Suisse Genève

Homophobie et école: des hauts et débats

Après la Journée de suivi des assises contre l'homophobie du 5 octobre et juste avant les journées PREOS de Lausanne, un bref bilan des avancées autour des thématiques LGBT dans les écoles.

3 nov. 2011 | par

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L'auditorium d'Uni-Dufour, le 5 octobre dernier. Photo: Ester Paredes

La Journée de suivi des assises genevoises contre l’homophobie a rassemblé 200 participants et 30 intervenants. La grande partie de ces derniers, présents en 2009, sont revenus présenter les actions mises en place depuis dans les grands thèmes «Homophobie et éducation» et «Les droits LGBT sont des droits humains».

Premier constat: dans l’ensemble, les actions associatives ou individuelles restent les plus répandues et les plus efficaces. Chez les associations de jeunes LGBT, Totem a présenté son centre d’accueil et son action hors de ses murs alors que LGBT Youth a expliqué son projet «J’interagis» visant à aller au contact de la population afin de démystifier l’homo/trans/bisexualité. Les réseaux Transgender Network et Familles arc-en-ciel ont également rappelé fort à propos qu’elles étaient elles aussi entièrement impliquées dans la problématique de l’homophobie, qui plus est dans le milieu de l’éducation.

Là où ça coince
La représentante des maîtres du Cycle d’Orientation (CO), ainsi que celle des parents d’élèves du CO, se sont dites tout à fait favorables à une présence plus forte et institutionnalisée de la lutte contre l’homophobie dans les écoles. Si ces initiatives sont des plus réjouissantes, la machine administrative peine à se mettre au diapason. Totem n’a toujours pas accès aux écoles, leurs prospectus n’y sont pas visibles et ils ne sont pas en relation avec les structures sanitaires scolaires. Les cours sur la santé LGBT donnés dans les Ecoles de Culture Générale l’ont été à l’initiative individuelle de certains professeurs et leur autorisation laissée au bon vouloir des directeurs d’établissement. Le témoignage d’une enseignante du CO, dont l’établissement n’a rien entrepris après qu’une des élèves a été victime de violence homophobe, laisse entrevoir le chemin qu’il reste à faire.

L’Etat évolue
Les administrations cantonales ont tout de même évolué depuis 2009. Le Service Santé Jeunesse a mis en place une formation pour ses collaborateurs, ainsi que pour les enseignants du secondaire. La police genevoise, très consciente des manifestations homophobes et des crimes haineux, propose quant à elle depuis 2009 un module de sensibilisation aux membres des forces de l’ordre. L’attachée aux questions de l’homophobie pour les cantons de Genève et Vaud, Elisabeth Thorens-Gaud, semblait s’être familiarisée avec sa fonction, elle qui affirmait en 2009 s’être sentie «démunie et mal à l’aise» face au cas d’une élève lesbienne qui avait été mise à la porte par ses parents.

Hasards du calendrier
Par chance, la veille de cette journée de suivi, Monsieur Charles Beer a trouvé le temps d’envoyer une lettre incitant les directeurs d’établissement scolaire à prendre toutes les mesures nécessaires à la lutte contre l’homophobie, comme promis en 2009. Encore un heureux hasard, le site internet mosaic-info a lui aussi reçu un bain de jouvence juste à temps pour ce grand jour. Peu s’en est fallu, après deux ans de travail. Debouts contre les Assises Lenteur administrative, innovations timides, manque de communication entre les services et les portes des écoles toujours fermées aux associations, tel pourrait être le bilan pessimiste de cette manifestation.

Mais la politique n’est pas célèbre pour sa promptitude à mettre en place des actions concrètes et des progrès notables ont tout de même été réalisés. Une seule voix discordante s’est faite entendre lors de cette journée de Suivi des Assises, celle du Collectif pour la désorientation sexuelle. Venu en matinée distribuer un tract présentant leurs positions, il accuse les associations LGBT d’être «solubles dans le capitalisme, le patriarcat et l’ordre hétéroflic» et considère les Assises comme «le point d’orgue de la course à la respectabilité et au conformisme». Sans pour autant vouloir prendre part aux débats et proposer des solutions alternatives.

Les inscriptions – gratuites – aux Journées romandes PREOS (Prévenir le rejet lié à l’orientation sexuelle) sont ouvertes. La manifestation se déroulera au Palais de Beaulieu, Lausanne, les vendredi 11 et samedi 12 novembre. www.preos.ch

Article paru dans l’édition de novembre 2011 de 360°

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Mise à jour 15.05.2015 10:52
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