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Le triomphe du mâle, version gay

En pensant éradiquer le stéréotype de la tapette, le gay de 2012 a-t-il sacrifié son âme de militant sur l'autel d'un «culte de la masculinité»?

29 juin 2012 | par

tarlouzeland

Des gars fiers à la barbe drue, aux T-shirts griffés A&F ou aux polos Fred Perry sur des pectoraux saillants. Des homos ceintures noires de karaté, des athlètes qui font leur coming-out, des «vrais mecs» qui gueulent aux matches de foot sous une bannière arc-en-ciel. Tout ce petit monde défile aux Gay Pride de 2012. Fiers d’être homos, mais aussi, voire plus fiers encore qu’on ne les voie plus comme des folles tordues. Les gays d’aujourd’hui sont sûrs de pisser aussi loin que leurs semblables hétéros. Ou s’ils ne le sont pas, ils tentent de s’en persuader. En termes moins triviaux, on se sent enfin conformes à ce qu’on attend de nous en tant que mâles.

Dans le «Huffington Post» américain, le militant queer Richard Lyon s’inquiète d’une «course à la respectabilité» sexuelle, qui pourrait bien faire des dégâts. «A force de contrecarrer la vieille idée que tous les gays sont efféminés, on en arrive à ce que les gays se sentent obligés de présenter l’image d’une bouillonnante virilité américaine.» Il prend l’exemple d’un récent documentaire sur une équipe de sport gay, où les plus efféminés des jeunes joueurs se faisaient chahuter par leurs camarades. Le bullying serait-il donc livré avec la panoplie «vrai mec» du gay nouvelle-génération?

L(G)BT
Le «culte de masculinité», comme l’appelle Richard Lyon, a une autre implication: il met en péril la lutte commune des lesbiennes, gay, bisexuels et surtout des transgenres, le fameux «LGBT», point de ralliement de l’activisme depuis les années 2000. Des personnalités très écoutées aux Etats-Unis, telles que l’auteur et militant Dan Savage (créateur de la campagne «It Gets Better») ont déjà exprimé leur incompréhension par rapport à la bisexualité masculine. Ces figures s’interrogent aussi sur l’opportunité pour les gays de s’associer aux luttes des trans – sans doute trop complexes et trop étrangères aux aspirations des hommes gay. Savage, qui blague volontiers sur les trans, est d’ailleurs devenu la bête noire d’une partie de ce mouvement. Cela lui a valu un «glitterbombing», une rafale de paillettes dans la figure de la part d’une militante en janvier dernier – un privilège jusque là réservé aux obscurantistes républicains et autres Tea Party.

Je ne sais pas, mais quelque chose me dit qu’il n’y a pas qu’en Amérique que cette question se pose. Les militants gay masculins se font déjà plus rares dans les associations, à mesure qu’ils sont plus nombreux et plus ouverts dans la vie publique, sur le pont de croisières ou sur Grindr. Le «G» de LGBT est-il en train de se retirer de la vie politique, après avoir remporté la bataille du mâle?

Mise à jour 29.06.2012 21:25

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