autour de moi , pas de comprehension. notez que cela m’endurcit alors pour faire face.jusqu’en novembre 2011,avec une interruption de 6mois en 2007,mais menacé par mon medecin, j’ai repris, j’ai continué la tritherapie avec quelques changements.je n’en pouvais plus , avec la sensation veritable de m’empoisonner,et l’idée que ce poison viendrait à bout de moi plus clairement qu’une quelconque maladie.
    le raisonnement , apres etudes des controverses autour du hiv, du sida, mes propres observations sur mon corps et sur l’epidemie , sur les gens proches ou l ‘evolution de la maladie et sa mediatisation, le raisonnement est que rien n’est prouvé, et que tous ceux qui ont poussé les scientifiques tenants de la version officielle ds leurs retranchements , non pas pour nier , mais pour avancer sur des certitudes, se sont vus discrediter, sans meme avoir reçus de reponses serieuses à leurs questions.
    le nouveau traitement preventif, est une surenchere d’un cynisme inoui ds le mensonge.
    on se croirait au 19eme siecle avec ses colporteurs d’elixirs à des populations credules et apeurées.mais aujourd’hui l’etat apporte sa caution.
    le sida ,le hiv ,sont de faux diagnostiques opportunistes ,a des maladies rassemblées mensongerement sous leurs bannieres, à des comportements destructeurs, et pour les plus pauvres ,a tous ça ,plus une hygiene de vie deplorable.
    les hemophiles ne mourrait pas anormalement , jusqu’en 87 moment où on leur administra de l’azt. les statistiques sont vertigineuses.idem ,mm si c’est moins facile a voir aussi precisement ds les autres populations.
    etudiez la realité de cette pseudo epidemie, et tous les evenements autour. etudiez de pres, posez les questions, ne les laissez pas sans reponses, et si vs mm etes “s+” observez vous et faites le parrallele avec les evenements.
    il n’y a pas de certitudes, il y a juste une grosse machinerie tyrannique qui a trouvé une enorme justification de s’emparer d’argent et de pouvoir.
    et cela au niveau des medecins, des associations, des politiques, des laboratoires , des decouvreurs, avec des benefices differents ,mais chaque fois réels . plus quelques gentils cretins apeurés pour cimenter cet ouvrage monstrueux d’escroquerie
    leonardi

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