Cinéma

Trouble au sommet du pouvoir

  • 5 janvier 2012
  • | par Edmée Cuttat
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Leonardo DiCaprio, méconnaissable en J. Edgar Hoover vieillissant. Photo: Keith Bernstein
Clint Eastwood se penche sur la vie publique et privée du secrètement homo J. Edgar Hoover. Ceux qui attendent un biopic gay sur le tout puissant ex-directeur du FBI resteront sur leur faim, mais le film promet néanmoins de déchaîner les passions.

C’est l’un des films les plus attendus de l’année, avec deux stars associées pour évoquer l’une des célébrités de l’Amérique du XXe siècle. A 81 ans, l’inoxydable Clint Eastwood a fait appel à Leonardo di Caprio pour incarner le monument J. Edgar Hoover, directeur du FBI de 1935 à sa mort, en 1972. Erigée en système, l’institution demeure encore aujourd’hui celle dont son fondateur à la fois craint, révéré, moqué ou honni, a façonné l’image pendant près de cinquante ans. Personnage aux mœurs troubles né à Washington en 1895, bourré de contradictions, hanté par la morale et la déviance, couvé par sa mère, adepte du travestissement, l’inventeur de la police moderne, anticommuniste primaire, raciste et proche de la mafia, était aussi un génie du secret, qui collectait des preuves sur les vices et les dérives de politiciens importants, ou de personnalités du showbiz. Persécutant et menaçant ceux qui lançaient des insinuations à propos de sa sexualité, il a par exemple été accusé de porter atteinte à la vie privée d’autrui en mettant sur écoute Martin Luther King, Marilyn Monroe ou Frank Sinatra.

Controversé

C’est sur la vie publique et privée de «l’homme le plus puissant du monde», tenant tête à huit présidents en en faisant chanter certains pour accroître son contrôle, que se penche donc Clint Eastwood. Avec la complicité de Dustin Lance Black, le scénariste de Harvey Milk, le réalisateur se sert de l’influence de ce manipulateur, de son homosexualité plus que présumée, de son rôle dans les complots et scandales américains, pour livrer «J. Edgar», son trentième film.

Réunissant Leonardo di Caprio (Hoover), Naomi Watts (sa secrétaire personnelle) Armie Hammer (son alter ego/ami/amant Clyde Tolson) et Judy Dench (sa mère), l’opus propose une mise en scène très classique, sinon académique. Du moins à en croire les propos relevés dans la presse en Amérique du nord. Alors qu’on ne verra l’opus en Suisse qu’en janvier, il est sorti en novembre outre-Atlantique, divisant les critiques depuis. Pour tout dire, le film semble aussi controversé que son héros. Certains sont dithyrambiques à l’image de Mathieu Li-Goyette du Los Angeles Times. Selon lui, l’immense et increvable Eastwood, incarnant l’impérialisme américain dans tout ce qu’il a de réconfortant et d’effrayant, est à son meilleur depuis Mystic River. Notamment en montrant dans la sobriété la plus exemplaire la relation fusionnelle entre Hoover et son adjoint Tolson.

A l’inverse, le film est décrit comme dramatiquement vide dans le magazine du Wall Street Journal, la représentation de Hoover méritant par ailleurs davantage la censure que la pitié d’après Joe Morgenstern. Pour le reste, cela va du conte sombre, énigmatique, fascinant, à la déception d’un drame appliqué et exsangue duquel n’émane aucune émotion. En passant par l’ennui que génèrent le manque d’épaisseur, une homosexualité traitée avec des gants blancs, des thèmes à peine effleurés, voire évacués.

Extraordinaire di Caprio

En revanche l’interprétation de Leonardo di Caprio est quasi unanimement saluée. En résumé, incarnant brillamment cet être complexe sans jamais tomber dans la caricature, le grand beau gosse enfile de façon bluffante le costume du petit, trapu et bouffi Hoover. Cassant son image, il apparaît au fil de l’intrigue enlaidi, grossi, le teint cireux, les dents jaunies, allant jusqu’à embrasser un homme et à porter une robe. Il a même accepté de baisser son salaire, se contentant de toucher deux petits millions de dollars au lieu des vingt habituels… Une «modestie» qui, ajoutée à son talent, devrait contribuer à lui valoir l’Oscar du meilleur acteur en février prochain.

«J. Edgar», de Clint Eastwood. Le 11 janvier sur les écrans.

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