Suisse Revue de presse

Adoption: l’indispensable débat

Hier, le Tribunal fédéral (TF) se prononçait, pour la première fois, sur l'adoption par les couples homosexuels. L'arrêt, négatif, délivré à ces mamans qui souhaitaient procéder à l'adoption croisée de leurs deux enfants est largement commenté ce matin.

6 mai 2011 | par

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Maria von Känel et Martina Scheibling devant le Tribunal Fédéral, à Lausanne hier. Photo: TSR.

Plusieurs journaux, comme «La Tribune de Genève» et «24 heures» relèvent que le jugement a «botté en touche» en considérant que le délai de 5 ans d’engagement conjugal exigé pour toute adoption n’était pas respecté. Maria et Martina ont certes enregistré leur partenariat il y a 3 ans, mais cette institution n’existait pas auparavant. Elles vivent ensemble depuis 13 ans. Citée par le «Tages Anzeiger» de Zurich, l’avocate du couple, Eylem Copur, a qualifié la décision de «douteuse». Selon elle, elle est exclusivement basée sur des arguments politiques. «Ils n’ont pas accordé la moindre attention à la question du bien-être de l’enfant», martèle la juriste.

C’est bien le fond de la question, estime la «Neue Zürcher Zeitung»: «Qu’est ce qui s’oppose à ce que les couples de même sexe puissent aussi adopter des enfants, sinon peut-être une vision de la famille conservatrice? Ce qui est décisif est qu’au sein d’un couple, aussi dans le cas de partenaires gays et lesbiennes, l’adoption serve le bien-être de l’enfant.» Et le quotidien de référence alémanique de noter que «l’inclusion de l’homosexualité au sein de la société évolue peut être plus vite que certains ne l’aimeraient.»

Mais est-ce une question qui peut être réglée devant la justice? La «Berner Zeitung», tout comme «Le Temps», en doutent. Dans la première, Gregor Poletti estime qu’en empruntant la voie judiciaire, probablement jusqu’à Strasbourg, les gays et lesbiennes font «fausse route». «La demande est d’ordre sociopolitique, et non juridique. Elle doit être résolue par la politique.» Le quotidien genevois est encore plus tranché. L’arrêt d’hier du Tribunal Fédéral, souligne son éditorial, a trait «à la retenue que les juges doivent observer face à un choix politique clairement exprimé dans la loi de 2004 (sur le Partenariat enregistré, dont l’article 28 interdit formellement le recours à l’adoption, ndlr.).» Reste donc à instituer «un grand débat de société»: «Le législateur ne pourra ignorer les évolutions qui ont amené de nombreux pays d’Europe – mais pas tous – à donner un statut légal à l’homoparentalité. Il ne pourra pas ignorer non plus les situations de fait toujours moins rares dans lesquelles des couples de même sexe élèvent des enfants. Mais c’est à lui qu’il incombe d’arbitrer. Pas aux juges.»

Mise à jour 18.08.2014 08:47

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