Monde Cyberbullying

«Je me sens coupable du suicide de Tyler»

L'un des frères de Tyler Clementi, le jeune gay Américain qui avait mis fin à ses jours en 2010 après avoir été espionné par webcam, s'en veut de ne pas avoir su éviter le drame. Il évoque aussi sa propre homosexualité.

4 février 2012 | par

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James (en bleu) et Tyler.

«J’avais toujours rêvé de faire mon coming out auprès de mes parents. Ça ne s’est pas passé comme je l’aurais voulu.» James Clementi, 26 ans, a confié à une radio américaine (via HuffPo) qu’il avait lui-même révélé son homosexualité à sa famille peu après le suicide de son petit frère. Tyler Clementi s’était jeté du haut du pont George Washington en septembre 2010, après avoir été espionné par son camarade de chambre et «outé» sur internet. Il avait 19 ans et venait d’entrer à l’université.

Gays tous les deux, ce n’est que quelques mois avant le drame, par un concours de circonstances plutôt embarrassant, qu’ils s’étaient révélés l’un à l’autre. James raconte qu’il avait surpris son cadet regardant des vidéos porno. Ils ne pouvaient plus éluder la question. «Je voulais qu’il sache que j’étais gay moi aussi, et qu’il pouvait venir me parler s’il le souhaitait. Il avait l’air soulagé.» Mais ils n’en reparlont pas alors que Tyler s’apprête à partir du domicile familial pour commencer ses études à l’université de Rutgers, près de New York. «Il avait l’air de dire qu’il n’avait pas besoin de mes conseils, qu’il se débrouillait. En réalité il donnait le change pour dissimuler sa peur et son anxiété.»

James avoue ressentir, aujourd’hui encore, beaucoup de culpabilité. «Nous avons grandi dans une famille très conservatrice, très religieuse. Je devais faire face à ma propre honte, je n’étais pas vraiment capable d’être là pour lui comme j’aurais voulu l’être, comme un frère.» Et de défendre ses parents, très exposés au lendemain du drame, comme lors du procès qui a suivi les faits. Lors de passages à la télévision, ils avaient reconnu avoir eu des difficultés à accepter l’homosexualité de leur enfant, qui la leur avait révélée quelque semaines avant sa mort. Tyler avait ensuite écrit à un ami que sa mère l’avait, en fait, «totalement rejeté». «Personne n’a souffert autant qu’eux, rectifie James Clementi. Peut-être qu’ils n’ont pas été parfaits, mais je pense qu’ils ont fait d’immenses efforts, et je sais qu’ils feraient tout, si c’était possible, pour le récupérer.»

Petit frère idéal
Avant tout, James pense que le déferlement médiatique sur l’affaire n’a guère rendu justice à son frère, trop souvent décrit comme un jeune violoniste timide. «Il était sans doute la personne la plus intelligente que j’aie connue. Je ne pense que l’on ait perçu tout ce qu’il était, tout ce qu’il avait à offrir et tout ce que l’on gâché. Je pense que beaucoup de son humanité a été perdue: il savait divertir les gens, les faire rire et sourire. Il adorait faire le pitre et faisait tout pour, au point d’être parfois énervant. Et adorable. C’était juste le petit frère idéal.»

Procès en cours
Poursuivi à la suite du suicide de Tyler Clementi, son camarade de chambre Dharun Ravi a été inculpé, entre autres, de violation de la vie privée et d’intimidation motivée par des préjugés. Avec le concours de sa petite amie, Ravi avait filmé et diffusé en streaming une rencontre intime entre Tyler Clementi et un homme dans la chambre d’une résidence. Les charges liées à la mort de l’étudiant ont été abandonnées. Il risque toutefois la prison et, en tant que citoyen indien, une expulsion du territoire américain. «Je n’éprouve aucune haine contre lui, a ajouté James Clementi, mais je ressens de la haine contre ce qu’il a fait.»

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Mise à jour 18.05.2015 08:38
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