Malcolm X: de l’escort gay au héros du Black Power
Après les amours masculines du Mahatma Gandhi, les temps sont décidément à l'exploration de la sexualité des figures historiques. Cette fois, c'est l'un des principaux symboles de l'émancipation des Noirs dont l'homosexualité est exposée dans une nouvelle biographie, parue au début du mois aux Etats-Unis. «Malcolm X: A Life of Reinvention» confirme, sur la base de nouveaux témoignages, que le leader assassiné en 1965, à 39 ans, avait eu plusieurs relations, tarifées ou non, avec des hommes.
Ces épisodes remonteraient aux années à la fin des années 1940 et au début des années 1950. A l'époque, Malcolm Little vivait d'expédients entre le Michigan et la Côte Est. A New York, il se serait vanté de vendre des prestations sexuelles à des hommes «queer». Il serait ainsi rentré au service d'un riche businessman blanc de Boston, qu'il devait «talquer» et «amener jusqu'à l'orgasme».
Relation avec un travesti
L'auteur du livre, l'universitaire afro-américain Manning Marable (décédé au début du mois, trois jours avant la publication de son ouvrage) recueille toutefois des témoignages laissant entendre que les motivations de Malcolm n'était pas que financières. Il aurait entretenu, notamment, au moins une relation homosexuelle suivie, avec un travesti lorsqu'il avait une vingtaine d'années.
L'art de la survie
La bisexualité de Malcolm X, devenu Malek Al-Shabazz après sa conversion à l'islam, n'est pas une révélation. Elle avait déjà été évoquée dans une biographie de 1991 et même suggérée dans le biopic de Spike Lee, l'année suivante. Le récent étalage de détails intimes n'en a pas moins fâché les gardiens de la mémoire officielle et les inconditionnels du héros du Black Power. Dans une tribune du «Huffington Post», Irene Monroe, une auteure afro-américaine, estime toutefois que ce portrait de Malcolm X rend justice à «l'art de la survie propre à la prostitution de rue». Et tant pis pour «l'icône de la masculinité noire» vénérée par les représentants les plus machos de la culture hip hop, entre autres. Ou plutôt tant mieux: «C'est une occasion pour nous, conclut Monroe, de nous débarrasser de nos attitudes homophobes.»
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