Mascarade

Les filles kiss la joue

  • 17 avril 2011
  • | par Véronique Krahenbuhl

Après les métrosexuels et les übersexuels, voici les flexisexuelles. Un nouveau mot pour désigner des femmes qui embrassent des femmes mais qui sont en réalité hétéros. Décryptage d’une belle arnaque.

Les médias n’aiment pas le vide. Alors ils inventent des termes pour le combler. Dernière trouvaille en date : la flexisexualité qui, selon la chaîne d’information américaine ABC, s’inscrit dans une évolution sociologique évidente. Ce vocable regrouperait des filles qui ne sont ni homosexuelles, ni bisexuelles, mais qui s’amusent à embrasser d’autres filles alors qu’elles préfèrent coucher avec des hommes. Toujours d’après la chaîne américaine, cette population plutôt très jeune serait influencée par la plus grande visibilité des couples gay.

Copieuses

Elle aurait, par ailleurs, un jugement plus ouvert sur le sexe en général. Contrairement aux garçons lambda qui seraient encore terriblement coincés sur la question. Pourquoi, au passage, ne pas les définir comme des sexorigides ? Mais bref, revenons à nos fameuses flexisexuelles dont la sortie du placard ne date pas d’hier.

Sans remonter jusqu’à Greta Garbo ou Marlène Dietrich autrement plus subversives en matière d’émancipation, c’est en 2003 que l’image de la lesbienne ordinaire a pris un coup d’éclat avec le baiser entre Madonna et Britney Spears au MTV Music Awards. Ensuite, Katy Perry a chanté «I kissed a girl and I liked it» ce qui en français veut dire qu'elle a embrassé une fille et qu'elle a aimé ça ; Lindsay Lohan et Samantha Ronson ont fait la Une de la presse people ; Angelina Jolie a déclaré avoir été bi avant d’en pincer pour Brad Pitt ; Sharon Stone ne cesse de flirter avec les codes glamour de l’homosexualité féminine pour assurer sa propre promotion.

À force d’assister à ces sympathiques mascarades médiatiques, des nobody se sont mises à embrasser leurs meilleures copines lors de soirées débridées. Grand bien leur fasse.

Allumeuses

Sauf qu’il y a un hic : sachant que les hommes hétéros frétillent rien qu’à l’idée de voir deux femmes en train de se séduire – un fantasme largement véhiculé par l’industrie du porno – ces gamines se livreraient à cette mise en scène saphique juste pour exciter la gent masculine. Sous cette pseudo-libération se cache donc une réalité toujours aussi rétrograde puisqu’elle conforte la femme dans son rôle d’objet. Autant dire que la flexisexualité n’est pas un comportement nouveau, c’est juste un mot utilisé par une chaine de télé conservatrice très attachée à des traditions archaïques.

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